France Inter : 300 personnalités réclament le retrait de Charles Sapin, la direction tient bon
Annie Ernaux, Josiane Balasko, Julie Gayet, Leïla Slimani ou encore Lilian Thuram rejoignent la fronde contre l’éditorialiste de « Valeurs actuelles ». Une contestation qui déborde désormais largement Radio France, en grève depuis dimanche.
La contestation autour de Charles Sapin change encore de dimension. Après les salariés de Radio France, les syndicats et plusieurs responsables politiques, près de 300 personnalités du monde de la culture, de la littérature, du cinéma et de la société civile demandent désormais à France Inter de supprimer l’éditorial politique confié chaque dimanche matin au directeur adjoint de Valeurs actuelles. Une tribune publiée samedi 12 septembre dans Le Parisien, au moment même où le conflit déclenché à la rentrée se transforme en véritable bras de fer avec la direction.
La liste des signataires est particulièrement fournie : Annie Ernaux, Josiane Balasko, Julie Gayet, Ariane Ascaride, Laure Calamy, Denis Podalydès, Yolande Moreau, Virginie Despentes, Leïla Slimani, Pierre Lemaitre, Yann Tiersen, Lio, Yann Arthus-Bertrand ou encore Lilian Thuram ont apporté leur nom au texte. Tous contestent le rendez-vous hebdomadaire accordé à Charles Sapin depuis le 30 août dans la matinale du dimanche.
Le désaccord ne porte pas sur un dérapage précis commis à l’antenne par le journaliste. Comme Zaptv l’expliquait dès le vote de la grève par les salariés de Radio France, ses opposants visent d’abord sa fonction de directeur adjoint de la rédaction de Valeurs actuelles et la ligne éditoriale de l’hebdomadaire. Dans leur tribune, les 300 signataires disent avoir ressenti un « choc » en découvrant que France Inter avait confié un éditorial régulier à l’un de ses responsables.
Le pluralisme au cœur de la bataille
Pour les auteurs du texte, la question dépasse la seule présence d’un journaliste quelques minutes chaque dimanche. « Un éditorial n’est ni un débat ni une interview et il engage pleinement France Inter », écrivent-ils. Leur argument est que le pluralisme, indispensable au service public, ne signifie pas que toutes les lignes éditoriales doivent disposer d’un éditorialiste attitré sur l’antenne.
Les signataires invoquent également les missions assignées à l’audiovisuel public en matière de cohésion sociale, de lutte contre les discriminations et de représentation de la diversité. Ils rappellent plusieurs condamnations judiciaires de Valeurs actuelles et reprochent au magazine d’avoir participé ces derniers mois à la campagne très offensive menée contre l’audiovisuel public pendant la commission d’enquête parlementaire.
Le texte mentionne aussi Pierre-Édouard Stérin, coactionnaire de Valeurs actuelles, et son projet Périclès, dont l’objectif politique assumé nourrit depuis plusieurs mois les débats autour de son influence dans les médias. Les signataires demandent donc explicitement à France Inter de supprimer l’éditorial confié à Charles Sapin et apportent leur soutien aux salariés engagés dans le mouvement social.
La fronde avait commencé bien avant cette tribune. Le 2 septembre, les salariés réunis en assemblée générale avaient adopté à l’unanimité une motion demandant le retrait de la chronique. Lorsque la direction de France Inter avait annoncé qu’elle refusait de céder, l’intersyndicale CFDT, CGT, FO, SNJ, SUD et UNSA avait fini par déposer un préavis de grève pour les 13 et 14 septembre.
La grève a fait sauter la chronique de dimanche
Le mouvement a eu dimanche une conséquence très concrète : Charles Sapin n’a pas pu prononcer son troisième éditorial. La matinale de France Inter, comme plusieurs programmes de la station, a été remplacée par de la musique. La grève doit se poursuivre jusqu’à ce lundi 14 septembre à 23h59.
L’arrivée de Charles Sapin est d’autant plus sensible qu’elle ne concerne plus seulement la radio. Le journaliste doit également intervenir chaque semaine sur franceinfo TV dans « Le Duel », un rendez-vous politique de la tranche du soir. Plusieurs syndicats de France Télévisions ont à leur tour dénoncé son recrutement, donnant à l’affaire une dimension qui dépasse désormais la seule Maison de la radio.
Le conflit s’est également déplacé sur le terrain politique. Philippe Tabarot a vivement critiqué la mobilisation des salariés de Radio France, estimant qu’ils cherchaient à empêcher l’expression d’une sensibilité différente sur le service public. Catherine Pégard a, elle, dénoncé une « chasse aux sorcières » et défendu le principe selon lequel Charles Sapin devait être jugé sur ce qu’il disait à l’antenne et non sur le média pour lequel il travaille.
Céline Pigalle ne veut pas reculer
Céline Pigalle reste pour l’instant sur cette même ligne. Interrogée jeudi 10 septembre dans le rendez-vous de la médiatrice de Radio France, la directrice de France Inter a expliqué avoir « confiance en Charles Sapin » et assume un choix effectué au nom du pluralisme, particulièrement scruté à quelques mois de l’élection présidentielle.
La patronne de la station affirme avoir cherché à élargir le spectre des sensibilités représentées parmi les éditorialistes. Elle rappelle notamment que Camille Vigogne Le Coat, journaliste au Nouvel Obs, assure l’édito politique du samedi. Pour Charles Sapin, elle dit avoir fixé un cadre précis et assure qu’une rupture serait possible si les engagements pris n’étaient pas respectés ou si des propos incompatibles avec les règles de la radio publique étaient tenus à l’antenne.
Sibyle Veil défend elle aussi ce choix au nom du pluralisme. La présidente de Radio France refuse que l’appartenance d’un journaliste à une rédaction suffise à lui fermer l’antenne et revendique la présence sur le service public de personnalités qui ne partagent pas toutes les mêmes opinions.
C’est précisément sur ce point que les deux camps ne parviennent plus à s’entendre. Pour la direction, Charles Sapin doit être jugé sur ses éditoriaux. Pour ses opposants, sa fonction de dirigeant de Valeurs actuelles suffit à donner une portée éditoriale particulière à son rendez-vous dominical. La tribune des 300 personnalités n’a donc pas créé la crise, mais elle lui offre un relais considérable au moment où la grève place la direction de Radio France sous une pression rarement atteinte depuis la rentrée.




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