On a vu « Ce qui nous tient debout » : Matthieu Lartot face au cancer, un documentaire bouleversant sur France 5
Dans un film intime qui refuse de transformer la résilience en spectacle, le journaliste confronte son expérience à celles d’autres malades et de leurs proches. Avec une question en fil rouge : comment vit-on après avoir vu la maladie tout bouleverser ?
On connaît la voix. Celle du rugby sur France Télévisions, des envolées du XV de France et des grands rendez-vous de l’ovalie. Dans « Ce qui nous tient debout », Matthieu Lartot ne commente plus le combat des autres. Il raconte le sien. Sans armure et, surtout, sans chercher à se fabriquer un costume de héros.
À 17 ans, un sarcome synovial au genou droit brise ses rêves de joueur de rugby. Plus de vingt ans plus tard, la maladie revient. En 2023, face à la récidive, l’amputation de la jambe droite s’impose. Quelques mois après l’opération, Matthieu Lartot retrouve pourtant l’antenne et les stades. Cette histoire est connue. Le documentaire réalisé avec Anouk Burel choisit d’aller voir derrière l’image publique : ce qui reste lorsque les caméras se sont éloignées, que les traitements sont terminés et qu’il faut continuer à vivre avec la peur d’une nouvelle mauvaise nouvelle.
Le cancer sans mode d’emploi
Sur le papier, tous les ingrédients du documentaire tire-larmes sont réunis : la maladie, l’amputation, les parents, les enfants, les chambres d’hôpital, les examens de contrôle. « Ce qui nous tient debout » évite pourtant largement le piège. Matthieu Lartot n’est ni un super-héros ni un malade modèle. Il est un homme qui a eu peur, qui a pris des coups et qui raconte comment il a appris à vivre avec.
Le film ne se limite d’ailleurs pas à son histoire. Thomas Dutronc évoque les derniers mois de sa mère, Françoise Hardy, morte en juin 2024 après des années de maladie. Alice Detollenaere et Camille Lacourt racontent le cancer vécu à deux. Philippe Caverivière et la journaliste sportive Mary Patrux livrent également leur expérience. Malades et proches se répondent, chacun avec ses armes, ses failles et sa manière d’encaisser.
C’est probablement là que le documentaire est le plus juste. Il ne prétend jamais qu’il existerait une recette pour « gagner » contre le cancer. Pas davantage qu’il faudrait obligatoirement ressortir grandi de l’épreuve. Il laisse une place à la trouille, à la colère, au corps transformé, à ceux qui accompagnent et parfois ne savent plus quoi dire. Et aussi à l’humour, cette politesse du désespoir qui permet ici de desserrer l’étau.
Matthieu Lartot refuse le costume du héros
Le passage le plus intéressant reste peut-être le regard que Matthieu Lartot porte sur lui-même. À 17 ans, lorsque le premier diagnostic tombe, il raconte avoir vu ses parents s’effondrer tandis que lui se mettait à distance de ce qui lui arrivait. À 43 ans, le retour du cancer change brutalement la donne. L’amputation, inimaginable autrefois, devient le prix à payer pour continuer.
La caméra accompagne également l’après. Car une rémission ne signifie pas que tout s’arrête à la porte de l’hôpital. Il reste les contrôles, l’attente des résultats et cette épée de Damoclès que les anciens malades connaissent trop bien. Le journaliste est notamment suivi lors de nouveaux examens médicaux. Pas besoin d’en rajouter : quelques minutes d’attente racontent parfois davantage que de longues déclarations sur le courage.
C’est aussi ce qui sauve « Ce qui nous tient debout » d’un travers fréquent de ce genre de programme : la fabrication télévisuelle de l’émotion. Le sujet est suffisamment puissant pour ne pas avoir besoin qu’on lui torde le bras. Quand le film reste au plus près des témoignages, sans chercher la larme à tout prix, il touche juste.
Matthieu Lartot possède enfin une arme particulièrement efficace contre le pathos : l’autodérision. Elle traverse le documentaire et empêche la maladie d’occuper tout l’espace. On peut avoir perdu une jambe, avoir frôlé le pire et continuer à rire. Non pour nier ce qui s’est passé, mais précisément parce que la vie ne se résume pas à ce qui vous est arrivé.
Et c’est peut-être finalement ce que dit le mieux « Ce qui nous tient debout ». Pas comment être plus fort que la maladie, ni comment en sortir meilleur. Simplement comment continuer avec ce qu’elle a changé, ce qu’elle a pris et ceux qui sont restés. Le documentaire ne délivre pas de leçon. Il n’en a pas besoin.




Commentaires
0Aucun commentaire pour le moment. Soyez le premier à réagir.