Climat à la télé : la désinformation bondit de 28,0% en un an
L’environnement n’a jamais été aussi présent à l’antenne, mais l’Observatoire des médias sur l’écologie recense 452 séquences contenant des informations fausses ou trompeuses en six mois. Un paradoxe qui touche chaînes de télévision et radios.
Le climat gagne du terrain à la télévision et à la radio. La mésinformation aussi. Le bilan du premier semestre 2026 publié le 14 septembre par l’Observatoire des médias sur l’écologie (OMÉ) met des chiffres sur ce grand écart. Entre janvier et juin, les enjeux environnementaux ont représenté 5,3 % des contenus d’information des médias audiovisuels étudiés, contre 4,9 % au premier semestre 2025 et 3,9 % en 2024. Une progression nette, alimentée notamment par les épisodes de chaleur extrême qui ont frappé la France à la fin du printemps. Lors des plus gros pics d’actualité, la part de l’environnement a même grimpé jusqu’à 19 %.
Dans le même temps, Science Feedback, qui réalise ce travail de suivi pour l’OMÉ, a recensé 452 cas de mésinformation climatique au premier semestre, contre 353 sur la même période de 2025. Soit 99 séquences supplémentaires et une hausse de 28 % en un an. Cela représente en moyenne 17 cas par semaine dans les programmes d’information des 18 médias audiovisuels passés au crible. L’Observatoire ne range pas dans cette catégorie une simple opinion hostile à une mesure écologique : il s’intéresse aux affirmations factuellement fausses ou trompeuses concernant le climat et qui ne sont pas corrigées à l’antenne.
Les canicules font monter la température sur les plateaux
Le phénomène s’emballe précisément lorsque le climat devient une actualité majeure. Fin mai puis fin juin, les vagues de chaleur ont provoqué deux pics de couverture médiatique. Ce sont aussi les périodes durant lesquelles l’OMÉ relève les plus fortes poussées de mésinformation climatique. Pendant une seule semaine de canicule en mai, Science Feedback a comptabilisé cinq fois plus de cas que la moyenne. Plus de sujets dans les JT, davantage d’invités sur les plateaux et multiplication des débats : le changement climatique déborde alors des rendez-vous d’information traditionnels pour alimenter les émissions de commentaire et d’opinion.
Plusieurs séquences relevées par l’Observatoire illustrent ce décalage entre les connaissances scientifiques et certains propos tenus à l’antenne. Le 27 mai sur CNews, Alexandre Devecchio estimait que les périodes de forte chaleur et de grand froid continuaient globalement à s’équilibrer et que tout n’avait pas « radicalement changé ». Le même jour, Raphaël Stainville mettait en garde contre les conclusions climatiques tirées d’un épisode de fortes chaleurs. Le 21 juin sur LCI, Luc Ferry relativisait à son tour la vague de chaleur en évoquant notamment 1976 et le record parisien de 2019.
Les données climatiques racontent pourtant une évolution de fond. Science Feedback rappelle que la fréquence, la durée et l’intensité des chaleurs extrêmes augmentent tandis que les épisodes de froid deviennent plus rares, plus courts et moins intenses. Sur les 54 vagues de chaleur recensées en France depuis 1947, la moitié se sont produites depuis 2010. Les 24 et 25 juin 2026 ont par ailleurs affiché une température moyenne nationale sur vingt-quatre heures de 30 °C, un niveau inédit tous mois confondus.
Télévisions et radios ne sont pas toutes logées à la même enseigne
La hausse globale de 28 % doit toutefois être maniée avec précaution. Le rapport constate que le nombre total de séquences problématiques augmente parce que les médias parlent davantage du climat. Rapporté au nombre d’heures consacrées à ces questions, le taux de mésinformation a au contraire diminué par rapport à 2025 dans la plupart des médias observés. BFM TV constitue l’exception relevée par Science Feedback, avec une augmentation de ce taux en 2026.
Les écarts entre antennes restent néanmoins importants. Sud Radio, CNews, Europe 1, RMC et LCI figurent parmi les médias où Science Feedback relève les taux de mésinformation climatique les plus élevés rapportés au volume de couverture. Le profil des personnes à l’origine de ces affirmations est également instructif : les personnalités politiques représentent 31 % des cas recensés, les autres invités 27 %, les journalistes 20 % et les chroniqueurs 19 %. Journalistes et chroniqueurs pèsent ainsi ensemble 39 % du total.
Un autre chiffre interpelle : parmi les cas attribués directement à des journalistes, 70 % ont été recensés exclusivement sur CNews et Europe 1. Le phénomène ne peut donc pas être uniquement imputé à des invités lâchant une contre-vérité en direct. Le rapport montre aussi que les médias consacrant régulièrement davantage de temps aux enjeux environnementaux ont tendance à diffuser moins de mésinformation lorsqu’on rapporte celle-ci au volume de leur couverture.
Le climat davantage présent, ses causes beaucoup moins
Tout n’est cependant pas noir dans ce bilan. Les rédactions semblent mieux contextualiser les vagues de chaleur qu’il y a encore trois ans. Environ 40 % des séquences audiovisuelles consacrées à la canicule de fin mai 2026 ont établi un lien avec le changement climatique, contre environ 30 % en 2023. L’adaptation au réchauffement apparaît elle aussi beaucoup plus souvent : elle était mentionnée dans environ 20 % des séquences consacrées aux canicules en 2023, contre près de 40 % cette année.
Le décrochage intervient lorsqu’il faut remonter aux causes. Selon Science Feedback, le rôle des émissions provenant des énergies fossiles dans l’intensification des vagues de chaleur reste rarement expliqué. Lors des épisodes étudiés, ce lien est mentionné dans au mieux 25 % des séquences sur Arte et autour de 5 % seulement sur TF1, France 2 et M6. Les téléspectateurs entendent donc beaucoup parler des températures, des gestes à adopter, de climatisation ou d’adaptation, nettement moins des mécanismes responsables de l’aggravation du réchauffement.
L’été qui a suivi la période étudiée par l’OMÉ a encore changé d’échelle. Selon le bilan de Météo-France, l’été 2026 est devenu le plus chaud observé dans l’Hexagone depuis le début des mesures en 1900, avec une température moyenne de 24 °C, soit 3,6 °C au-dessus des normales. Trois vagues de chaleur ont totalisé 53 jours, neuf dixièmes du territoire ont connu au moins une température supérieure ou égale à 35 °C et 45 % du pays a franchi au moins une fois la barre des 40 °C. La troisième vague, du 28 juillet au 19 août, a duré 23 jours.
Sécheresse et incendies ont accompagné cette chaleur hors norme. Météo-France indique que 2026 affiche désormais la plus grande surface brûlée jamais enregistrée en France. Ces événements estivaux ne figurent pourtant pas dans les 452 cas de mésinformation comptabilisés par l’OMÉ : son rapport semestriel s’arrête au 30 juin. Il faudra donc attendre le bilan annuel pour mesurer ce qui s’est passé sur les antennes pendant les canicules et les incendies de juillet et août.




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