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jeudi 3 septembre 2026· Newsletter· À propos· Contact
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France Inter : la direction refuse de céder face à la fronde contre Charles Sapin

Malgré la menace de grève et le rejet exprimé en assemblée générale, Radio France maintient le journaliste à l’antenne. La direction invoque un principe : l’indépendance du service public ne peut pas fonctionner à géométrie variable.

France Inter : la direction refuse de céder face à la fronde contre Charles Sapin

La réponse n’aura pas tardé. Vingt-quatre heures après le vote du principe d’une grève par les salariés de Radio France contre la présence de Charles Sapin sur France Inter, la direction ferme la porte à tout recul. Le directeur adjoint de la rédaction de Valeurs actuelles conservera son éditorial politique du dimanche matin. Et Vincent Meslet, directeur éditorial de Radio France, assume une décision qui risque de prolonger sérieusement la crise ouverte à la Maison ronde.

Comme Zaptv.fr l’expliquait mercredi dans « France Inter sous tension : une grève votée contre la chronique de Charles Sapin », les personnels réunis en assemblée générale le 2 septembre ont demandé le retrait de sa chronique. La motion, adoptée à l’unanimité des participants, mandate l’intersyndicale pour déposer un préavis de grève « dans les meilleurs délais » si la direction ne revient pas sur sa décision.

Au cœur de la contestation, il y a moins le contenu du premier billet de Charles Sapin que le poste qu’il occupe à Valeurs actuelles, dont il est directeur adjoint de la rédaction. Le journaliste a pourtant déjà pris l’antenne : sa première chronique a été diffusée dimanche 30 août dans la matinale du week-end.

Radio France ne veut pas condamner avant d’avoir entendu

Dans un long message adressé jeudi 3 septembre aux équipes, Vincent Meslet explique pourquoi Radio France maintient Charles Sapin. Le directeur éditorial reconnaît d’abord le malaise provoqué par cette arrivée. Il comprend également « l’usure » d’une rédaction soumise depuis deux ans aux polémiques et aux accusations sur son impartialité.

Mais il distingue l’homme du symbole. Pour lui, le procès intenté aujourd’hui à Charles Sapin repose sur ce qu’il pourrait dire plutôt que sur ce qu’il a effectivement dit. Ses précédentes interventions sur les antennes de Radio France n’ont, souligne-t-il, provoqué aucun incident.

La direction pose donc sa ligne : un journaliste doit être jugé sur ses propos et ses actes, pas sur les intentions qu’on lui prête. Retirer la chronique aujourd’hui reviendrait à sanctionner Charles Sapin avant même qu’il ait commis la moindre faute à l’antenne.

Et c’est là que Vincent Meslet retourne l’argument contre ses propres salariés : « Voici pourquoi nous ne pouvons pas céder, même à vous. »

Cohen, Legrand : la direction rappelle les précédents

Pour appuyer sa démonstration, le directeur éditorial convoque les crises qui ont secoué Radio France ces deux dernières années. Il rappelle que la direction a déjà refusé de livrer certaines de ses figures lorsque des pressions extérieures réclamaient leur départ.

Il cite notamment Patrick Cohen et Thomas Legrand, que Radio France dit avoir défendus après la diffusion d’une vidéo enregistrée à leur insu. Son raisonnement est simple : la règle qui a permis de protéger hier des journalistes de France Inter contre des demandes venues de l’extérieur doit aujourd’hui protéger Charles Sapin, même si la contestation vient cette fois de l’intérieur.

« La règle qui protège Charles Sapin aujourd’hui est exactement celle qui vous a protégés hier et qui vous protégera demain », écrit Vincent Meslet, avant de résumer sa doctrine : « Une indépendance qui ne s’exerce que vers l’extérieur n’est pas une indépendance : c’est un confort. »

L’argument prend un relief particulier alors que Radio France entre dans une année présidentielle sous haute surveillance. Le recrutement de Charles Sapin avait déjà provoqué une forte contestation interne avant même sa première chronique. Céline Pigalle avait défendu son choix au nom du pluralisme et de la volonté de faire entendre sur France Inter des sensibilités politiques différentes.

Charles Sapin reste, mais pas avec un blanc-seing

La direction accompagne toutefois son maintien d’un avertissement très clair. Pas question de transformer la défense du pluralisme en permis de tout dire. Vincent Meslet prévient que face « au racisme, à l’antisémitisme, à l’islamophobie, à la haine, à la remise en cause des droits fondamentaux, au climatoscepticisme », il n’y aura « aucune tolérance ».

La situation de Valeurs actuelles elle-même restera observée. Radio France assure qu’elle tirerait immédiatement les conséquences d’une évolution du journal incompatible avec les principes qu’elle vient de rappeler. « On ne condamne personne avant qu’il ait parlé. On ne passe rien après », résume Vincent Meslet.

Le bras de fer est donc désormais clairement engagé. Charles Sapin reste à l’antenne, la direction assume son choix et les salariés disposent d’un mandat pour déposer un préavis de grève. La question n’est plus de savoir si Radio France va retirer son nouvel éditorialiste : elle vient de répondre non. Reste maintenant à savoir jusqu’où ira la fronde interne.

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