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jeudi 27 août 2026 · Newsletter · À propos · Contact
Médias

« J’ai servi de fusible » : Thomas Legrand règle ses comptes avec France Inter

Écarté de la grille de rentrée près d’un an après l’affaire de la vidéo enregistrée à son insu avec Patrick Cohen et deux responsables socialistes, le journaliste accuse Radio France de l’avoir abandonné sous la pression. Céline Pigalle lui répond sèchement.

« J’ai servi de fusible » : Thomas Legrand règle ses comptes avec France Inter

Un an après la tempête, Thomas Legrand ne retrouvera pas son micro sur France Inter. Le journaliste, qui avait renoncé en septembre 2025 à lancer son nouveau rendez-vous dominical après la diffusion d’une conversation enregistrée à son insu avec Patrick Cohen et deux responsables du Parti socialiste, ne figure pas dans la grille de rentrée de la station. Une suspension qui avait été présentée comme provisoire et qui s’est finalement installée dans la durée. Mercredi 26 août, Thomas Legrand a décidé de sortir du silence et de mettre directement en cause la direction de Radio France.

Dans une longue tribune publiée par « Le Monde », l’éditorialiste de Libération estime avoir payé seul le prix d’une affaire qui a largement dépassé son cas personnel. « En réalité, dès le début, j’ai servi de fusible », affirme-t-il. Il reproche à Radio France d’avoir répondu à la polémique par ce qu’il qualifie d’« invisibilisation totale et durable de l’antenne », alors qu’il pensait pouvoir revenir une fois retombée la pression provoquée par la commission d’enquête parlementaire consacrée à l’audiovisuel public.

Une vidéo volée qui empoisonne Radio France depuis un an

L’affaire remonte au 5 septembre 2025. Ce jour-là, L’Incorrect publie des extraits d’une conversation enregistrée deux mois plus tôt dans un café parisien. Thomas Legrand et Patrick Cohen y discutent avec Luc Broussy, président du conseil national du PS, et Pierre Jouvet, eurodéputé socialiste. Parmi les phrases diffusées figure celle de Thomas Legrand assurant : « Nous, on fait ce qu’il faut pour Dati, Patrick et moi », en référence à Rachida Dati. Le journaliste reconnaîtra avoir prononcé ces mots tout en contestant l’interprétation qui en a été faite et en dénonçant un montage tronqué de la conversation.

La séquence provoque immédiatement une polémique sur l’impartialité du service public. CNews, Europe 1 et le Journal du dimanche la relaient abondamment, tandis que plusieurs responsables politiques réclament des explications. Thomas Legrand, qui effectuait alors des piges régulières pour Radio France et devait lancer « Face à Thomas Legrand », renonce à reprendre l’antenne. La direction parle à l’époque d’une mise en retrait provisoire. Patrick Cohen, lui, conserve ses activités.

Près de douze mois plus tard, Thomas Legrand considère que ce provisoire est devenu définitif dans les faits. Il affirme avoir accepté pendant plusieurs mois de rester silencieux parce qu’on lui demandait de « laisser passer l’orage », avant de comprendre qu’aucun véritable retour n’était préparé. Dans sa tribune, il ne nie pas que certains propos aient pu choquer, mais estime que Radio France aurait dû mieux distinguer, selon lui, une critique légitime d’une campagne destinée à obtenir l’éviction d’un journaliste.

Sibyle Veil directement mise en cause

Thomas Legrand ne s’en prend pas seulement à France Inter. Mercredi matin, il a également adressé une lettre à Sibyle Veil, présidente de Radio France, qu’il accuse d’avoir capitulé face aux pressions venues de l’extérieur et de l’avoir « personnellement laissé tomber dans la tourmente ». Il estime surtout que la direction lui a laissé croire pendant plusieurs mois qu’un retour à l’antenne restait possible.

La réponse de Céline Pigalle, directrice de France Inter, n’a rien d’une tentative d’apaisement. Interrogée par Le Monde, elle reconnaît la déception du journaliste tout en lui adressant une fin de non-recevoir : « J’entends que Thomas Legrand soit déçu de ne pas être sur l’antenne de France Inter. Il exige, il réclame, mais ce n’est pas comme ça qu’on obtient quelque chose de moi. »

Cette phrase confirme en tout cas une chose : aucun retour régulier de Thomas Legrand n’est prévu dans la grille actuelle. Il serait en revanche excessif de parler d’une « exclusion définitive de Radio France » au sens contractuel. Les informations disponibles établissent qu’il est écarté de la grille de France Inter et qu’aucune réintégration n’est programmée à ce stade.

Une affaire devenue politique et judiciaire

La vidéo Legrand-Cohen a depuis largement débordé le cadre de France Inter. Elle a nourri les travaux de la commission d’enquête sur la neutralité, le fonctionnement et le financement de l’audiovisuel public, créée en octobre 2025 à l’Assemblée nationale. Son rapporteur, Charles Alloncle, député UDR de l’Hérault, a consacré une partie importante de son rapport à cette affaire et formulé de sévères critiques sur les pratiques et le fonctionnement de l’audiovisuel public. Le rapport, publié en mai 2026, a lui-même suscité de fortes contestations, y compris au sein de la commission.

Le bras de fer se poursuit également devant les tribunaux. France Télévisions et Radio France ont engagé une procédure pour dénigrement contre CNews, Europe 1 et le Journal du dimanche, considérant que le traitement de cette affaire avait dépassé la critique journalistique pour porter atteinte à l’image des groupes publics. Une audience devant le tribunal des activités économiques de Paris est annoncée pour le 2 septembre.

De leur côté, Thomas Legrand et Patrick Cohen avaient porté plainte après l’enregistrement clandestin. Cette plainte a été classée sans suite en janvier dernier, le parquet estimant que le secret des sources empêchait d’identifier l’auteur de l’enregistrement. Les deux journalistes avaient alors annoncé leur intention de poursuivre leur bataille judiciaire.

Pour Thomas Legrand, l’enjeu dépasse désormais son retour personnel à l’antenne. Dans sa tribune, il présente son cas comme un avertissement adressé aux rédactions : selon lui, céder lorsqu’un journaliste devient la cible d’une campagne extérieure revient à montrer que cette méthode peut fonctionner. France Inter assume au contraire de ne pas le réinstaller dans sa grille. Après un an de silence et d’attente, le désaccord entre le journaliste et son ancienne station est désormais public, frontal et manifestement profond.

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