« Une pâle copie d’une chaîne d’opinion » : Sonia Mabrouk met déjà le feu à BFMTV
Deux jours après le lancement de « 100% Mabrouk », la Société des journalistes s’alarme du choix de certains invités et du futur rendez-vous avec Robert Ménard. La direction reconnaît des « erreurs » et promet de revoir sa copie.
À peine arrivée, Sonia Mabrouk provoque déjà de sérieux remous à BFMTV. Deux jours seulement après le lancement de « 100% Mabrouk », son nouveau rendez-vous diffusé du dimanche au jeudi entre 18h45 et 21 heures, la Société des journalistes de la chaîne est montée au créneau. En cause : le profil de certains invités choisis pour les premières émissions et la crainte de voir BFMTV se rapprocher éditorialement de CNews, précisément la chaîne que Sonia Mabrouk a quittée en février dernier.
L’inquiétude ne date d’ailleurs pas de cette semaine. Lorsque le recrutement de la journaliste avait été annoncé, la SDJ avait déjà rappelé publiquement les principes auxquels la rédaction entendait rester attachée : « indépendance, pluralisme, rigueur et traitement non partisan de l’information ». Elle avait également insisté sur l’identité de BFMTV, définie comme « une chaîne de faits devant les opinions, de journalisme de terrain ». Six mois plus tard, les deux premières émissions de Sonia Mabrouk ont suffi à raviver les inquiétudes.
Sophie de Menthon et Céline Pina font bondir la rédaction
Le premier accrochage concerne Sophie de Menthon, invitée lundi 24 août pour le lancement de l’émission. La présidente du mouvement patronal Ethic avait provoqué une importante polémique en 2011 avec ses déclarations sur Nafissatou Diallo, qui accusait alors Dominique Strauss-Kahn d’agression sexuelle. Sa présence sur le plateau n’est pas passée inaperçue dans les couloirs de BFMTV.
Le lendemain, c’est Céline Pina qui a rejoint Sonia Mabrouk. L’essayiste venait d’annoncer sa mise à l’écart de CNews et s’était elle-même présentée comme l’une des nouvelles chroniqueuses de « 100% Mabrouk ». Son arrivée avait déjà provoqué de violentes réactions sur les réseaux sociaux, notamment de la part du député Aymeric Caron.
Dans un mail interne révélé par Le Parisien et dont Puremédias rapporte le contenu, la SDJ ne cache pas sa « stupeur ». Elle reproche notamment à Céline Pina d’avoir par le passé rapproché Zohran Mamdani, le maire de New York, des terroristes du 11-Septembre et d’avoir tenu des propos jugés comme minimisant la mort d’enfants palestiniens. Les journalistes s’inquiètent surtout de voir se multiplier autour de Sonia Mabrouk des personnalités précédemment présentes sur CNews.
La réaction de la direction a été rapide. Selon la SDJ, les responsables de BFMTV ont reconnu « des erreurs » dans la validation de ces invités et assuré qu’ils ne reviendraient pas à l’antenne. L’état-major de la chaîne aurait également promis une vigilance accrue sur le parcours des personnalités invitées dans l’émission et sur la présence d’anciens chroniqueurs de CNews.
La mise au point de la rédaction est particulièrement claire : « Il n’est pas question que notre chaîne d’informations devienne sur cette émission une pâle copie d’une chaîne d’opinion ». À quelques mois de la présidentielle de 2027, la SDJ prévient qu’elle surveillera de près le respect du pluralisme et de l’identité éditoriale de BFMTV.
Le rendez-vous avec Robert Ménard inquiète aussi
Le choix des invités n’est pas le seul sujet de crispation. La rédaction s’interroge également sur un rendez-vous hebdomadaire prévu entre Sonia Mabrouk et Robert Ménard, maire de Béziers. Le principe envisagé est celui d’un face-à-face d’une vingtaine de minutes, appelé à revenir régulièrement dans l’émission.
C’est précisément cette régularité qui inquiète certains journalistes. Accorder chaque semaine une longue séquence à la même personnalité politique ou politique-adjacente est perçu par une partie de la rédaction comme difficilement conciliable avec l’exigence de pluralisme, particulièrement à l’approche d’une campagne présidentielle. Un journaliste interrogé par Le Parisien y voit même « une atteinte grave au pluralisme des courants politiques ».
La direction défend une mécanique différente de celle d’une simple tribune. Le dialogue entre Sonia Mabrouk et Robert Ménard doit être suivi d’une discussion avec trois éditorialistes de sensibilités différentes, chargés de revenir sur les propos tenus et de prolonger le débat. La SDJ ne se dit pas convaincue pour autant et assure qu’elle restera vigilante.
La polémique tombe au moment où les audiences décollent
Ces tensions internes interviennent alors que les débuts de Sonia Mabrouk sont plutôt encourageants pour BFMTV. Pour sa première, lundi 24 août, « 100% Mabrouk » a réuni 372 000 téléspectateurs, soit 2,6 % du public entre 18h45 et 21 heures. BFMTV restait alors derrière CNews sur une partie de la tranche, notamment face à « Face à l’info » et « L’Heure des Pros 2 ». La chaîne soulignait néanmoins une progression de 40 % par rapport à la semaine de rentrée précédente et une position de leader auprès des 25-49 ans et des CSP+.
Dès le lendemain, la situation s’est inversée. Mardi 25 août, le deuxième numéro a rassemblé 363 000 personnes et 2,7 % de part d’audience entre 18h44 et 21h06. BFMTV s’est cette fois placée en tête des chaînes d’information et même de l’ensemble de la TNT sur la tranche.
La véritable bataille commencera cependant ce jeudi 27 août avec le retour complet des poids lourds de CNews. « Face à l’info » sera désormais proposé de 18h30 à 20 heures et Pascal Praud reprendra « L’Heure des Pros 2 » entre 20 heures et 21 heures. Sonia Mabrouk retrouvera donc frontalement plusieurs de ses anciens collègues, quelques mois après son départ de la chaîne.
Son transfert avait constitué l’un des mouvements les plus spectaculaires du mercato audiovisuel. Sonia Mabrouk avait quitté CNews et Europe 1 en février après avoir exprimé son désaccord avec le maintien à l’antenne de Jean-Marc Morandini à la suite de sa condamnation pour corruption de mineurs. En rejoignant BFMTV, elle avait promis de rester elle-même tout en assurant vouloir faire entendre « la diversité des opinions ».
Trois jours après sa rentrée, c’est précisément sur cette question que le débat s’est déplacé à l’intérieur même de BFMTV. La direction compte sur Sonia Mabrouk pour muscler son access et reprendre du terrain face à CNews ; la rédaction entend, elle, s’assurer que cette reconquête ne se fasse pas au prix de l’identité éditoriale de la chaîne. Les premières audiences donnent pour l’instant raison au pari commercial. Sur le terrain éditorial, la discussion ne fait manifestement que commencer.



Commentaires
0Aucun commentaire pour le moment. Soyez le premier à réagir.