On a vu « The Looming Tower » : faut-il regarder cette série sur les coulisses du 11-Septembre ?
M6+ propose les dix épisodes de cette minisérie consacrée aux années qui ont précédé les attentats. Dense, tendue et remarquablement incarnée, elle transforme les rivalités entre FBI et CIA en thriller politique.
Oui. Huit ans après sa diffusion américaine, « The Looming Tower » conserve une force assez étonnante. On connaît évidemment la fin de l’histoire et pourtant, au fil des épisodes, on se surprend à espérer que quelqu’un va finir par transmettre la bonne information au bon service. C’est perdu d’avance. Et c’est précisément ce qui rend la série aussi prenante.
Disponible gratuitement sur M6+, cette minisérie de dix épisodes ne raconte pas directement les attentats du 11 septembre 2001. Elle remonte aux années durant lesquelles Oussama Ben Laden et Al-Qaïda deviennent une menace majeure pour les États-Unis et pose une question dérangeante : les services américains auraient-ils pu mieux anticiper la catastrophe s’ils avaient été capables de travailler ensemble ?
Adaptée de l’enquête de Lawrence Wright, récompensée par le prix Pulitzer, « The Looming Tower » s’ouvre à la fin des années 1990. Au FBI, John O’Neill (Jeff Daniels), patron de l’antiterrorisme à New York, a compris que Ben Laden ne représente plus une menace lointaine. À ses côtés, le jeune agent Ali Soufan (Tahar Rahim), Américain d’origine libanaise et arabophone, devient rapidement indispensable. Pendant ce temps, la CIA mène sa propre traque et protège jalousement ses renseignements.
Une guerre FBI-CIA transformée en thriller
C’était le principal piège : tenir dix épisodes avec des rivalités administratives, des renseignements classifiés et des guerres de territoire. « The Looming Tower » le contourne en faisant de chaque information retenue ou négligée un ressort dramatique.
La série évite aussi de fabriquer des héros irréprochables. John O’Neill est brillant, intuitif et obsessionnel, mais aussi colérique et excessif. Jeff Daniels s’empare du personnage avec une énergie dévastatrice. Face à lui, Peter Sarsgaard campe Martin Schmidt, personnage composite qui cristallise les méthodes et la rétention d’informations reprochées à une partie de la CIA.
Tahar Rahim joue une partition plus retenue. Son Ali Soufan devient progressivement la meilleure porte d’entrée dans cette histoire. Il observe, traduit, interroge et comprend parfois ce que d’autres ne veulent pas voir. Sa sobriété offre un contrepoint efficace aux affrontements entre les deux agences.
Dense, parfois trop, mais jamais simpliste
« The Looming Tower » demande toutefois de l’attention. Noms, lieux, organisations et opérations s’enchaînent rapidement et le premier épisode ne prend guère le spectateur par la main. Certaines incursions dans la vie sentimentale de John O’Neill paraissent également trop longues et ralentissent inutilement l’intrigue.
Ces réserves n’enlèvent pas grand-chose à la réussite de l’ensemble. De New York à Washington, du Kenya à l’Afghanistan, la série reconstitue la montée de la menace sans basculer dans le cours d’histoire contemporaine.
Une précaution reste nécessaire : il s’agit d’une fiction adaptée d’un travail journalistique, pas d’un documentaire. Certains personnages sont composites et des situations ont été dramatisées. « The Looming Tower » propose donc une lecture des défaillances du renseignement américain, pas une vérité historique définitive.
Un compte à rebours particulièrement efficace
La grande réussite de la série tient finalement à son paradoxe : fabriquer du suspense alors que l’issue est connue de tous. Plus la chronologie avance, plus les erreurs et les occasions manquées deviennent oppressantes.
La réalisation refuse les effets spectaculaires et le rythme les facilités du thriller d’action. « The Looming Tower » préfère les bureaux, les interrogatoires, les confrontations et les décisions qui paraissent parfois anodines avant de prendre, rétrospectivement, une tout autre dimension.
Huit ans après sa création, la série reste donc suffisamment forte pour mériter cette arrivée sur M6+. Elle demande davantage d’attention que beaucoup de productions conçues pour être dévorées à la chaîne, mais une fois la mécanique installée, difficile de décrocher.




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