France Inter sous tension : une grève votée contre la chronique de Charles Sapin
Réunis en assemblée générale mercredi 2 septembre, les salariés de Radio France ont réclamé la suppression du billet confié au directeur adjoint de Valeurs actuelles. L’intersyndicale prépare désormais un préavis.
À Radio France, le désaccord a quitté les conversations de couloir pour prendre la forme d’une menace de grève. Les salariés réunis en assemblée générale mercredi 2 septembre ont voté le principe d’un mouvement social afin d’obtenir le retrait de Charles Sapin de l’antenne de France Inter. Directeur adjoint de Valeurs actuelles, le journaliste vient d’intégrer la matinale du dimanche pour y assurer un éditorial politique hebdomadaire.
Selon des participants interrogés par l’AFP, la motion soumise au personnel a été adoptée à l’unanimité. Elle exprime un « refus catégorique » de cette arrivée et demande à la direction de renoncer à la chronique. À défaut, l’intersyndicale doit déposer un préavis de grève « dans les meilleurs délais ».
La nuance a son importance : les salariés n’ont pas encore fixé la date d’un arrêt de travail. Ils ont autorisé son organisation si la présidente de Radio France, Sibyle Veil, et la directrice de France Inter, Céline Pigalle, maintiennent leur décision. Le conflit porte moins sur le contenu du premier billet de Charles Sapin que sur sa présence régulière au micro du service public.
Un premier éditorial déjà diffusé le dimanche matin
La contestation n’a pas empêché Charles Sapin de faire ses débuts sur France Inter. Le journaliste a livré sa première chronique politique dimanche dernier, dans la nouvelle matinale du week-end présentée par Eva Roque et Quentin Lafay. Son intervention s’inscrit dans une réorganisation plus large des éditorialistes invités par la station.
France Inter a confié le billet politique du vendredi à Anne Rosencher, grand reporter à L’Express. Camille Vigogne Le Coat, journaliste au Nouvel Obs, intervient pour sa part le samedi. Charles Sapin complète ce dispositif le dimanche, offrant sur le papier trois sensibilités et trois signatures issues de publications différentes.
C’est précisément cette dernière nomination que les représentants du personnel refusent. Dans leur motion, ils considèrent que les valeurs portées par Valeurs actuelles ne sont pas « compatibles » avec celles de Radio France. Ils contestent également l’argument du pluralisme avancé pour justifier le recrutement : « Le pluralisme ne peut servir de prétexte à la légitimation de toutes les paroles », écrivent-ils à l’adresse de leur direction.
Cette opposition était apparue avant même la première chronique. Le Syndicat national des journalistes, le SNJ, avait demandé son retrait en évoquant une « ligne rouge inacceptable ». Dans son texte, le syndicat qualifiait Valeurs actuellesd’« organe de l’extrême droite multicondamné » et estimait qu’un de ses responsables ne devait pas disposer d’un rendez-vous régulier sur l’antenne.
Le pluralisme de France Inter au centre du conflit
Les signataires prennent soin de préciser que France Inter n’est pas, selon leurs propres mots, « une radio de gauche » et qu’une station publique doit accueillir des opinions différentes. Leur objection porte sur la limite à fixer à ce pluralisme et sur la responsabilité attachée au choix d’un éditorialiste permanent.
Pour défendre leur position, ils rappellent notamment la condamnation en appel de Valeurs actuelles en 2024 pour injure raciste envers la députée La France insoumise Danièle Obono. Celle-ci avait été représentée en esclave dans un récit publié par l’hebdomadaire. Le SNJ évoquait également dans son communiqué les prises de position du magazine sur Vichy et la préférence nationale, avant de conclure que Charles Sapin n’avait « rien à faire sur France Inter ».
Ces arguments visent le titre de presse auquel appartient le chroniqueur et la responsabilité qu’il y exerce. Les éléments rapportés ne font état d’aucun propos discriminatoire prononcé par Charles Sapin lors de sa première intervention sur France Inter. Pour les salariés mobilisés, attendre un éventuel incident à l’antenne reviendrait toutefois à ignorer ce que représente, à leurs yeux, la fonction de directeur adjoint de Valeurs actuelles.
La direction raisonne à partir d’un autre principe : celui d’une antenne suffisamment large pour confronter les opinions. Avant les débuts de son nouvel éditorialiste, elle invitait les journalistes de la Maison ronde à « regarder la photo d’ensemble » de la grille. Elle défendait France Inter comme « un lieu où on se parle et où on accepte tous les points de vue et opinions ».
La direction affirme avoir obtenu des garanties
Face aux inquiétudes exprimées en interne, la station assurait avoir reçu des garanties concernant le contenu de la chronique. France Inter disait avoir la certitude qu’avec Charles Sapin, il n’y aurait « pas de propos discriminants ou de dérapage à l’antenne ». Cette assurance n’a manifestement pas convaincu les salariés présents à l’assemblée générale.
Le différend place désormais la direction devant un choix éditorial autant que social. Retirer Charles Sapin reviendrait à céder à la demande unanime de l’assemblée générale et du SNJ, mais aussi à désavouer une nomination publiquement défendue au nom du pluralisme. Le maintenir pourrait entraîner le dépôt d’un préavis et perturber les antennes de Radio France au moment de la rentrée.
L’arrivée d’un chroniqueur extérieur devient ainsi un conflit sur l’identité même de France Inter : jusqu’où une radio publique doit-elle aller dans la représentation des courants d’opinion, et quels critères doit-elle appliquer aux responsables des médias qu’elle invite régulièrement ? Les salariés ont apporté leur réponse par le vote. La prochaine décision appartient à Sibyle Veil et Céline Pigalle, puisque le calendrier d’une éventuelle grève dépend désormais du maintien ou du retrait de la chronique dominicale.




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