« La radio, le micro, le direct m’ont beaucoup manqué » : Nicolas Demorand retrouve enfin France Inter
Dix mois après avoir quitté brutalement la matinale pour raisons de santé, Nicolas Demorand a retrouvé le direct ce samedi avec « Recto/Verso ». Une rentrée forcément particulière pour l’une des grandes voix de France Inter.
Il aura suffi de quelques mots pour mesurer ce que représentait ce samedi matin. Peu avant 9 heures, Quentin Lafay terminait la nouvelle matinale du week-end de France Inter lorsqu’il a lancé, avec une émotion difficile à cacher : « Ça me fait plaisir de le dire : bonjour Nicolas Demorand. » À ses côtés, Eva Roque enchaînait : « On est très heureux de vous retrouver Nicolas. » Quelques minutes plus tard, après le journal, la voix familière des auditeurs d’Inter reprenait possession du studio. Pas celle d’un invité venu donner de ses nouvelles, comme en juin dernier, mais celle d’un journaliste de nouveau installé derrière son micro, conducteur devant lui et direct à assurer. Nicolas Demorand était revenu.
Presque dix mois s’étaient écoulés depuis sa dernière émission en direct, début novembre 2025. Une éternité pour un homme qui a passé une bonne partie de sa vie professionnelle à se lever avant l’aube et qui, en deux périodes, a incarné pendant onze ans la matinale de France Inter. À 55 ans, Demorand ne retrouve pourtant ni son ancien horaire ni son ancien fauteuil. Florence Paracuellos a désormais définitivement pris les commandes du 7h-9h, avec Benjamin Duhamel pour les grandes interviews politiques. Lui hérite du week-end et d’un rendez-vous taillé sur mesure : « Recto/Verso », chaque samedi et dimanche entre 9 heures et 10 heures. Une nouvelle vie radiophonique après des mois qui ont profondément bouleversé la précédente.
« Je suis très, très heureux de vous retrouver »
Nicolas Demorand n’a d’ailleurs pas cherché à masquer ce que ce retour avait de particulier. « Je suis très, très heureux de vous retrouver », a-t-il lancé dès l’ouverture. Puis, après avoir présenté le principe de l’émission, il a laissé tomber quelques mots autrement plus personnels : « La radio, le micro, le direct m’ont beaucoup manqué ces derniers mois. » Et d’ajouter qu’il retrouvait l’antenne « avec plaisir » et « avec appétit », proposant aux auditeurs d’écouter avec lui « les murmures et les fracas du monde ». Pas de grand discours sur son absence, pas de séquence lacrymale. Juste cette phrase qui, après ce qu’il a traversé, suffisait largement.
Son éloignement de France Inter n’avait pourtant rien d’une simple pause professionnelle. En mars 2025, dans « Intérieur nuit », Nicolas Demorand avait révélé publiquement sa bipolarité et raconté des années d’errance avant le diagnostic. À l’automne suivant, son état de santé l’avait obligé à abandonner la matinale. Plusieurs mois d’hospitalisation et une sévère phase dépressive avaient suivi. Lorsqu’il avait retrouvé le micro en juin, ce n’était encore que comme invité de Benjamin Duhamel et Florence Paracuellos, pour présenter « Si besoin », un podcast en six épisodes consacré à la maladie mentale, aux patients, aux proches et aux soignants. La série, mise en ligne le 15 juin puis diffusée pendant l’été sur France Inter, racontait aussi sans détour les mois durant lesquels le journaliste avait lui-même disparu de l’antenne.
Ce samedi, le sujet était ailleurs. Demorand n’était plus revenu pour parler de Demorand. Il était revenu faire de la radio. Et c’est probablement ce qui donne à cette première de « Recto/Verso » sa tonalité particulière. Avant même le lancement, un auditeur interrogé par Le Parisien résumait assez justement l’enjeu : il se réjouissait de le retrouver pour son travail de journaliste et non dans une émission qui l’aurait enfermé dans la seule question de sa maladie. Après des mois pendant lesquels son nom avait presque toujours été associé à sa santé, Nicolas Demorand retrouvait enfin ce samedi la place qu’il occupait auparavant : celle de celui qui pose les questions.
Le samedi pour regarder derrière, le dimanche pour voir devant
La mécanique de « Recto/Verso » lui ressemble plutôt bien. Le samedi, le « recto » revient sur trois événements des jours ou semaines précédents avec trois invités chargés de les analyser et de les remettre en perspective. Le dimanche, le « verso » regarde dans l'autre direction : trois sujets pour tenter de comprendre ce qui arrive, qu’il s’agisse de politique, de géopolitique, de littérature, de cinéma, de théâtre ou d’exposition. Demorand revendique une émission volontairement éclectique, avec une ambition assez éloignée du rythme infernal d’une matinale : « ralentir un peu le flux des événements », se décaler et prendre le temps de réfléchir.
L’idée n’est d’ailleurs pas totalement sortie de nulle part. Nicolas Demorand a reconnu s’être librement inspiré de « C’est arrivé cette semaine » et « C’est arrivé demain », les deux émissions créées sur Europe 1 à la fin des années 1990 et restées quinze ans à l’antenne. Le principe était déjà de regarder l’actualité dans le rétroviseur le samedi avant d’essayer, le dimanche, d’anticiper celle de la semaine suivante. Un format que Demorand estimait manquer aujourd’hui au paysage radiophonique.
Pour cette première, il a immédiatement montré jusqu’où pouvait aller l’éclectisme promis. Le premier dossier était consacré à l’été de feux et de canicules, avec le chercheur Théodore Tallent pour replacer ces épisodes dans la crise climatique. Puis changement radical de décor avec « En deux mots », petit billet personnel dans lequel Nicolas Demorand a raconté son étrange plaisir à regarder sur Instagram… des vidéos de toilettage canin. L’anecdote n’était pas complètement gratuite puisqu’elle lui permettait de basculer vers « La méthode », le premier roman de David Djaïz, dont l’histoire se déroule dans une ville confrontée à des milliers de chiens errants. Après une chanson d’Angèle, la rentrée littéraire reprenait ses droits avec Bérénice Pichat et son roman « Marché noir ». Climat, chiens, littérature, musique : en une heure, le cahier des charges était posé.
Une rentrée qui n’a rien d’ordinaire
Il faudra évidemment attendre quelques semaines pour savoir si cette construction trouve son rythme. Une première émission bénéficie toujours de l’énergie des retrouvailles et « Recto/Verso » devra désormais exister sans que chaque phrase de son présentateur soit ramenée à son absence. Mais le choix de France Inter paraît cohérent. Le journaliste conserve un rendez-vous important, deux heures par week-end, sans retrouver la pression quotidienne d’une matinale qui impose des réveils nocturnes, une exposition considérable et une actualité à absorber sans relâche.
Pour Demorand, c’est aussi une manière de tourner une page sans renier les précédentes. La matinale reste entre d’autres mains, et il ne donne aucun signe d’une volonté de la récupérer. En juin, lorsqu’il avait dévoilé son nouveau rendez-vous à Télérama, il se disait déjà « heureux de retravailler et impatient de retrouver le micro ». Samedi matin, l’impatience avait disparu. Le micro était devant lui.
Et les premiers retours ont quelque chose de presque banal, ce qui est sans doute la meilleure nouvelle pour lui. Des auditeurs se réjouissent de retrouver sa culture, sa façon d’interroger et cette curiosité qui lui permet de passer d’un sujet de géopolitique à un roman ou, désormais, à des chiens sortant du toiletteur. Nicolas Demorand n’est pas revenu à France Inter comme celui qui était parti. Il est revenu avec une autre émission, un autre rythme et, manifestement, toujours la même envie de radio. Après dix mois loin du direct, c’était déjà beaucoup pour une première.




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