« Aucun piratage » : Olivier Truchot contre-attaque après le coup de force de BFMTV face à LCI
Deux jours après la bataille des caméras à Roland-Garros, le journaliste assume le choix de BFMTV de diffuser le débat pourtant annoncé en exclusivité sur LCI. Et transforme la querelle d’audience en débat sur le droit à l’information.
La présidentielle 2027 n’a pas encore véritablement commencé que les chaînes d’information se battent déjà pour ses images. Deux jours après l’incroyable bras de fer qui a opposé LCI et BFMTV autour du premier grand débat organisé par le Medef, Olivier Truchot a décidé de défendre publiquement sa chaîne. Le journaliste, qui était à l’antenne avec Alain Marschall au moment des faits, récuse surtout un mot qui commence à circuler depuis jeudi : celui de « piratage ». Pour lui, BFMTV n’a ni volé un signal ni joué les clandestins. Elle a simplement fait son métier. « Le respect du droit à l’information est non négociable, particulièrement lorsqu’il s’agit d’un événement aussi important qu’une élection présidentielle », a-t-il écrit sur X.
Comme nous le racontions après cette drôle d’après-midi de Roland-Garros, le match avait commencé bien avant que Marine Le Pen, Jean-Luc Mélenchon, Édouard Philippe, Gabriel Attal, Bruno Retailleau, Raphaël Glucksmann et Marine Tondelier ne s’installent devant les patrons réunis pour la Rencontre des entrepreneurs de France. LCI avait négocié avec le Medef la diffusion en direct et en exclusivité du rendez-vous, présenté par Amélie Carrouër à partir de 16h45. La chaîne du groupe TF1 avait largement communiqué sur ce premier débat de la campagne et entendait évidemment en récolter seule les fruits.
BFMTV avait installé ses propres caméras
Seulement, BFMTV n’avait aucune intention de regarder passer le train présidentiel depuis son studio. La chaîne de CMA Média a envoyé ses équipes à Roland-Garros et installé ses propres moyens de captation. Léopold Audebert et Gaëtane Meslin ont pris l’antenne sur place autour d’une petite table pendant que, dans les studios de BFMTV, Alain Marschall, Olivier Truchot et leurs chroniqueurs commentaient les échanges. Le point est important : BFMTV ne reprenait pas les images de LCI. Elle fabriquait les siennes. En revanche, le son utilisé par la chaîne était fourni par le Medef.
Pendant plusieurs minutes, le dispositif a fonctionné. BFMTV montrait les candidats, revenait en plateau, diffusait des extraits et commentait les passes d’armes. Jusqu’au moment où le son fourni par l’organisateur a été coupé. À l’écran, les images étaient toujours là mais le débat était devenu muet. La chaîne a alors dû interrompre sa retransmission et se rabattre sur ses analyses et des extraits diffusés ultérieurement. Dans un communiqué publié dans la foulée, BFMTV a dit « regretter » de ne pas avoir pu aller au bout et rappelé que la Rencontre des entrepreneurs de France était encore « librement accessible aux médias » l’année précédente.
C’est sur ce terrain qu’Olivier Truchot monte désormais au front. « Aucun piratage. Les équipes de BFM étaient accréditées par le Medef, nos caméras installées en toute transparence. Mais on nous a brutalement coupé le son », affirme-t-il. L’argument est soigneusement choisi : BFMTV veut faire oublier l’image d’une chaîne qui aurait tenté de se glisser en douce dans l’exclusivité de sa concurrente. Ses journalistes étaient accrédités, ses caméras visibles et l’organisateur savait donc qu’elles se trouvaient sur place. Cela ne règle pas pour autant le cœur du différend : LCI considère qu’elle avait acheté ou négocié une exclusivité de diffusion que toutes les autres chaînes, à l’exception de BFMTV, ont respectée.
Chez LCI, la colère n’est pas retombée
Du côté de LCI, l’interprétation est évidemment tout autre. La chaîne estime avoir préparé et négocié un événement exclusif avant de découvrir que sa principale rivale avait trouvé une manière de s’inviter dans la retransmission avec ses propres caméras. Le Parisien a rapporté la colère particulièrement vive d’un cadre du groupe TF1, qui accuse BFMTV d’avoir des « méthodes de voyous ». La formule donne la température des relations entre les deux rédactions après l’incident.
Le conflit est d’autant moins anecdotique que LCI et BFMTV ne se disputent plus seulement quelques dixièmes de part d’audience. Leur rivalité s’est considérablement resserrée ces derniers mois. Début juillet, LCI est même devenue pour la première fois de son histoire la première chaîne d’information sur une semaine, avec 2,7 % de part d’audience contre 2,5 % pour BFMTV. Cette dernière a repris l’avantage sur l’ensemble du mois de juillet, mais LCI a de nouveau signé plusieurs journées de leadership en août. Le temps où BFM pouvait regarder sa concurrente du groupe TF1 comme un poursuivant lointain est terminé.
Dans cette guerre-là, le débat du Medef représentait un joli trophée. Et les chiffres expliquent assez bien pourquoi LCI tenait tellement à son exclusivité. Jeudi, entre 16h45 et 20 heures, 1,03 million de téléspectateurs en moyenne ont regardé les sept prétendants à l’Élysée sur LCI, soit 11 % de part d’audience. La chaîne s’est hissée au quatrième rang national pendant toute la durée du débat et a terminé la journée à 4,9 % de PDA, son meilleur résultat historique. De 17 heures à 18h45, BFMTV réunissait de son côté 217 000 personnes et 3,5 % du public. Cette fois, le match des audiences n’a donc laissé aucune place au doute : LCI a très largement gagné.
Une bataille qui annonce les huit prochains mois
Le coup de force de BFMTV raconte pourtant autre chose qu’une simple querelle de diffuseurs. En invoquant le « droit à l’information », Olivier Truchot déplace volontairement le débat. Peut-on réserver à une seule chaîne la retransmission d’une confrontation réunissant les principales figures engagées dans la course à l’Élysée ? BFMTV considère manifestement que la dimension politique du rendez-vous justifiait sa présence. LCI répond, en substance, qu’une exclusivité négociée reste une exclusivité. Je ne peux pas confirmer qu’une règle juridique particulière imposait au Medef d’ouvrir cette retransmission à toutes les chaînes, et aucune des sources consultées n’établit à ce stade qu’une autorité aurait tranché le différend.
Ce qui est certain, en revanche, c’est que l’épisode risque de laisser des traces. La campagne présidentielle va multiplier les débats, meetings, universités d’été, soirées électorales et interviews exclusives. Pour BFMTV, LCI, CNews et franceinfo, chacun de ces rendez-vous représentera autant un enjeu éditorial qu’une bataille d’audience. Avec son nouveau « Grand oral 2027 », ses recrutements de rentrée et une grille renforcée, BFMTV veut reprendre durablement l’avantage. LCI, portée par des audiences qu’elle n’avait jamais connues jusqu’ici, n’entend manifestement plus lui abandonner le terrain.
Olivier Truchot a donc choisi son camp et ses mots. Pas de piratage, assure-t-il, mais une chaîne accréditée qui revendique son droit à couvrir un moment politique majeur. À LCI, on voit plutôt une concurrente venue torpiller une exclusivité patiemment négociée. La présidentielle 2027 devait commencer par un débat entre sept candidats. Elle a aussi commencé par une guerre entre deux chaînes d’info.




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