Présidentielle 2027 : LCI et BFMTV se déchirent pour le premier grand débat
LCI avait décroché l’exclusivité du premier grand débat de la présidentielle organisé par le Medef. BFMTV a pourtant décidé de le retransmettre avec ses propres caméras. Une initiative qui a provoqué la fureur de sa rivale.
La campagne présidentielle 2027 a commencé jeudi 27 août sur le court Philippe-Chatrier de Roland-Garros. Sept candidats ou prétendants à l’Élysée, un parterre de chefs d’entreprise et, devant les caméras de LCI, un premier débat consacré à l’économie. Tout avait été soigneusement préparé par le Medef pour faire de la séquence politique de clôture de sa Rencontre des entrepreneurs de France l’un des événements de cette rentrée. Mais pendant que Marine Le Pen, Jean-Luc Mélenchon, Édouard Philippe, Gabriel Attal, Bruno Retailleau, Raphaël Glucksmann et Marine Tondelier confrontaient leurs propositions, une autre bataille se jouait autour du court. Beaucoup moins policée, celle-là, entre LCI et BFMTV.
Un mois plus tôt, LCI avait annoncé avoir décroché la retransmission en direct et en exclusivité de cette première confrontation de la campagne. L’enjeu n’avait rien d’anodin pour la chaîne du groupe TF1. Réunir pendant plusieurs heures sept des principales personnalités déjà engagées, ou susceptibles de l’être, dans la course à l’Élysée constituait un joli coup à huit mois du scrutin. Amélie Carrouër avait été choisie pour arbitrer les échanges et l’antenne entièrement aménagée autour de l’événement, avec une prise d’antenne à 16h45.
BFMTV était également présente à Roland-Garros. La chaîne de CMA Média avait installé son propre dispositif de captation et envoyé Léopold Audebert et Gaëtane Meslin sur place. Les deux journalistes ont pris l’antenne depuis une petite table dressée dans l’enceinte du stade et commencé à commenter la rencontre. Puis BFMTV a diffusé ses propres images des candidats. À l’écran, le résultat était assez savoureux : LCI continuait de présenter le débat comme une exclusivité tandis que sa principale concurrente en montrait elle aussi de larges extraits en direct.
LCI découvre que BFMTV diffuse son « exclusivité »
La réaction du côté du groupe TF1 ne s’est pas fait attendre. Selon Le Parisien, les dirigeants de LCI ont découvert avec stupeur que BFMTV retransmettait elle aussi les échanges. La colère est rapidement montée dans les coulisses. « Ils ont des méthodes de voyous », lâche au quotidien un cadre de TF1. La formule donne une assez bonne idée de l’ambiance qui régnait alors entre les deux rédactions.
La situation était cependant moins simple qu’un piratage du signal de LCI. BFMTV avait déployé ses propres caméras et produisait donc ses images. La chaîne expliquera après l’incident avoir installé ce dispositif « en toute transparence avec l’organisateur ». Elle rappelait également que, l’année précédente, le signal fourni par le Medef était librement accessible aux médias, ce qui avait notamment permis à BFMTV et franceinfo de retransmettre le débat organisé avec les chefs de partis.
Les règles avaient changé cette année. LCI avait conclu un accord avec le Medef réservant à son antenne la diffusion en direct de la rencontre. Les autres chaînes conservaient le droit de filmer les échanges avec leurs propres caméras et d’en utiliser les images après la fin du débat, mais pas de proposer une retransmission simultanée.
BFMTV avait néanmoins trouvé une faille pratique : si elle disposait de ses propres images, le son utilisé pour accompagner celles-ci lui était fourni sur place par l’organisation. Pendant de longues minutes, la chaîne a ainsi pu montrer les interventions des candidats et les commenter depuis ses studios comme depuis Roland-Garros. Jusqu’à ce que LCI et le Medef décident de mettre un terme à l’expérience.
Le Medef ferme le robinet
Le moyen choisi ne nécessitait ni avocat ni longue discussion sur la portée du contrat d’exclusivité : le son mis à la disposition de BFMTV a été coupé. La chaîne pouvait toujours montrer ses images, mais les candidats étaient devenus inaudibles. Elle a finalement interrompu sa retransmission.
BFMTV a immédiatement réagi dans un communiqué transmis à l’AFP. « BFMTV regrette de ne pas avoir pu retransmettre jusqu’à son terme le débat politique organisé aujourd’hui par le Medef », indique la chaîne, avant de préciser : « La retransmission a dû être interrompue lorsque le son mis à la disposition de BFMTV a été coupé. » Elle déplore que ses téléspectateurs aient ainsi été privés d’un « événement politique majeur ».
La chaîne de CMA Média a surtout tenu à expliquer pourquoi elle pensait pouvoir couvrir le rendez-vous. « Contrairement à l’an dernier, où le signal fourni par l’organisateur était librement accessible aux médias, permettant notamment à BFMTV et franceinfo de retransmettre le débat, une chaîne concurrente a cette année conclu un accord avec le Medef rendant impossible la reprise du signal de l’organisateur par d’autres chaînes », précise-t-elle.
Du côté du Medef, aucune ambiguïté. Sollicitée par l’AFP, l’organisation patronale assume la décision prise pour « empêcher une diffusion qui n’était pas autorisée ». Son porte-parole rappelle les termes de l’accord : « Nous avions passé un accord avec LCI pour la diffusion en direct du débat, animé d’ailleurs par une journaliste de LCI, comme on l’avait fait l’année dernière avec BFM pour la diffusion du débat avec les chefs de partis. »
Le Medef précise également que les autres médias n’étaient pas empêchés de travailler. « Tout le monde pouvait tourner les images et les exploiter après le débat sans problème », assure son porte-parole. La ligne rouge concernait donc bien le direct, réservé cette année à LCI.
Une exclusivité qui valait cher
L’âpreté de l’affrontement s’explique aussi par la situation des chaînes d’information. BFMTV n’est plus en position de dominer tranquillement le secteur comme elle l’a fait pendant des années. CNews s’est installée aux avant-postes tandis que LCI a considérablement renforcé son poids. Dans ce contexte, disposer seule pendant plus de trois heures d’un rendez-vous réunissant sept figures majeures de la présidentielle représentait pour LCI une occasion difficile à laisser partager avec une concurrente.
Les audiences publiées le lendemain ont confirmé l’importance de l’enjeu. Entre 16h45 et 20 heures, 1,03 million de téléspectateurs ont suivi le débat sur LCI, soit 11 % de part d’audience, selon Médiamétrie. Durant toute la retransmission, la chaîne s’est classée quatrième chaîne nationale. Elle a surtout signé la meilleure journée de son histoire avec 4,9 % de part d’audience, devant CNews (3,7 %), BFMTV (3,3 %) et franceinfo (1,2 %).
BFMTV n’a pas complètement perdu sa mise pendant les quelques dizaines de minutes où elle a pu suivre la rencontre. Entre 17 heures et 18h45, la chaîne a rassemblé 217 000 téléspectateurs et 3,5 % du public. Mais la comparaison avec le million de personnes réunies sur LCI explique aussi pourquoi la chaîne du groupe TF1 tenait autant à préserver son exclusivité.
Ce premier accrochage donne surtout une idée de la bataille qui se prépare autour de la présidentielle. Les débats, les grandes interviews et les soirées électorales sont autant d’occasions pour les chaînes info de gagner quelques dixièmes de part d’audience, d’installer leurs journalistes et de s’imposer comme le passage obligé de la campagne. LCI avait déboursé de l’énergie pour obtenir seule ce premier rendez-vous et n’entendait manifestement pas regarder BFMTV en profiter gratuitement.
Le plus cocasse reste que cette guerre des chaînes s’est déroulée pendant que les candidats débattaient devant les patrons de concurrence, de compétitivité et de règles économiques. Sur ces trois sujets, LCI et BFMTV venaient de fournir leur propre cas pratique.




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