« On a besoin d’humour politique » : Thomas Poitevin remplace Bertrand Chameroy sur France Inter
Déjà présent la saison dernière avec « Merci Véro », le comédien de 46 ans passe à la vitesse supérieure dès le 24 août. À 7h55, il fera parler ses personnages pour croquer l’actualité à quelques mois de la présidentielle.
La chaise était vide depuis juin et France Inter n’avait manifestement aucune envie de la confier au premier humoriste venu. Après une seule saison, Bertrand Chameroy avait décidé de rendre son billet de 7h55, préférant notamment se recentrer sur ses activités télévisées. Son successeur est désormais connu : Thomas Poitevin prendra le relais dès lundi 24 août, du lundi au jeudi, dans l’une des cases les plus exposées de la matinale. Un choix qui n’a finalement rien d’une surprise puisque le comédien avait déjà commencé à installer son petit monde sur l’antenne la saison dernière. Mais cette fois, il va falloir tenir quatre matins par semaine, juste avant le journal de 8 heures, et dans une année où la politique risque de fournir suffisamment de matière pour ne jamais manquer d’inspiration.
La mission n’est pas anodine. À 7h55, France Inter place traditionnellement l’un de ses rendez-vous humoristiques les plus identifiés. Charline Vanhoenacker, Matthieu Noël puis Bertrand Chameroy y sont passés avant lui. Chameroy n’aura finalement tenu qu’une saison. Arrivé à la rentrée 2025, le chroniqueur de C à vous avait annoncé en juin qu’il ne poursuivrait pas l’aventure, laissant à France Inter tout l’été pour lui trouver un remplaçant. La station a préféré miser sur quelqu’un qu’elle connaissait déjà plutôt que d’aller chercher un nouveau nom à l’extérieur.
De « Merci Véro » aux personnages de 7h55
Thomas Poitevin n’arrive donc pas vraiment en terre inconnue. La saison dernière, les auditeurs le retrouvaient le lundi à 8h55 avec « Merci Véro », une chronique dans laquelle il incarnait Véro Clederman-Pilouchet, improbable médiatrice chargée de gérer les relations parfois compliquées entre France Inter et ses auditeurs. Une manière de faire de la radio qui dit déjà beaucoup de ce que Poitevin compte proposer à 7h55 : plutôt que commenter frontalement l’actualité, il préfère inventer quelqu’un pour la raconter à sa place.
Il ne s’est d’ailleurs pas reposé pendant l’été. France Inter lui avait confié avec Morgane Cadignan « Rencontre avec un tube », chaque samedi et dimanche à 8h55. Le principe était déjà très Poitevin : transformer des chansons célèbres en personnages et leur faire subir une fausse grande interview. Le dossier de presse de Radio France décrit des tubes « susceptibles, mégalos ou nostalgiques », personnifiés par le comédien. De quoi confirmer que la station testait déjà largement sa capacité à faire vivre ses personnages au micro.
À la rentrée, le terrain de jeu devient nettement plus politique. Thomas Poitevin promet « des femmes, des hommes, des enfants mais aussi des personnages concepts ». Et lorsqu’il cherche un exemple, il imagine carrément « la dissolution de l’Assemblée sous la forme d’une jeune fille survoltée ». Voilà qui donne une idée du ton. Pas question de transformer 7h55 en éditorial politique déguisé : l’actualité doit passer par cette galerie de personnages, parfois absurdes, capables d’adopter des opinions contradictoires d’un matin à l’autre.
France Inter veut remettre de la politique dans le rire
Le choix est parfaitement assumé par Céline Pigalle, directrice de France Inter. « On a besoin d’humour politique, surtout en cette année présidentielle », explique-t-elle au Parisien. La station cherche cependant un équilibre : retrouver la satire politique sans transformer le billet en tribune. Céline Pigalle réclame « de la fantaisie et de la légèreté tout en ayant un vrai propos ».
Thomas Poitevin a bien compris le cahier des charges. Il assure que ce ne sera pas « Thomas » qui viendra chaque matin expliquer ce qu’il faut penser de l’actualité. Ses personnages pourront au contraire défendre des positions opposées. « Je pourrais faire un personnage très à gauche, un autre très à droite », explique-t-il, avec une ligne qu’il revendique clairement : « Je ne veux surtout pas donner de leçons à qui que ce soit. On doit parler à tout le monde. »
L’enjeu est d’autant plus important que France Inter entre dans une rentrée largement remodelée. La station confie notamment un nouveau rendez-vous à Charline Vanhoenacker, qui partira chaque semaine dans une ville française pour C’est loin mais c’est beau, tandis que plusieurs autres cases évoluent. Le choix de Poitevin s’inscrit donc dans une volonté de conserver une forte présence humoristique tout en redistribuant les rôles à l’approche de l’élection présidentielle de 2027.
Des « Perruques » aux Molières
À 46 ans, Thomas Poitevin possède surtout un avantage : il ne débarque pas avec un personnage unique qu’il faudrait faire durer 150 chroniques. Le grand public l’a notamment découvert grâce aux Perruques de Thomas, ces vidéos dans lesquelles une perruque, quelques accessoires et surtout une observation assez féroce des comportements suffisent à faire naître une nouvelle personnalité. Le principe a ensuite gagné la scène avec Thomas joue ses perruques, qui lui a valu une double nomination aux Molières en 2023.
Cette mécanique devrait désormais nourrir ses matins sur France Inter. Il lui faudra cependant composer avec une contrainte autrement plus brutale que sur scène : l’actualité de la veille, quelques minutes d’antenne et quatre rendez-vous par semaine. C’est aussi ce qui rend son arrivée intéressante. Là où Bertrand Chameroy s’appuyait beaucoup sur le détournement des images, des sons et des déclarations de la veille, Poitevin arrive avec un outil différent : l’incarnation.
Et la radio ne sera pas son seul terrain de jeu. À partir du 19 novembre, il retrouvera le Théâtre du Rond-Point à Paris avec son nouveau spectacle, Yaourt. France Inter lui offre donc une exposition quotidienne au moment même où sa carrière sur scène prend un nouveau tournant.
Une dernière inconnue demeure dans la nouvelle organisation : Thomas Poitevin occupera le 7h55 du lundi au jeudi, mais France Inter n’a pas encore dévoilé qui prendra le micro le vendredi. Dès lundi, en revanche, les auditeurs découvriront comment celui qui faisait parler Véro Clederman-Pilouchet compte désormais faire parler la politique. Et avec une présidentielle qui approche, il devrait avoir largement de quoi remplir son vestiaire de perruques.




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