Charles Sapin sur franceinfo : après France Inter, la fronde gagne France Télévisions
CGT, CFDT et SNJ réclament le retrait du directeur adjoint de « Valeurs actuelles ». La direction du groupe public défend, elle, une « confrontation de points de vue » face à Rokhaya Diallo.
Le feu couvait à Radio France. Il gagne désormais France Télévisions. Après la violente contestation provoquée par l’arrivée de Charles Sapin sur France Inter, c’est au tour des syndicats du groupe télévisuel public de monter au créneau contre la présence du directeur adjoint de la rédaction de « Valeurs actuelles » sur franceinfo. Et cette fois, la CGT, la CFDT et le SNJ demandent carrément à la direction de revoir sa copie.
Dans un communiqué commun diffusé jeudi 10 septembre, les trois organisations dénoncent une arrivée qu’elles jugent beaucoup plus importante que celle initialement annoncée. Charles Sapin intervient chaque dimanche dans « Le Duel », face à Rokhaya Diallo, mais participe également comme éditorialiste extérieur à « Avant le 20h ». Une présence que les syndicats accusent la direction d’avoir passée sous silence. « Comme si elle voulait le faire entrer en catimini », écrivent-ils, estimant que la mise en avant du seul face-à-face dominical avec la directrice de la publication de « Politis » a minimisé sa véritable place à l’antenne.
« Lui dérouler le tapis rouge est incompréhensible »
Le ton se durcit ensuite franchement. Les syndicats replacent ce recrutement dans une évolution plus large de l’offre politique de France Télévisions. Ils citent notamment Nathan Devers et Paul Melun, passés par CNews et qui ont animé pendant une saison « Le Pour et le Contre » sur franceinfo, ainsi que l’arrivée d’Eugénie Bastié, journaliste au « Figaro »et chroniqueuse de CNews, parmi les intervenants du nouveau « L’Heure de vérité » sur France 2. L’émission de Nathan Devers et Paul Melun a toutefois été arrêtée en juillet 2026 et Paul Melun a quitté franceinfo.
Mais c’est bien le cas Charles Sapin qui fait exploser la marmite. Dans leur communiqué, les syndicats qualifient « Valeurs actuelles » de titre appartenant à la tradition de la presse d’extrême droite et rappellent plusieurs condamnations judiciaires visant l’hebdomadaire. Dans l’affaire Danièle Obono, son directeur de publication et un journaliste ont notamment été définitivement condamnés pour injure publique à caractère raciste après la publication en 2020 d’un récit représentant la députée LFI en esclave. La Cour de cassation a rejeté le pourvoi en décembre 2023.
« Les “valeurs” de cet hebdomadaire sont à l’opposé de celles de Radio France et France Télévisions. Voir nos dirigeants lui dérouler le tapis rouge aujourd’hui est incompréhensible », assènent la CGT, la CFDT et le SNJ. Pour eux, l’argument du pluralisme ne suffit pas : les responsables et élus d’extrême droite sont déjà régulièrement invités sur les antennes publiques, conformément aux obligations contrôlées par l’Arcom.
Autre cible : la multiplication des émissions construites autour de la confrontation. Les syndicats accusent la direction de privilégier de plus en plus les « duels » et les programmes de « clash », où, selon eux, l’opinion finit par prendre le dessus sur l’information. « Importer les méthodes de CNews, recruter des journalistes de Valeurs Actuelles, ce n’est pas renforcer le pluralisme », écrivent-ils avant de demander officiellement à France Télévisions de revenir sur ses choix.
France Télévisions assume le « Duel »
Pas question, pour l’instant, de céder. Interrogée par l’AFP, France Télévisions rappelle que Charles Sapin intervient le dimanche face à Rokhaya Diallo dans le cadre d’« un débat, une confrontation de points de vue différents ». Quant à « Avant le 20h », le groupe précise que le journaliste y apparaît seulement « occasionnellement », comme d’autres intervenants extérieurs.
Le dossier prend d’autant plus de relief que la même bataille fait rage de l’autre côté de la Seine. Sur France Inter, Charles Sapin a été recruté pour signer un éditorial politique chaque dimanche matin. Une décision qui a provoqué une motion de rejet puis un préavis de grève à Radio France pour les dimanche 13 et lundi 14 septembre. Les syndicats réclament là aussi son retrait de l’antenne.
Sibyle Veil n’a pas davantage l’intention de reculer. La présidente de Radio France défend une conception du service public où doivent pouvoir s’exprimer « des gens qui ne pensent pas la même chose ». Au « Monde », elle a également rappelé que Charles Sapin n’avait, à titre personnel, aucun dérapage connu à son actif et revendiqué le pluralisme comme une obligation de l’antenne publique.
Dimanche, Charles Sapin est donc attendu sur les deux fronts : le matin pour son éditorial sur France Inter et le soir sur franceinfo face à Rokhaya Diallo. Une double présence devenue, en quelques jours, l’un des sujets les plus explosifs de la rentrée de l’audiovisuel public.



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