Charles Sapin sur France Inter : Catherine Pégard dénonce une « chasse aux sorcières »
Après le dépôt d’un préavis de grève pour les 13 et 14 septembre, la ministre de la Culture défend le choix de France Inter et met en garde contre les « procès d’intention ».
Le bras de fer autour de Charles Sapin déborde désormais largement de la Maison ronde. Après les salariés de Radio France, la direction du groupe public et Philippe Tabarot, c’est Catherine Pégard qui entre dans la bataille. Invitée de RTL ce vendredi 4 septembre, la ministre de la Culture a défendu le principe du maintien à l’antenne du directeur adjoint de Valeurs actuelles, recruté cette saison pour assurer l’éditorial politique du dimanche matin sur France Inter.
Catherine Pégard dit comprendre que l’arrivée du journaliste puisse provoquer un débat au sein de la station. Mais elle refuse qu’il soit jugé avant même le contenu de ses chroniques. « Le procès d’intention, c’est quand même assez désagréable. La chasse aux sorcières, c’est toujours désagréable », a-t-elle déclaré sur RTL, estimant qu’il fallait d’abord « entendre ses propos » dans les limites du débat démocratique.
Catherine Pégard défend le pluralisme de France Inter
L’ancienne journaliste politique du Point va plus loin en dissociant clairement un éditorialiste du titre de presse qui l’emploie. « Les éditorialistes sont là pour exprimer une opinion, la leur, pas celle forcément des journaux dans lesquels ils travaillent », souligne la ministre de la Culture, qui considère que le pluralisme est actuellement respecté dans la grille de France Inter.
Une position proche de celle défendue depuis plusieurs jours par la direction de Radio France. Comme Zaptv.fr l’expliquait jeudi, Vincent Meslet, directeur éditorial du groupe public, refuse de sanctionner Charles Sapin pour ce qu’il pourrait éventuellement dire à l’antenne. « On ne condamne personne avant qu’il ait parlé. On ne passe rien après », résume-t-il dans le message adressé aux salariés.
Sibyle Veil a encore durci cette ligne jeudi soir lors de la conférence de rentrée de Radio France. La présidente du groupe reconnaît les inquiétudes suscitées par cette nomination mais refuse que l’antenne fonctionne par exclusion préalable. « C’est une maison ouverte, indépendante et impartiale, et on fait tenir sur la même antenne des gens qui ne pensent pas la même chose, à l’image de notre pays », a-t-elle affirmé. Pour elle, « on ne dirige pas un groupe de radio en cochant des noms sur une liste ».
La menace de grève devient réalité
Entre-temps, la contestation interne a franchi une nouvelle étape. Mercredi, les salariés réunis en assemblée générale avaient voté à l’unanimité le principe d’une grève. L’intersyndicale CFDT, CGT, FO, SNJ, SUD et UNSA est depuis passée aux actes : un préavis a été déposé pour dimanche 13 et lundi 14 septembre.
Les syndicats réclament toujours le retrait de la chronique de Charles Sapin. Un rassemblement des auditeurs est également annoncé le dimanche 13 septembre à 14 heures, jour de diffusion de son éditorial.
Au cœur du conflit, les salariés contestent moins le contenu de la première chronique du journaliste, diffusée le 30 août, que sa fonction de numéro deux de Valeurs actuelles. Dans leur motion, ils expriment leur « refus catégorique » de voir un responsable de l’hebdomadaire disposer d’un éditorial régulier sur France Inter et considèrent que les valeurs portées par ce titre ne sont pas « compatibles » avec celles du service public.
Le passé judiciaire de Valeurs actuelles nourrit directement cette opposition. En 2020, l’hebdomadaire avait publié une fiction représentant la députée LFI Danièle Obono en esclave. L’affaire a abouti à une condamnation définitive en 2024 pour injure publique à caractère raciste. Charles Sapin, qui n’appartenait pas alors à la direction du magazine, a depuis pris ses distances avec cet épisode devant les journalistes de France Inter.
Deux ministres montent au créneau
La polémique prend d’autant plus d’ampleur que Catherine Pégard n’est plus la seule membre du gouvernement à intervenir. Quelques heures auparavant, Philippe Tabarot avait lui aussi pris la défense de Charles Sapin sur Europe 1-CNews. Le ministre des Transports a jugé le mouvement « pas acceptable » et décrit le nouvel éditorialiste de France Inter comme « un journaliste de qualité » disposant de « toutes les compétences » pour exercer cette fonction.
Le débat porte désormais frontalement sur deux conceptions du pluralisme. Les salariés considèrent que la mission de service public ne contraint pas France Inter à offrir un éditorial régulier à un responsable de n’importe quel média. La direction estime au contraire qu’écarter Charles Sapin en raison de son appartenance à Valeurs actuelles, avant tout dérapage personnel à l’antenne, reviendrait à appliquer l’indépendance éditoriale à géométrie variable.
À neuf jours du début du mouvement social, aucun des deux camps n’a bougé. Charles Sapin reste programmé le dimanche matin, Radio France assume son choix et l’intersyndicale a désormais posé deux dates de grève sur le calendrier.



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