« Je fais partie des privilégiés » : Laurent Ruquier raconte son évacuation du Cap Ferret
Réveillé en pleine nuit et contraint de quitter la presqu’île, l’animateur de RTL a choisi de garder le silence. Un mois plus tard, il raconte sa fuite et recadre les célébrités trop promptes, selon lui, à jouer les sinistrées.
Laurent Ruquier n’avait rien raconté. Pas de photographie publiée au bord de la route, pas de témoignage livré à chaud devant une caméra, encore moins de récit dramatique sur les réseaux sociaux. Pourtant, dans la nuit du 23 au 24 juillet, l’animateur a fait partie des milliers de personnes contraintes d’évacuer le Cap Ferret, alors directement menacé par l’incendie qui ravageait la Gironde.
Il aura fallu attendre la rentrée des « Grosses Têtes » pour que l’histoire soit dévoilée. Mardi 1er septembre sur RTL, Laurent Ruquier a expliqué que ses vacances sur le bassin d’Arcachon avaient pris fin au bout d’un jour et demi seulement. L’ordre de partir lui était parvenu au milieu de la nuit : « On a été réveillés à 3 heures du mat’, il a fallu rentrer. »
À cette heure-là, le feu déclaré deux jours plus tôt sur la commune de Saumos avait franchi une ligne de défense et progressait en direction de la presqu’île. Face à l’intensité des flammes, la préfecture avait ordonné l’évacuation progressive des villages situés entre Claouey et la pointe du Cap-Ferret. La départementale 106 concentrait une partie des départs, tandis que des navettes maritimes étaient mises en place pour les habitants et les vacanciers qui ne disposaient pas de véhicule.
Laurent Ruquier a donc rassemblé ses affaires et quitté les lieux, comme le demandaient les autorités. Il n’a cependant jamais considéré ces vacances écourtées comme une épreuve comparable à celle des familles menacées par les flammes. « Il y a des gens qui souffrent plus que nous. On ne s’enfuit pas franchement, il faut relativiser les choses », a-t-il expliqué à ses camarades.
« Ce n’était pas votre baraque »
Présente autour de la table, Charlotte de Turckheim a immédiatement saisi la balle au bond. « Ce n’était pas votre baraque, visiblement », lui a-t-elle lancé sur le ton de la plaisanterie. La remarque a quelque peu piqué l’animateur, qui a tenu à expliquer pourquoi il n’avait accordé aucune interview au moment des incendies.
Laurent Ruquier estime qu’un vacancier obligé d’interrompre son séjour ne peut pas se présenter comme un sinistré. Il disposait d’un point de chute, pouvait rentrer chez lui et ne perdait finalement que quelques jours de congé. Sa colère est née de cette différence entre une frayeur passagère et les conséquences durables subies par ceux qui vivent ou travaillent sur place.
« Moi, je ne suis pas à plaindre, je suis touriste sur place, je fais partie des privilégiés et je pars au bout d’une journée et demie au lieu de rester huit jours », a-t-il insisté. L’animateur n’a pas cherché à nier le caractère impressionnant de l’évacuation, mais refuse que sa notoriété donne davantage de valeur à son témoignage qu’à celui des habitants touchés.
Son séjour avait à peine commencé lorsqu’il a fallu reprendre la route. Cette mésaventure personnelle lui paraît dérisoire face aux maisons détruites et aux commerces contraints de fermer. « Ce qui est grave, c’est pour les gens qui ont des maisons là-bas et qui ont brûlé, ou pour les commerçants dont on voyait les stores se baisser petit à petit dans la semaine », a-t-il rappelé.
Une colère dirigée contre le cirque médiatique
La confidence a rapidement pris des allures de règlement de comptes. Depuis le début des incendies, plusieurs personnalités présentes au Cap Ferret avaient témoigné à la télévision ou sur Instagram. Sophie Davant, Ingrid Chauvin, Julien Courbet et Ariane Massenet avaient notamment raconté leur inquiétude ou relayé des images de la catastrophe.
Laurent Ruquier n’a prononcé aucun nom au cours de son intervention, mais sa critique visait clairement les célébrités ayant médiatisé leur évacuation. Selon lui, le fait d’être connu ne suffit pas à transformer quelques jours de vacances perdus en drame personnel digne d’occuper les antennes.
« Quand on est, pardon, chanceux d’être privilégiés pour huit jours, on ne va pas aller dans les médias dire : “Oh là là, j’ai été évacué” », s’est-il agacé, avant de conclure par un sonore « Franchement, merde alors ! » L’animateur a attendu plusieurs semaines avant d’évoquer les événements et affirme ne le faire aujourd’hui que pour expliquer les raisons de son silence.
Cette retenue contraste avec les mécanismes habituels de l’actualité people. La présence d’une personnalité sur les lieux d’une catastrophe offre immédiatement un visage connu, une émotion facile à raconter et des images rapidement exploitables. Ruquier, qui maîtrise parfaitement les rouages de la télévision et de la radio, ne voulait pas que son nom détourne l’attention des victimes.
Son intervention ne condamne pas tous les témoignages de personnalités. Certaines d’entre elles vivent une partie de l’année sur le bassin d’Arcachon, y possèdent une maison ou entretiennent des liens anciens avec la région. Ruquier établit plutôt une frontière entre ceux qui risquaient de perdre leur logement et les vacanciers capables de partir sans conséquence matérielle durable. Il se range sans hésiter dans la seconde catégorie.
42 000 hectares parcourus par les flammes
Les chiffres donnent la mesure de l’incendie. Parti de Saumos le 22 juillet, le feu a parcouru 42 000 hectares et détruit 240 habitations. Il a également formé près de 240 kilomètres de lisières, compliquant considérablement le travail des secours. Au Porge, à Lège-Cap-Ferret et dans plusieurs communes voisines, les évacuations ont suivi la progression des flammes et les changements de direction du vent.
Plus de 10 000 personnes ont dû quitter les lieux au cours de la première nuit, parmi lesquelles les occupants de centres de vacances, de campings et de secteurs résidentiels situés en bordure de forêt. Le bourg de Lège, la commune du Porge puis l’ensemble de la presqu’île ont été évacués par étapes.
Le feu a été déclaré fixé le 1er août, ce qui signifiait qu’il ne progressait plus mais pas qu’il était éteint. Des points chauds restaient actifs sur la presqu’île et le cordon dunaire, obligeant les secours à conserver d’importants moyens terrestres et aériens. Si aucun décès n’a été recensé parmi la population, plus de 330 sapeurs-pompiers ont été blessés pendant les opérations, selon la préfecture de la Gironde.
C’est à ces habitants, commerçants et pompiers que Laurent Ruquier a tenu à rendre hommage au micro de RTL. Son propre départ du Cap Ferret n’occupe qu’une petite place dans son récit, largement consacré à ceux qui n’ont pas pu simplement refermer une valise et rentrer chez eux.
Un récit dévoilé presque malgré lui
Cette évacuation a refait surface au cours de l’émission du 1er septembre des « Grosses Têtes », à laquelle participaient Charlotte de Turckheim, Valérie Mairesse, Caroline Diament, Steevy Boulay, Bernard Mabille et Christophe Barbier. La discussion a d’abord conservé le ton moqueur propre au programme avant que Laurent Ruquier ne précise plus fermement sa position.
L’animateur aurait pu raconter son réveil en pleine nuit dès son retour, décrire la confusion du départ ou insister sur la peur ressentie. Il a préféré attendre, considérant que son témoignage n’apportait rien face aux récits des véritables victimes. Sa prise de parole tardive ne cherche donc pas à dramatiser ce qu’il a vécu, mais à expliquer pourquoi il avait refusé jusque-là de l’exposer.
Les vacances de Laurent Ruquier auront duré trente-six heures au lieu des huit jours prévus. Pour les propriétaires des 240 habitations détruites, les commerçants privés d’activité et les habitants qui devront reconstruire, le retour à la normale prendra autrement plus de temps.




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