On a vu « The Whisper Man » : même De Niro et Keaton ne sauvent pas ce thriller Netflix
Adapté du best-seller d’Alex North, le nouveau thriller de Netflix soigne son atmosphère mais peine à installer une vraie tension malgré une distribution prestigieuse.
Sur le papier, Netflix avait tout prévu pour nous faire passer une mauvaise nuit. Un serial killer qui murmurait à l’oreille de ses victimes, des enfants disparus, une petite ville traumatisée, un vieux policier hanté par une affaire jamais vraiment refermée et, pour emballer le tout, Robert De Niro face à Michael Keaton. Il ne manquait plus que l’orage au-dessus de la maison abandonnée. Il est là aussi.
Mis en ligne le 28 août, « The Whisper Man » coche consciencieusement toutes les cases du thriller psychologique sombre. Adapté du best-seller d’Alex North et réalisé par James Ashcroft, le film nous emmène à Featherbank, où Tom Kennedy, romancier veuf incarné par Adam Scott, tente de reconstruire sa vie avec son fils Jake. Quinze ans plus tôt, la ville avait été terrorisée par Frank Carter, tueur d’enfants surnommé « The Whisper Man ». Carter est derrière les barreaux, mais lorsqu’un nouveau garçon disparaît, une question ressurgit : avait-il vraiment agi seul ?
La réponse implique directement la famille Kennedy. Lorsque Jake est enlevé à son tour, Tom doit renouer avec son père Peter Willis, ancien détective qui avait arrêté Carter et avec lequel il entretient une relation pour le moins compliquée. Robert De Niro hérite ainsi du rôle du vieux flic cabossé, Michelle Monaghan mène la nouvelle enquête et Michael Keaton apparaît sous les traits du tueur emprisonné.
Un casting qui promet beaucoup plus que le film
Difficile de faire plus séduisant sur une affiche. Robert De Niro et Michael Keaton dans un face-à-face autour d’un serial killer, Michelle Monaghan en enquêtrice et Adam Scott en père dépassé : Netflix pouvait raisonnablement espérer réveiller les souvenirs de « Seven », « Le Silence des agneaux » ou de ces thrillers américains des années 1990 où chaque cave cachait un psychopathe.
Le problème est que « The Whisper Man » ressemble souvent davantage au souvenir de ces films qu’à leur héritier. Tout est là : la pluie, les maisons lugubres, les dessins d’enfant inquiétants, les portes entrouvertes, les murmures dans le noir et les traumatismes familiaux. Mais à force de vouloir respecter les codes, le film finit par dérouler une mécanique que l’on voit trop souvent venir.
James Ashcroft soigne l’atmosphère, mais l’ambiance ne suffit pas à fabriquer du suspense. Le film avance avec une gravité permanente, comme s’il craignait qu’un seul rayon de lumière fasse s’effondrer son univers. À force de visages fermés, de silences pesants et de couloirs mal éclairés, la noirceur finit paradoxalement par perdre de son efficacité.
Michael Keaton donne enfin un peu de venin
Michael Keaton bénéficie du rôle le plus immédiatement spectaculaire. Son Frank Carter, enfermé depuis des années, plane sur tout le récit alors même qu’il reste physiquement à distance de l’action. Difficile de ne pas penser à Hannibal Lecter : un criminel derrière une vitre, suffisamment intelligent pour manipuler ceux qui viennent chercher des réponses et assez inquiétant pour laisser penser qu’il possède toujours un coup d’avance.
Keaton s’amuse avec cette partition et apporte au film les rares moments où le malaise devient réellement palpable. Il n’a pas besoin d’en faire beaucoup. Quelques regards, une voix posée, un sourire au mauvais moment et « The Whisper Man » retrouve soudain la menace qu’il promettait depuis le début.
Robert De Niro joue une partition beaucoup plus contenue. Son Peter Willis est un policier à la retraite usé par l’affaire Carter mais également un père qui traîne derrière lui une relation désastreuse avec son propre fils. Ce conflit familial devait fournir l’autre grand moteur du récit. Il finit malheureusement par alourdir un scénario déjà chargé en traumatismes, disparitions, faux-semblants et secrets enfouis.
Adam Scott, excellent lorsqu’il peut jouer sur le décalage ou l’ambiguïté, paraît ici enfermé dans un registre sombre dont il ne réussit jamais vraiment à s’échapper. Michelle Monaghan apporte davantage d’énergie, mais son personnage reste largement au service de l’enquête.
Beaucoup de pluie, pas assez de frissons
C’est là que « The Whisper Man » déçoit le plus. Le film veut installer la peur dans ce que l’on ne voit pas, dans les chuchotements et les présences que l’enfant croit apercevoir. L’idée est bonne. Le roman d’Alex North reposait précisément sur cette terreur enfantine et sur une comptine suffisamment inquiétante pour rester en tête.
À l’écran, la mécanique devient beaucoup plus balisée. Chaque élément mystérieux semble appeler son explication et chaque fausse piste ressemble rapidement à une fausse piste. Le récit accumule les signes inquiétants mais laisse rarement au spectateur le temps de douter réellement de ce qu’il regarde.
La critique américaine est d’ailleurs partagée. Certains y voient un retour plutôt efficace au thriller policier des années 1990. D’autres lui reprochent exactement ce qui finit par poser problème : une intrigue trop familière, un suspense limité et un casting prestigieux utilisé pour donner du poids à un scénario beaucoup moins impressionnant que ses interprètes.
Télérama s’est montré particulièrement sévère en décrivant un film « aussi prévisible que balourd », capable d’entraîner jusqu’à ses acteurs dans une forme de léthargie. La formule est dure, mais elle touche assez juste sur un point : « The Whisper Man » paraît constamment vouloir nous convaincre qu’il est terrifiant alors qu’il aurait surtout fallu nous laisser avoir peur.
Le thriller parfait pour un dimanche pluvieux, pas davantage
Faut-il pour autant fuir ? Non. Le film possède suffisamment de savoir-faire et de grands acteurs pour rester regardable pendant ses 1h51. Michael Keaton vaut à lui seul quelques scènes et les amateurs de serial killers retrouveront un univers qu’ils connaissent par cœur. Ceux qui regrettent les thrillers policiers sombres des années 1990 pourront même y prendre un certain plaisir.
Mais avec une telle distribution, on était en droit d’attendre beaucoup plus. « The Whisper Man » ne s’effondre jamais complètement ; il ne décolle jamais vraiment non plus. Il déroule son enquête, place ses rebondissements, assombrit consciencieusement chaque plan et arrive jusqu’au générique sans avoir provoqué ce délicieux réflexe qui fait la réussite d’un vrai thriller : regarder derrière soi avant d’éteindre la lumière.




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