On a vu « Apollo Has Fallen » : la série de Canal+ a-t-elle enfin trouvé son identité ?
Tewfik Jallab et Ritu Arya reprennent du service dans une saison plus ambitieuse et plus musclée. Le spectacle fonctionne, le duo aussi, même si la série n’échappe pas toujours aux vieux réflexes du thriller d’action.
Un avion détourné au large de la Libye, un mercenaire russe décidé à répandre un virus mortel en Europe et, pour arranger les choses, une taupe cachée au cœur même du dispositif chargé de l’arrêter. « Apollo Has Fallen » ne perd pas beaucoup de temps avant de sortir l’artillerie. Après « Paris Has Fallen », Canal+ retrouve Vincent Taleb et Zara Taylor, toujours interprétés par Tewfik Jallab et Ritu Arya, mais déplace cette fois l’action bien au-delà de la capitale française. Huit épisodes pour empêcher une catastrophe continentale : la modestie n’a jamais vraiment fait partie de l’ADN de la franchise.
C’est d’ailleurs la première chose qui frappe dans ce deuxième chapitre. « Paris Has Fallen » devait encore prouver qu’un univers construit autour de Gerard Butler pouvait survivre sans Gerard Butler. « Apollo » n’a plus ce problème. Vincent et Zara sont désormais suffisamment installés pour que l’on oublie rapidement les films « La Chute de… » dont la série est issue. Canal+ a manifestement mis davantage d’argent sur la table : Tewfik Jallab lui-même annonçait une saison « plus grande » et tournée dans quatre pays. Cela se voit dans l’échelle du récit, qui abandonne le simple siège terroriste pour courir après une menace internationale.
L’essentiel repose pourtant toujours sur le même duo. Vincent Taleb reste l’homme de terrain qui encaisse avant de réfléchir à la facture, tandis que Zara Taylor apporte une froideur britannique qui l’empêche de devenir un énième héros d’action invulnérable. Jallab et Arya fonctionnent parce qu’ils ne jouent pas exactement la même série : lui garde quelque chose de physique et d’instinctif, elle installe davantage de distance, d’ironie et de méfiance. Leur association était déjà la meilleure idée de « Paris Has Fallen » ; elle devient ici le véritable moteur de la franchise.
Plus efficace quand elle court que lorsqu’elle complote
Howard Overman, toujours à l’écriture, ajoute cette fois une couche de thriller d’espionnage avec la présence d’un traître parmi les alliés de Vincent et Zara. Sur le papier, cela permet de ne pas passer huit épisodes à simplement localiser Yuri Mishkin, le mercenaire incarné par Jacek Koman. Richard Dormer, Charlotte Spencer, Arthur Darvill ou encore Aylin Tezel complètent un casting beaucoup plus international, sous la direction de David Caffrey et Alice Troughton.
Le problème est que « Apollo Has Fallen » est beaucoup plus convaincante lorsqu’elle assume franchement ce qu’elle est. Quand les corps bougent, que la chasse reprend et que la menace se rapproche, la mécanique est redoutablement efficace. Dès que le scénario ralentit pour expliquer la conspiration, multiplier les soupçons ou rappeler que personne ne peut faire confiance à personne, les ficelles deviennent plus visibles. Le méchant russe, le virus capable de décimer l’Europe, l’ennemi intérieur : on ne découvrira pas ici une nouvelle grammaire du thriller géopolitique.
Mais la série a au moins l’intelligence de ne pas se prendre pour « Le Bureau des légendes ». Elle veut être un grand feuilleton d’action international, nerveux, spectaculaire et suffisamment addictif pour donner envie d’enchaîner les épisodes. Sur ce terrain-là, elle connaît son métier. La bande-annonce officielle revendique d’ailleurs sans complexe cette montée en puissance, et Canal+ présente « Apollo Has Fallen » comme la continuation directe du succès de « Paris Has Fallen ».
Il reste aussi cette bonne surprise : Tewfik Jallab n’a plus besoin de jouer au remplaçant de Gerard Butler. Vincent Taleb existe désormais pour lui-même. Il n’a ni le gabarit ni le côté bulldozer du héros américain, et c’est précisément ce qui le rend plus intéressant sur huit épisodes. Ritu Arya lui offre un contrepoint suffisamment solide pour que la série ne repose jamais sur un seul homme providentiel, ce qui était l’un des travers les plus lourds des films.
« Apollo Has Fallen » ne réinvente donc rien, et ce n’est probablement pas ce qu’on lui demandait. Elle fait mieux : elle transforme progressivement une franchise de cinéma très balisée en série qui commence à avoir son propre ton, ses personnages et son public. L’action prend de l’ampleur, le tandem central gagne en assurance et la menace mondiale permet de sortir définitivement de l’ombre de « Paris Has Fallen ».




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