On a vu « The Five-Star Weekend » : cinq stars, mais vraiment cinq étoiles ?
Jennifer Garner réunit Regina Hall, Chloë Sevigny, D’Arcy Carden et Gemma Chan dans une villa de Nantucket. C’est beau, chaleureux et impeccablement joué. Mais à force de vouloir faire du bien, la série oublie parfois de faire mal.
Sur le papier, tout est réuni pour nous faire soupçonner un cadavre derrière les hortensias. Une immense maison face à l’océan, cinq femmes qui traînent chacune quelques casseroles, du vin blanc parfaitement frais, des sourires un peu trop appuyés et Nantucket filmée comme si l’île entière appartenait à Ralph Lauren. Après « Big Little Lies », « Nine Perfect Strangers » ou « The Perfect Couple », on connaît la musique. Sauf que « The Five-Star Weekend » prend justement le contrepied de ce genre devenu presque industriel. Ici, personne n’a besoin de mourir pour que les femmes aient des choses à se dire.
Enfin, presque personne. Tout commence justement par la mort brutale du mari d’Hollis Shaw, célèbre autrice de livres de cuisine et influenceuse incarnée par Jennifer Garner. Six mois plus tard, la veuve continue de cuisiner des tartes impeccables devant ses abonnés alors que sa vie privée s’est fissurée de partout. Sa fille lui en veut, son mariage était beaucoup moins parfait que ses photos Instagram et Hollis découvre que les milliers de « likes » accumulés chaque jour ne remplacent pas exactement une présence à côté de soi dans le lit.
Pour tenter de remettre un peu d’ordre dans tout cela, elle organise un « Five-Star Weekend » dans sa maison familiale de Nantucket. Le principe : inviter une femme qui a compté à chaque grande période de sa vie. Dru-Ann (Regina Hall), Tatum (Chloë Sevigny), Brooke (D’Arcy Carden) et Gigi (Gemma Chan) débarquent donc avec leurs valises, leurs histoires et quelques vérités soigneusement rangées entre deux robes d’été. Timothy Olyphant complète le tableau dans le rôle de Jack, le premier amour d’Hollis.
L’idée vient du roman publié en 2023 par Elin Hilderbrand, déjà derrière « The Perfect Couple », adapté par Netflix avec Nicole Kidman. Mais que ceux qui espèrent retrouver les mêmes cadavres en smoking se calment immédiatement : « The Five-Star Weekend » n’est pas un polar déguisé en catalogue de décoration. Bekah Brunstetter, passée par « This Is Us » et « Maid », s’intéresse d’abord au deuil, aux amitiés qui vieillissent, aux mariages qui craquent et à ce drôle de moment de la vie où l’on commence à se demander ce qu’il reste de la personne que l’on était vingt ans plus tôt.
Un casting qui vaut largement le voyage
La grande réussite tient aux cinq actrices. Jennifer Garner pourrait jouer ce personnage en fermant les yeux : Hollis possède exactement ce mélange de douceur, de contrôle et de fragilité qu’elle sait rendre crédible sans avoir besoin de surjouer chaque larme. Mais Regina Hall et Chloë Sevigny lui volent régulièrement la lumière, l’une avec une énergie capable de faire monter immédiatement la température d’une scène, l’autre avec cette façon de laisser deviner une catastrophe personnelle simplement en regardant ailleurs.
D’Arcy Carden apporte l’humour dont le récit a besoin pour ne pas sombrer dans le groupe de parole permanent, tandis que Gemma Chan hérite du rôle le plus délicat : celui de la nouvelle venue, celle qui n’appartient pas vraiment au passé d’Hollis et dont la présence dérange forcément l’équilibre du week-end. Le casting est suffisamment solide pour faire vivre une scène autour d’une table sans avoir besoin d’une révélation toutes les trois minutes. C’est rare, et surtout plutôt agréable dans une époque où beaucoup de séries semblent persuadées que le spectateur va ouvrir TikTok dès que personne ne menace personne avec un couteau.
Le revers apparaît assez vite. Tout est tellement joli, tellement bien coiffé, tellement bien dressé dans les assiettes que la douleur finit parfois par ressembler elle aussi à un élément de décoration. La maison est sublime, Nantucket semble sortie d’une publicité, les vêtements sont parfaits et même les engueulades donnent parfois l’impression qu’un décorateur est passé cinq minutes plus tôt pour replacer les coussins.
C’est surtout dans ses premiers épisodes que la série patine. On attend longtemps que les vraies tensions sortent de leur boîte. Les secrets existent, les rancœurs aussi, mais Bekah Brunstetter préfère les laisser remonter lentement plutôt que jeter un énorme rebondissement au milieu du salon. Certaines critiques américaines ont d’ailleurs pointé ce manque de nerf, quand d’autres ont salué exactement l’inverse : une fiction capable de raconter des femmes de plus de 40 ans sans leur coller nécessairement un meurtre à résoudre.
Et c’est finalement là que « The Five-Star Weekend » trouve sa personnalité. Ce n’est pas « Big Little Lies » sans Nicole Kidman et ce n’est surtout pas « The White Lotus » à Nantucket. Il n’y a ni satire venimeuse ni méchanceté jubilatoire. La série cherche beaucoup plus le réconfort que le malaise. Elle parle de femmes qui se sont éloignées, de celles que l’on croyait connaître par cœur, des compromis accumulés dans un couple et de cette idée assez juste selon laquelle une amitié ancienne peut parfois voir ce que l’on passe son temps à cacher aux autres.
Cela produit huit épisodes très faciles à regarder, parfois même trop. On aimerait que la série ose davantage abîmer ses personnages, qu’elle laisse certaines disputes devenir franchement désagréables et que Jennifer Garner cesse de temps en temps d’être aussi parfaitement Jennifer Garner. Mais il y a suffisamment de chaleur, d’humour et de mélancolie pour que l’on reste jusqu’au bout.
Le public américain, lui, n’a visiblement pas demandé davantage de noirceur. Lancée le 9 juillet sur Peacock, « The Five-Star Weekend » est devenue selon NBCUniversal la fiction scénarisée ayant obtenu la plus forte audience cumulée de l’histoire de la plateforme et s’est classée dans le Top 5 des séries originales en streaming aux États-Unis pendant ses deux premières semaines. Peacock l’a donc renouvelée dès le 5 août pour une saison 2, alors qu’elle avait initialement été conçue autour d’un roman qui se suffit à lui-même.
La suite devra nécessairement inventer sa propre route. Bekah Brunstetter imagine déjà de conserver les mêmes femmes tout en changeant de destination, avec éventuellement une nouvelle « cinquième étoile » à chaque voyage. Elle a même évoqué l’idée d’alterner destinations chaudes et froides, voire de partir au ski. Un petit parfum de « White Lotus », donc, mais sans les corps que l’on sort de la piscine.




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