RMC+ : CMA Media dégaine sa nouvelle arme pour gagner la bataille du streaming
Près de 10 000 heures de programmes, des chaînes en direct, des contenus exclusifs et de nouveaux formats : le groupe propriétaire de RMC et BFMTV veut transformer une marque historique de la radio en véritable destination numérique.
Un « + » de plus dans le paysage du streaming, mais celui-ci ne sort pas de nulle part. Mardi 1er septembre, CMA Media a officiellement lancé RMC+, sa nouvelle plateforme gratuite destinée à succéder à RMC BFM Play. Une étape importante pour le groupe propriétaire de RMC et BFMTV, qui ne cache plus son ambition : faire de ses contenus autre chose qu’un prolongement numérique de la radio et de la télévision linéaires.
Pour y parvenir, CMA Media a rempli les rayons. RMC+ revendique près de 10 000 heures de contenus à la demande, auxquelles s’ajoutent les directs de BFMTV, RMC Story, RMC Découverte et RMC Life ainsi qu’une dizaine de chaînes thématiques. La plateforme doit également accueillir quelque 250 heures de nouveaux documentaires, plus de 60 fictions gratuites, des télénovelas, des mini-séries verticales et des programmes portés par des créateurs venus du Web.
La marque RMC reste au centre du dispositif. Mécanique, histoire, découverte, faits divers, sport et débats constituent l’ossature d’une offre qui préfère jouer la spécialisation plutôt que d’aller affronter Netflix ou Prime Video sur leur propre terrain. Parmi les nouvelles chaînes thématiques figurent notamment RMC Mecanic, RMC Mystère, RMC Alerte Secours, RMC Talk Info, RMC Talk Sport ou encore RMC J’irai dormir chez vous.
RMC ne lâche pas ses poids lourds
Ce grand virage numérique ne signifie pas que RMC bouleverse sa radio. La grille de rentrée reste au contraire solidement construite autour des valeurs sûres de la station. Après « 5/7 Le Morning RMC », désormais présenté par Matthieu Belliard et Élise Denjean, Apolline de Malherbe prend l’antenne de 7h à 9h avec « Apolline Matin ».
La journaliste conserve une matinale très largement tournée vers l’information et la parole des auditeurs. Le « 3216 RMC » reste installé à 7h38, tandis que son « Face à Face » occupe la dernière demi-heure, de 8h30 à 9h. Arthur Chevallier intervient sur l’histoire, Emmanuel Lechypre sur l’économie et Arnaud Demanche apporte sa touche d’humour. En cette saison présidentielle, Charles Consigny et Cécile Duflot viennent également défendre leurs propositions respectivement à droite et à gauche.
À 9h, Alain Marschall et Olivier Truchot reprennent « Les Grandes Gueules » jusqu’à midi, avant de passer la main à Estelle Denis. « Estelle Midi » occupe désormais trois heures d’antenne, de 12h à 15h, en simultané sur RMC Story. L’émission conserve sa recette : débats sur la vie quotidienne, pouvoir d’achat, famille, école ou travail, avec des chroniqueurs aux opinions rarement compatibles.
Le sport prend ensuite les commandes. Le « Super Moscato Show » souffle cette année ses vingt bougies et occupe l’antenne de 15h à 18h. Jérôme Rothen et Benoît Boutron suivent avec « Rothen s’enflamme » jusqu’à 20h, avant que la soirée ne bascule progressivement vers les rendez-vous sportifs et « After Foot ».
RMC+ doit surtout changer l’équation économique
Derrière cette rentrée plutôt sage sur les antennes se joue une bataille beaucoup plus stratégique. La télévision linéaire représente encore 93 % des recettes publicitaires de CMA Media, contre 6 % pour RMC BFM Play avant son remplacement et seulement 1 % pour les réseaux sociaux. Le groupe possède donc une audience numérique, mais elle ne pèse pas encore suffisamment dans ses revenus.
RMC+ doit précisément permettre de rééquilibrer cette situation. Le groupe revendique déjà 23,5 millions d’utilisateurs mensuels sur son écosystème numérique et une progression de 64 % des visiteurs uniques mensuels par rapport à la saison 2024-2025. Il lui faut désormais convertir cette fréquentation en temps passé, en consommation vidéo et, évidemment, en recettes publicitaires.
La stratégie explique aussi la diversité parfois surprenante de l’offre. À côté des documentaires qui ont fait le succès de RMC Découverte ou des émissions de débat issues de la radio, la plateforme accueille des contenus de Brut, des formats verticaux pensés pour le mobile, des télénovelas et des créateurs comme Nota Bene ou Loury Lag. CMA Media cherche moins à reproduire une chaîne de télévision sur Internet qu’à retenir sur une même plateforme des publics qui n’ont plus forcément les mêmes habitudes.
CMA Media investit aussi chez Clément Garin
Le groupe ne se contente pas de développer ses propres marques. Comme l’a révélé Stratégies, CMA Media vient également de prendre une participation minoritaire dans CGTV, la nouvelle plateforme consacrée aux médias lancée le 31 août par le journaliste Clément Garin avec Mehdi Gadhi et Clément Macchi.
Le tour de table est pour le moins éclectique puisque H2O, la société de production de Cyril Hanouna, et NJJ, la holding de Xavier Niel, ont également investi dans le projet. CGTV propose sur abonnement de l’actualité médias, des exclusivités, des audiences et des décryptages du secteur. CMA Media présente son investissement comme une manière d’accompagner l’émergence de nouveaux acteurs et de formats numériques.
Cette prise de participation s’ajoute à plusieurs chantiers lancés ces derniers mois : partenariat avec YouTube, création de CMA Studio, structure consacrée à la production audiovisuelle, et préparation de CMA Creator, un studio destiné aux créateurs de contenus dont le lancement est prévu d’ici à la fin de l’année.
BFMTV sous pression, le numérique devient crucial
Cette accélération intervient au moment où le groupe doit également défendre ses positions historiques. Sur le marché des chaînes d’information, BFMTV et LCI ont terminé le mois d’août pratiquement à égalité, autour de 2,8 % de part d’audience. La progression de LCI est spectaculaire : la chaîne affichait encore 2 % en moyenne sur l’ensemble de l’année 2025.
BFMTV dispose néanmoins de plusieurs motifs de satisfaction, notamment avec le lancement de « 100% Mabrouk ». L’émission de Sonia Mabrouk a réuni en moyenne 352 000 téléspectateurs entre le 24 et le 27 août, soit une progression annoncée de 32 % par rapport à la même période un an auparavant.
Pour CMA Media, l’équation de cette rentrée apparaît donc assez claire. Il faut continuer à défendre RMC et BFMTV sur leurs terrains historiques tout en préparant un avenir où le direct télévisé et radiophonique ne suffira plus. RMC+ constitue la pièce maîtresse de cette transformation : faire passer une marque née dans la radio du statut de diffuseur à celui de plateforme.
Avec 10 000 heures de programmes, des chaînes thématiques et une offre gratuite, les moyens sont là. Reste maintenant le plus difficile : convaincre les utilisateurs de venir chercher spontanément RMC+ sur leur téléviseur ou leur téléphone plutôt que de simplement tomber sur RMC en allumant leur radio ou leur télé.




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