Que sont-ils devenus ? Danièle Gilbert, à 83 ans, la « Grande Duduche » refuse toujours la retraite
Quarante-quatre ans après la fin de « Midi Première », l’ancienne reine de la mi-journée n’a pas rangé le micro. Télévision sur YouTube, théâtre et tournées : elle continue d’aller à la rencontre du public.
Pendant treize ans, elle a pratiquement déjeuné avec les Français. À une époque où trois chaînes suffisaient à fabriquer des vedettes nationales, Danièle Gilbert était installée chaque midi dans des millions de foyers. Son carré blond, son accent auvergnat et son aisance en direct faisaient partie du décor. « Midi Magazine », « Télé Midi 72 », « Midi Trente », puis surtout « Midi Première » : de 1968 au début de 1982, elle occupe sans interruption la même tranche horaire et reçoit quasiment tout ce que la chanson, le cinéma et le spectacle comptent alors de vedettes. L’INA la décrit encore aujourd’hui comme la « reine des midis de la télévision ».
À 83 ans, Danièle Gilbert pourrait parfaitement regarder cette époque depuis son canapé. Ce serait pourtant très mal la connaître. Elle continue de tourner, de monter sur scène et même de présenter une émission. Depuis 2023, elle a renoué avec un exercice qui ressemble étrangement à celui qui l’avait rendue célèbre : « Midi Ville », diffusée sur YouTube, la conduit de nouveau dans les villes françaises pour rencontrer commerçants, artisans et acteurs locaux. Bourges, Angoulême, Orange… la boucle est presque bouclée. Il n’y a plus TF1 ni les audiences massives des années 70, mais Danièle Gilbert reprend exactement ce qu’elle a toujours préféré dans son métier : aller vers les gens.
Treize ans à l’heure du déjeuner
Son histoire avec la télévision commence pourtant loin de Paris. Née le 20 mars 1943 à Chamalières, dans le Puy-de-Dôme, elle débute en 1964 comme speakerine à l’antenne régionale de l’ORTF à Clermont-Ferrand. Trois ans plus tard, Max Favalelli lui confie sa première émission nationale. Mais c’est en 1968 que tout change avec « Midi Magazine », qu’elle présente avec Jacques Martin. Le duo fonctionne immédiatement et Martin lui trouve ce surnom qui lui collera définitivement à la peau : « la Grande Duduche », en référence au personnage de Cabu.
Lorsque Jacques Martin part vers d’autres aventures, Danièle Gilbert reste. Elle devient progressivement la patronne incontestée du déjeuner télévisé et, à partir de 1975, « Midi Première » la consacre. Le programme se déplace régulièrement en province, accueille chanteurs, comédiens et personnalités politiques et repose largement sur le direct. Gilbert sait meubler lorsqu’un invité tarde, tenir l’antenne quand la météo se déchaîne et discuter avec les anonymes aussi naturellement qu’avec les vedettes. Une télévision beaucoup moins formatée qu’aujourd’hui, dans laquelle le présentateur devait souvent se débrouiller sans oreillette salvatrice ni séquence montée à l’avance.
Puis tout s’arrête. À l’automne 1981, Danièle Gilbert apprend que son émission va disparaître. La dernière de « Midi Première » est diffusée le 1er janvier 1982 et ses larmes à l’antenne restent l’une des images fortes de cette époque. Son éviction sera longtemps associée au changement politique intervenu quelques mois plus tôt : native de Chamalières, elle avait publiquement soutenu Valéry Giscard d’Estaing. La lecture politique de son départ reste toutefois discutée, d’autres récits évoquant aussi une volonté de TF1 de renouveler une case qu’elle occupait depuis treize ans et des audiences moins triomphales qu’auparavant. Une chose est certaine : après cette rupture, elle ne retrouvera jamais une quotidienne d’une telle importance.
La télé s’éloigne, Danièle Gilbert reste
La traversée sera longue, mais pas totalement silencieuse. Danièle Gilbert écrit, anime des manifestations, travaille sur scène et accepte ponctuellement de revenir devant les caméras. En 2004, elle surprend même en participant à « La Ferme Célébrités » sur TF1, vingt-deux ans après avoir quitté la chaîne. Par la suite, les invitations se multiplient davantage que les véritables propositions d’émissions. Elle apparaît dans les programmes consacrés aux souvenirs de télévision, passe chez Cyril Hanouna et continue surtout à entretenir ce lien très particulier avec une génération de téléspectateurs qui ne l’a jamais vraiment oubliée.
Ce lien explique aussi « Midi Ville ». Le programme reprend volontairement certains codes de « Midi Première », avec des déplacements en région et des rencontres de terrain. L’émission veut mettre en valeur les commerces de proximité et les villes moyennes. Danièle Gilbert y retrouve ce rôle de passeuse qu’elle occupait déjà cinquante ans plus tôt, à une différence près : les téléspectateurs ne l’attendent plus devant TF1 à midi, ils la retrouvent sur Internet quand ils le souhaitent.
À 83 ans, toujours sur les planches
La scène est devenue son autre terrain. En 2025 et 2026, Danièle Gilbert a repris la tournée de « Lit d’embrouilles », comédie de François Janvier mise en scène par Jean-Philippe Azéma, avec notamment Douchka. À Forges-les-Eaux, la représentation du 29 mars 2026 affichait complet. Une autre date est programmée le 4 octobre à Avesnes-sur-Helpe après un report, et la pièce est déjà annoncée en mars 2027 au Centre culturel d’Auderghem, en Belgique. Autrement dit, à bientôt 84 ans, son agenda ressemble encore assez peu à celui d’une retraitée.
Elle le revendique d’ailleurs volontiers. Lorsqu’on lui demande comment elle conserve son énergie, sa réponse tient en quelques mots : « Il me faut de l’action ! » Sa retraite financière, elle, est nettement moins spectaculaire que sa carrière. Danièle Gilbert a expliqué à plusieurs reprises toucher une pension modeste, notamment parce qu’à ses débuts les animateurs étaient souvent rémunérés en honoraires et cotisaient différemment. Elle assure toutefois refuser de s’en plaindre et rappelle qu’elle ne perçoit pas de royalties lorsque ses anciennes émissions sont rediffusées.
Sa vie personnelle a connu un choc autrement plus profond avec la disparition, en 2018, de Patrick Scemama, son compagnon pendant près de trois décennies. Huit ans plus tard, elle parle toujours de lui comme de « l’homme de sa vie » et assure ne pas chercher à refaire sa vie. Elle préfère les amis, les projets et le mouvement à l’idée de « se recaser ». Là encore, la retraite n’est visiblement pas dans son vocabulaire.
Danièle Gilbert ne retrouvera probablement jamais la place unique qu’elle occupait dans la télévision des années 70. Personne ne pourrait d’ailleurs la retrouver aujourd’hui : cette télévision-là, où une animatrice pouvait régner treize années de suite sur le même horaire et traverser la France en direct chaque midi, n’existe plus. Mais la « Grande Duduche », elle, est toujours là. À 83 ans, elle a simplement remplacé le grand plateau de TF1 par YouTube et les studios par les salles de théâtre, sans jamais vraiment renoncer à ce qui a fait toute sa carrière : un micro, un public et surtout l’envie de ne pas rester chez elle.




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