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vendredi 18 septembre 2026· Newsletter· À propos· Contact
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On a vu « La Comtesse de Monte-Cristo » : Audrey Fleurot prend sa revanche sur TF1

Edmond Dantès meurt, Mercédès récupère sa vengeance. Avec 26 millions d’euros, des décors gigantesques et Audrey Fleurot passée aussi derrière la production, TF1 ose une spectaculaire réécriture de Dumas.

On a vu « La Comtesse de Monte-Cristo » : Audrey Fleurot prend sa revanche sur TF1

Il fallait une sacrée confiance en soi pour revenir aussi vite à Monte-Cristo. En 2024, Pierre Niney avait attiré plus de 9 millions de spectateurs dans les salles avec le film d’Alexandre de La Patellière et Matthieu Delaporte. Fin 2025 et début 2026, France 2 remettait Edmond Dantès à l’antenne sous les traits de Sam Claflin : la série internationale de Bille August a atteint 3,2 millions de téléspectateurs en moyenne par épisode, preview et rattrapage compris. TF1 aurait donc pu attendre que Dumas refroidisse un peu. Elle a fait exactement l’inverse.

Présentée jeudi 17 septembre au Festival de la fiction de La Rochelle, « La Comtesse de Monte-Cristo » ne cherche toutefois pas à refaire une troisième fois le même voyage. La projection publique concernait le premier épisode — le Festival classe la série parmi ses « fictions événements » — tandis que quatre épisodes ont été montrés à la presse. Et le changement de perspective intervient très vite : Edmond Dantès ne sera pas le comte de cette histoire. Mercédès Herrera, oui.

Mercédès ne regarde plus les hommes décider

Marseille, 1815. Mercédès aime Edmond, promis au commandement du Pharaon. La mécanique imaginée par Alexandre Dumas se met en marche : Danglars, Fernand et l’appareil judiciaire précipitent le jeune marin au château d’If. Mais les auteurs Gaïa Guasti, Djibril Glissant, Clément Peny et Florian Spitzer bifurquent franchement. Mercédès tente de délivrer Edmond. L’évasion échoue, Dantès est tué et elle-même se retrouve enfermée. À sa sortie, elle a une liste : Fernand, Danglars et Héloïse de Villefort.

Le procédé aurait pu n’être qu’un changement de sexe un peu opportuniste. Audrey Fleurot elle-même s’en méfiait. Lorsque TF1 lui propose le projet, avant même la sortie du film avec Pierre Niney, elle raconte avoir cherché une justification à cette nouvelle adaptation : « Je ne voulais pas féminiser pour féminiser. » Le déclic vient en décidant de raconter Dumas depuis Mercédès, personnage régulièrement sacrifié dans les adaptations. Cette porte d’entrée permet aussi d’aller chercher des morceaux du roman rarement montrés à l’écran et d’élargir le voyage jusqu’à Rome et la Turquie.

C’est probablement la meilleure idée de la série. Mercédès ne devient pas Edmond Dantès avec une robe. Elle conserve son histoire, ses blessures et son rapport aux personnages du roman, mais cesse d’attendre le retour d’un homme qui réglerait les comptes pour elle. La vengeance change donc légèrement de nature : elle naît moins d’une identité volée que d’une femme qu’on a successivement privée de son amour, de sa liberté puis de sa place.

26 millions d’euros et ça se voit

TF1 n’a surtout pas monté cette affaire avec trois chandeliers, deux chevaux et un fond vert. Écran Total chiffre le budget à 26 millions d’euros pour huit épisodes de 52 minutes, soit environ 3,25 millions d’euros par épisode. Itinéraire Productions porte le projet avec Bahia Blanca, la société créée par Audrey Fleurot et Djibril Glissant, en coproduction avec TF1 et en association avec Netflix.

Ara Aprikian assume une fiction « premium » construite à une échelle rarement rencontrée à la télévision française : 120 personnes sur le plateau et jusqu’à 250 avec les figurants sur certaines séquences. Le patron des contenus de TF1 revendique une vaste fresque méditerranéenne plutôt qu’un simple feuilleton historique.

Le tournage permet de comprendre où est passé l’argent. Il commence à Malte à l’automne 2025, puis se déplace en République tchèque. La Czech Film Commission recense 46 jours de tournage tchèque entre le 7 janvier et le 12 mars 2026, avec une quinzaine de lieux : studios Barrandov, châteaux de Točník, Troja, Dobříš, Veltrusy ou Karlova Koruna, mais aussi plusieurs quartiers de Prague.

Au cœur de Barrandov, le Paris du XIXe siècle a été recréé avec rues, façades et boutiques. Pour une scène tournée à Točník, Le Parisien décrit une centaine de techniciens, six semi-remorques et 70 figurants acheminés dès 4h30 du matin, autour d’une réplique fonctionnelle d’un télégraphe Chappe.

Même traitement pour les costumes. Environ une centaine de tenues ont été spécifiquement fabriquées pour les rôles principaux, selon la costumière Marie Frémont. Mercédès bénéficie volontairement de davantage de libertés : ses couleurs et ses silhouettes doivent la détacher du cadre historique sans faire basculer la série dans le carnaval.

À l’image, cette débauche de moyens n’est pas invisible. Les premiers épisodes sont décrits par les critiques présents à La Rochelle comme bénéficiant d’une réalisation très cinématographique, de décors imposants et d’une vraie ampleur de fresque. Danny Elsen et Céline Bozon signent la photographie, Ondrej Nekvasil les décors et Vincent Courtois avec Guillaume Le Hénaff la musique.

Audrey Fleurot sort de « HPI » sans chercher à faire oublier Morgane

Le deuxième pari porte évidemment un prénom : Audrey. Après cinq saisons de « HPI », TF1 aurait pu lui chercher une nouvelle Morgane Alvaro avec un autre métier. La comédienne prend le chemin opposé. Elle produit désormais avec Bahia Blanca et expliquait dès 2024 vouloir intervenir dans l’écriture, la direction artistique, le casting et le choix des réalisateurs. « La Comtesse de Monte-Cristo » est son premier projet de cette ampleur comme productrice.

Son Mercédès n’est pas pour autant une héroïne discrète. Le premier épisode doit absorber une énorme quantité d’informations — amour, trahison, prison, bascule vers la vengeance — et l’interprétation pousse parfois très fort le curseur mélodramatique. C’est la principale réserve qui ressort des premiers comptes rendus critiques. Mais à mesure que la série cesse d’expliquer son dispositif et laisse Mercédès prendre les commandes, Audrey Fleurot trouve un territoire autrement plus intéressant : moins extravagant que Morgane Alvaro, mais suffisamment flamboyant pour ne pas disparaître derrière les robes et les palais.

Elle est surtout bien entourée. Simon Ehrlacher joue Bertuccio, Zabou Breitman, Kad Merad, Thierry Godard, Éric Elmosnino, Denis Lavant, Fotinì Peluso, Olivia Côte et Slimane Dazi participent à une distribution qui ressemble davantage à celle d’un gros film français qu’à celle d’une série ordinaire du lundi soir.

Dumas est partout, mais la série choisit ses chemins

Ce luxe aurait été parfaitement inutile si « La Comtesse de Monte-Cristo » n’était qu’une copie brillante du film de 2024. C’est précisément là que le projet devient plus intéressant. La série assume une adaptation libre plutôt qu’une modernisation cosmétique. Le matériau de Dumas est conservé — l’injustice, les faux-semblants, l’ascension sociale, la vengeance méthodique — mais la trajectoire est déplacée.

Le choix est d’autant plus judicieux que le public vient de recevoir une série de Monte-Cristo en intraveineuse. Le film avec Pierre Niney avait terminé 2024 à 9,13 millions d’entrées selon le CNC. La version de France 2 avec Sam Claflin venait ensuite remettre huit épisodes sur la table. Arriver derrière avec exactement la même histoire aurait ressemblé à de l’acharnement thérapeutique.

En faisant disparaître Edmond et en confiant le poison à Mercédès, TF1 trouve au moins une bonne raison de retourner au château d’If. Les premiers épisodes ne réinventent ni la série historique ni le mélodrame d’aventures, mais ils ont du souffle, des moyens et un personnage central qui n’est pas seulement là pour porter de jolies robes devant de beaux décors.

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