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jeudi 17 septembre 2026· Newsletter· À propos· Contact
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Arte : « Marie-Madeleine, une sainte à poil(s) » démonte le mythe de la prostituée

Isabelle Brocard remonte deux mille ans d’images et de réécritures pour comprendre comment une disciple de Jésus est devenue, dans l’imaginaire occidental, pécheresse, séductrice et femme fatale.

Arte : « Marie-Madeleine, une sainte à poil(s) » démonte le mythe de la prostituée

Marie-Madeleine nue sous une cascade de cheveux, pénitente couverte de poils, courtisane offerte au regard des hommes ou sainte agenouillée au pied de la croix : l’histoire de l’art ne lui a rien épargné. Disponible depuis ce jeudi 17 septembre sur Arte.tv, « Marie-Madeleine, une sainte à poil(s) », réalisé par Isabelle Brocard, part de cette incroyable plasticité du personnage pour raconter comment une femme des Évangiles a été remodelée au fil des siècles jusqu’à devenir l’une des grandes figures ambiguës du christianisme.

Car les textes sont beaucoup moins sulfureux que la légende. Marie de Magdala y apparaît comme une disciple de Jésus, présente lors de la crucifixion et parmi les premiers témoins de la résurrection. Rien ne dit qu’elle était prostituée. Cette réputation s’est construite progressivement par la fusion de plusieurs personnages féminins des Évangiles, notamment Marie de Béthanie et une pécheresse anonyme qui oint les pieds du Christ. Au VIe siècle, le pape Grégoire le Grand contribue à installer durablement cette lecture dans la tradition occidentale.

De la sainte à la femme fatale

Après « Tout sur Marie », consacré en 2025 à la Vierge, Isabelle Brocard s’intéresse cette fois à celle qu’elle présente comme « l’autre versant du féminin » tel qu’il a longtemps été organisé par l’Église. D’un côté, la mère, pure et inaccessible. De l’autre, une femme sexualisée, pécheresse mais susceptible d’être sauvée par la repentance. Une opposition que le documentaire démonte à travers les œuvres d’art plutôt qu’en alignant les leçons de théologie.

La « Sainte Marie-Madeleine » de Carlo Crivelli, peinte entre 1476 et 1480, la montre richement vêtue, élégante, presque aristocratique. Quelques siècles plus tard, « La Madeleine » d’Adolphe Lalyre, vers 1900, en propose une vision autrement charnelle : le corps se dévoile, le visage disparaît derrière une chevelure abondante et la figure religieuse glisse vers la femme fatale.

Cette masse de cheveux est d’ailleurs au cœur du film. Tantôt symbole de sensualité, tantôt paravent destiné à cacher la nudité, elle finit presque par devenir un attribut de Marie-Madeleine. Certaines représentations médiévales vont encore plus loin en la montrant entièrement recouverte de poils, conséquence d’une nouvelle confusion, cette fois avec Marie l’Égyptienne, ancienne prostituée devenue ermite.

Quand l’art réécrit les Évangiles

C’est là que le titre « une sainte à poil(s) » prend tout son sens. Isabelle Brocard observe moins la religion elle-même que la manière dont peintres, sculpteurs, écrivains et sociétés successives ont projeté sur Marie-Madeleine leurs fantasmes du féminin. La sainte repentante permet de montrer un corps tout en restant dans le registre religieux ; la pécheresse autorise la sensualité ; la femme sauvée par le Christ fournit ensuite un récit moral parfaitement utilisable.

En 27 minutes, le documentaire traverse ainsi les siècles sans prendre les chemins du cours d’histoire de l’art. Les tableaux servent de pièces à conviction et permettent de suivre les métamorphoses d’un personnage dont la représentation raconte autant l’époque qui le peint que la femme elle-même. Même le cinéma entre dans la démonstration, notamment à travers « Sueurs froides » d’Alfred Hitchcock et sa mystérieuse Madeleine.

Le plus frappant reste finalement la résistance du mythe. En 1969, l’Église catholique a officiellement cessé d’identifier Marie-Madeleine à la pécheresse anonyme des Évangiles. Plus d’un demi-siècle après, l’image de la prostituée repentie continue pourtant de lui coller à la peau. Deux mille ans de peinture, de récits et de fantasmes ont visiblement la vie plus dure qu’une correction liturgique.

« Marie-Madeleine, une sainte à poil(s) », un documentaire d’Isabelle Brocard, 27 minutes, disponible sur Arte.tv depuis le 17 septembre 2026.

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