Jean-Baptiste Marteau : l’éternel joker décroche enfin le « 20 Heures » de France 2
À 43 ans, l’ancien reporter politique devait retrouver la matinale de franceinfo pour une quatrième saison. La candidature de Raphaël Glucksmann et le retrait immédiat de Léa Salamé ont brutalement changé sa rentrée.
Pendant des années, Jean-Baptiste Marteau a été celui qu’on appelait quand les autres partaient en vacances. Un week-end à la place de Laurent Delahousse, quelques jours au « 13 Heures », plusieurs semaines au « 20 Heures », puis les matins de « Télématin ». À force de remplacer tout le monde, il avait fini par devenir l’un des visages les plus familiers de France 2 sans jamais vraiment posséder son fauteuil. Cette fois, l’histoire est différente.
Depuis lundi 24 août, Jean-Baptiste Marteau présente le « 20 Heures » de France 2 pour une durée indéterminée. Il n’était pourtant pas censé y faire sa rentrée. À 43 ans, le journaliste devait retrouver franceinfo et la matinale qu’il anime depuis 2023. Mais dimanche soir, Raphaël Glucksmann a officialisé sur TF1 sa candidature à l’élection présidentielle de 2027. Léa Salamé a aussitôt appliqué la règle qu’elle s’était fixée en arrivant au JT : si son compagnon entrait dans la course à l’Élysée, elle se retirerait. Le scénario était anticipé depuis plusieurs mois, mais il a suffi d’un « oui » prononcé chez Audrey Crespo-Mara pour faire basculer la rentrée de Marteau.
Un fauteuil qu’il connaît déjà par cœur
Le plus amusant est que ce nouveau titulaire provisoire n’a absolument rien d’un débutant. En 2022, Jean-Baptiste Marteau expliquait déjà avoir présenté une centaine de « 20 Heures ». Depuis, les remplacements se sont empilés. Cet été encore, il occupait le fauteuil pendant les congés de Léa Salamé. Autrement dit, France 2 n’a pas sorti un nom du chapeau : la chaîne a simplement prolongé le rôle de celui qu’elle avait officiellement désigné comme joker de la présentatrice à l’automne 2025.
Son parcours ressemble d’ailleurs à une longue préparation pour ce poste. Né à Paris en 1983, formé au droit à la Sorbonne, il commence pourtant très loin des studios politiques. Ancien cavalier de haut niveau, passé par l’équipe de France junior, il débute en 2004 sur Equidia en commentant des compétitions équestres. Puis viennent L’Équipe TV, LCI en 2008 et, enfin, France 2 en 2013, où Laurent Delahousse lui confie les sujets politiques de « 13h15 le dimanche ». Deux ans plus tard, il assure ses premiers remplacements au JT du week-end. La mécanique est lancée.
La politique, il ne l’a jamais vraiment quittée. Reporter de terrain, chroniqueur dans « L’Émission politique » aux côtés de Léa Salamé, auteur de plusieurs livres consacrés aux coulisses de la droite, Marteau connaît les partis, leurs appareils et leurs petites guerres internes. Un bagage qui tombe plutôt bien au moment où la présidentielle commence à envahir l’actualité.
« Télématin », le poste qui lui avait échappé
La trajectoire aurait pourtant pu bifurquer. En 2024, après le départ de Thomas Sotto de « Télématin », Jean-Baptiste Marteau espère clairement récupérer le poste. France Télévisions choisit une autre option. Le journaliste reconnaît alors avoir vécu une « très grande déception ». Un an plus tard, interrogé sur cet épisode, il assure avoir tourné la page et ne plus nourrir aucun regret : la matinale de franceinfo lui a offert son propre rendez-vous et le rôle de joker du « 20 Heures » a ouvert une autre perspective.
Cette perspective vient soudain de prendre une tout autre dimension. Jusqu’ici, Marteau connaissait toujours la date à laquelle il devait rendre le fauteuil. Cette fois, personne ne peut réellement la lui donner. Léa Salamé s’est retirée le temps de la candidature de Raphaël Glucksmann, et celle-ci pourrait occuper toute la saison politique. Même un éventuel revers lors d’une primaire ne ferait pas forcément disparaître immédiatement l’eurodéputé du paysage présidentiel. France 2 s’organise donc avec Marteau, sans annoncer pour l’instant de date de retour pour sa titulaire.
Le journaliste avait d’ailleurs parfaitement conscience de l’enjeu avant même que la situation ne se présente. Lorsqu’il avait été nommé joker de Léa Salamé, il expliquait arriver avec « une grosse responsabilité sur les épaules » et refusait l’idée qu’un remplaçant doive singer le titulaire. Il promettait simplement de rester dans la continuité du journal, avec son propre ton : vivant, clair et rigoureux.
Premier soir, premier test réussi
Lundi soir, le public n’a manifestement pas été déstabilisé. Pour sa première édition depuis le retrait de Léa Salamé, Jean-Baptiste Marteau a réuni 4,31 millions de téléspectateurs, soit 25,6% de part d’audience. Le journal progresse de 2,2 points en une semaine et dépasse nettement la barre des 25%. Gilles Bouleau conserve la tête sur TF1 avec 5,13 millions de téléspectateurs et 30,5%, mais France 2 démarre cette nouvelle séquence sur une base solide.
Il serait évidemment absurde de juger un présentateur sur une seule soirée. Mais ce premier score raconte au moins une chose : Marteau n’arrive pas comme un inconnu qu’il faudrait installer. Les téléspectateurs l’ont vu depuis plus de dix ans dans pratiquement tous les journaux de la chaîne. Ce qui change aujourd’hui, c’est simplement la durée du bail.
Jean-Baptiste Marteau a longtemps dû composer avec cette étiquette d’« éternel joker », parfois flatteuse, parfois frustrante. Elle lui aura finalement permis d’apprendre le métier du JT sans avoir à découvrir le « 20 Heures » le jour où le fauteuil s’est réellement libéré.
À 43 ans, il tient donc enfin ce qu’il espérait depuis longtemps : un grand rendez-vous quotidien qui porte son visage plusieurs soirs de suite et, probablement, bien davantage. Il ne l’a pas décroché à la faveur d’un mercato classique, mais d’un télescopage entre vie politique et télévision que personne n’aurait pu écrire plus précisément. Pendant des années, Jean-Baptiste Marteau a remplacé les titulaires. Cette fois, il va devoir montrer qu’il peut en être un.




Commentaires
0Aucun commentaire pour le moment. Soyez le premier à réagir.