On a vu « Surveillant ! » : Audrey Lamy et Jean-Pascal Zadi mettent la prison sens dessus dessous sur Disney+
Avec son faux documentaire carcéral, John Wax transforme une maison d’arrêt en terrain de comédie avec une bande de surveillants sérieusement frappés, sans complètement oublier ce que racontent les murs qui les entourent.
Faire une comédie en prison n’était déjà pas le chemin le plus tranquille. La filmer comme « The Office », avec regards caméra, confidences gênantes et personnages persuadés d’être beaucoup plus compétents qu’ils ne le sont, ajoutait encore quelques mines sur le parcours. « Surveillant ! », disponible depuis le 16 septembre sur Disney+, franchit pourtant l’obstacle avec une énergie communicative. Huit épisodes d’une trentaine de minutes, une vraie prison pour décor et surtout une équipe de comédiens à qui John Wax laisse suffisamment de liberté pour mettre un joyeux désordre derrière les barreaux.
Audrey Lamy dirige le centre de détention fictif de Chénoise sous les traits de Corinne Maillard. La patronne croit dur comme fer à la réinsertion et couve détenus et surveillants avec la même ferveur maternelle. Ses beaux principes se compliquent sérieusement lorsque son propre fils, avec lequel elle a coupé les ponts, se retrouve incarcéré dans son établissement. Corinne veut respecter le règlement, protéger ses détenus et récupérer son gamin ; trois objectifs parfaitement compatibles à condition de mentir un peu, de manipuler beaucoup et d’adapter les règles à mesure qu’elles deviennent gênantes.
Audrey Lamy trouve immédiatement le bon tempo. Sa Corinne pourrait n’être qu’une directrice lunaire débitant des énormités devant la caméra ; elle lui donne juste assez de sincérité pour que ses catastrophes restent humaines. L’actrice explique d’ailleurs avoir été séduite par la liberté offerte par John Wax sur le tournage, avec la possibilité d’improviser et de se surprendre entre partenaires. Une méthode qui se voit à l’écran, particulièrement lorsque le scénario laisse le casting respirer au lieu de chercher la vanne à tout prix.
Jean-Pascal Zadi, maton en roue libre
Face à elle, Jean-Pascal Zadi incarne Jeff, surveillant qui se rêve séducteur, vit encore chez sa mère et transforme sa collègue en cible permanente de ses tentatives de drague. Le personnage est lourdingue, mythomane et suffisamment persuadé de son charme pour ne jamais comprendre ce qui cloche. Zadi maîtrise parfaitement ce registre : il laisse Jeff s’enfoncer tout seul dans le ridicule et trouve régulièrement le petit regard caméra qui termine le travail.
Autour du duo, Benjamin Tranié, Eva Huault, Jérémy Nadeau, David Ayala et Logan Lefèbvre alimentent la pagaille, tandis que François Damiens, Ramzy Bedia, Hakim Jemili ou Gustave Kervern viennent grossir la galerie. Le dispositif de faux documentaire leur va bien : la caméra n’observe pas seulement les personnages, elle devient leur confidente, leur témoin et parfois la seule présence à mesurer l’ampleur du désastre.
La référence à « The Office » saute évidemment aux yeux et devient parfois un peu encombrante. Certains regards caméra sont téléphonés, quelques gags sont étirés au-delà du raisonnable et les personnages ont parfois tendance à se résumer à leur névrose. Mais la série retrouve vite son rythme grâce à la complicité du casting et à cette impression de joyeuse improvisation qui empêche la mécanique de devenir trop propre.
Une vraie prison derrière la farce
Le décor change surtout la nature de la série. « Surveillant ! » a été tourné dans l’ancienne centrale de Clairvaux, dans l’Aube, fermée en 2023 après avoir accueilli des détenus condamnés à de longues peines, parmi lesquels Guy Georges, Carlos ou Youssouf Fofana. Les cellules, les coursives et les portes métalliques ne sont donc pas des accessoires de studio. Cette réalité apporte à la comédie une épaisseur que les auteurs auraient difficilement fabriquée ailleurs.
Audrey Lamy raconte avoir ressenti immédiatement « le poids des murs ». Ce contraste sert parfaitement « Surveillant ! »: des personnages franchement dingues évoluent dans un lieu qui, lui, ne prête pas naturellement à rire. John Wax s’est documenté sur l’univers pénitentiaire et laisse affleurer la surpopulation, les tensions, le manque de moyens ou la difficulté pour les surveillants de maintenir une distance avec ceux qu’ils côtoient toute la journée.
Jean-Pascal Zadi reconnaît d’ailleurs que cette plongée a changé son regard sur les surveillants pénitentiaires. La série ne devient jamais un documentaire militant et ne prétend surtout pas dresser un état des lieux de la prison française. Elle utilise plutôt la comédie pour montrer un métier rarement placé au centre d’une fiction, coincé entre autorité, rapports humains et quotidien sous tension. C’est lorsque « Surveillant ! » laisse cette réalité apparaître derrière la farce qu’elle devient plus intéressante qu’une simple succession de sketches.




Commentaires
0Aucun commentaire pour le moment. Soyez le premier à réagir.