On a vu « Dix pour cent : Le film » sur Netflix : ASK est de retour, mais deux absents gâchent un peu la fête
Camille Cottin, Laure Calamy, Nicolas Maury et presque toute l’ancienne bande se retrouvent six ans après la fin de la série. C’est drôle, vachard et souvent très réussi. Mais sans Sofia et Hicham, la photo de famille a deux sacrés trous.
Six ans après la fin de « Dix pour cent » sur France 2, ASK reprend du service sur Netflix. Les bureaux ont disparu, les carrières ont bifurqué, mais les névroses sont intactes. Andréa Martel court toujours après les catastrophes, Noémie parle toujours plus vite que tout le monde, Mathias conserve ses airs de vieux sage légèrement manipulateur et Hervé reste capable de transformer trois minutes de conversation en numéro de cabaret. Zaptv annonçait déjà fin août ces retrouvailles avec George Clooney, Eva Longoria et presque toute l’ancienne bande.
Andréa n’est plus agente. Elle prépare désormais son premier long-métrage lorsque Laurent Lafitte, engagé dans son propre rôle, abandonne le tournage. Budget en danger, comédiens à rassurer, producteur à calmer : Camille Cottin retrouve immédiatement ce mélange d’autorité, de mauvaise foi et de fragilité qui faisait de son personnage le moteur de la série. Andréa fonce toujours dans le mur en expliquant aux autres qu’ils conduisent mal.
Laure Calamy lui vole régulièrement la vedette. Noémie a pris du galon mais certainement pas du calme. Devenue productrice, elle conserve son énergie de bulldozer, ses emballements et cette faculté unique à transformer une contrariété en alerte nucléaire. Le duo Cottin-Calamy reste ce que le film a de plus solide : deux actrices lancées à pleine vitesse qui connaissent tellement bien leurs personnages qu’elles peuvent se permettre de les rendre encore plus excessifs sans les caricaturer.
Clooney n’est pas la star du film
La mécanique des célébrités invitées n’a pas changé. Laurent Lafitte, Vincent Macaigne, Laetitia Casta, Eva Longoria ou George Clooney jouent avec leur propre image, comme l’avaient fait avant eux Jean Dujardin, Juliette Binoche, Isabelle Huppert ou Monica Bellucci.
Vincent Macaigne trouve naturellement sa place dans cet univers où la moindre inquiétude peut devenir une catastrophe existentielle. Laetitia Casta accepte volontiers de malmener son image. George Clooney apparaît suffisamment peu pour éviter que « Dix pour cent » ne se transforme en vitrine internationale destinée à rappeler que Netflix peut désormais appeler Hollywood.
Le scénario signé Fanny Herrero et Lison Daniel garde les célébrités à leur place. Elles nourrissent les intrigues sans écraser Camille Cottin, Laure Calamy, Thibault de Montalembert, Grégory Montel, Nicolas Maury, Fanny Sidney ou Liliane Rovère. La force de « Dix pour cent » reste cette bande capable de s’aimer énormément tout en se faisant des saloperies considérables.
Sofia et Hicham : deux absences qui font mal
Stéfi Celma et Assaâd Bouab manquent sérieusement à cette réunion de famille. Sofia Leprince et Hicham Janowski n’étaient pas deux personnages que l’on pouvait effacer discrètement dans un coin du scénario.
Sofia accompagnait la série depuis ses débuts. Standardiste devenue comédienne, elle incarnait parfaitement ce petit monde où ceux qui répondent au téléphone rêvent un jour de devenir ceux pour lesquels il sonne. Sa trajectoire racontait les castings, les humiliations, les ambitions et cette frontière très poreuse entre ceux qui fabriquent les carrières et ceux qui essaient d’en avoir une.
Son absence est d’autant plus frustrante que son retour était prévu. Stéfi Celma avait accepté de participer au film et le personnage de Sofia figurait dans le scénario. La comédienne s’est finalement retirée pour des raisons personnelles, obligeant Fanny Herrero et son équipe à réécrire l’histoire. Le trou laissé à l’écran n’est donc pas une impression : Sofia devait bien être autour de la table.
Hicham apportait autre chose : le poison. Arrivé en saison 2 à la tête d’ASK, arrogant, brutal, imprévisible et souvent franchement insupportable, il avait été conçu pour dérégler une agence qui n’avait pourtant besoin de personne pour se mettre dans le rouge. Assaâd Bouab a préféré se consacrer à d’autres projets. Son absence prive le film d’un personnage capable de remettre instantanément tout le monde en tension.
Sofia apportait le mouvement, Hicham la friction. Sans eux, la réunion est plus confortable, presque trop sage par moments. Deux chaises restent vides au milieu du banquet et elles se voient.
Deux heures, c’est long pour ASK
Le passage au long-métrage constitue l’autre faiblesse du film. « Dix pour cent » excellait dans des épisodes d’une cinquantaine de minutes où une star ingérable, un contrat foireux, un mensonge et trois appels téléphoniques suffisaient à provoquer un incendie général. En 1h59, la mécanique doit laisser respirer les personnages, organiser les retrouvailles et distribuer suffisamment de scènes à chacun.
Le rythme s’étire parfois et la satire mord moins fort. Les producteurs, comédiens, agents et financiers continuent d’en prendre pour leur grade, mais le film regarde désormais sa petite famille avec beaucoup plus de tendresse. Les humiliations minuscules et les coups bas qui faisaient la saveur des meilleures saisons laissent davantage de place à la nostalgie et à la grosse comédie.
Les dernières péripéties tirent même parfois vers le burlesque alors que « Dix pour cent » était souvent plus drôle lorsqu’un déjeuner raté ou un rendez-vous professionnel suffisait à provoquer un carnage. Camille Cottin, Laure Calamy, Nicolas Maury et Liliane Rovère sauvent régulièrement le tempo par leur simple connaissance de ces personnages qu’ils portent depuis dix ans.




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