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jeudi 10 septembre 2026· Newsletter· À propos· Contact
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Xenia Fedorova : Laurent Nuñez menace CNews de poursuites pénales si elle revient à l’antenne

Visée par un arrêté d’expulsion et par un gel de ses avoirs, l’ancienne patronne de RT France pourrait réapparaître en visio sur la chaîne du groupe Bolloré. Le ministre de l’Intérieur saisit l’Arcom et conteste frontalement l’analyse juridique de la chaîne.

Xenia Fedorova : Laurent Nuñez menace CNews de poursuites pénales si elle revient à l’antenne

Cette fois, Beauvau n'entend pas se faire dictée la loi. Laurent Nuñez a écrit à l’Arcom pour prévenir CNews : si Xenia Fedorova revient à l’antenne, même depuis l’étranger et même en visioconférence, la chaîne pourrait s’exposer à des poursuites pénales. Pas une simple remontrance du gendarme de l’audiovisuel, mais un avertissement signé du ministre de l’Intérieur dans un dossier devenu explosif entre le pouvoir et le groupe Bolloré.

Tout part de l’annonce faite le 2 septembre sur CNews par Gauthier Le Bret. Le présentateur explique alors que les juristes de Canal+ ont étudié l’arrêté visant Xenia Fedorova et qu’à leurs yeux rien n’empêche l’ancienne directrice de RT France d’intervenir depuis l’étranger. Elle pourrait donc revenir « très prochainement » en visio, notamment dans « L’Heure Inter », où elle était régulièrement invitée. Sur le plateau, l’ancien ministre Pierre Lellouche avait immédiatement contesté cette lecture juridique avant d’être interrompu.

Depuis, le dossier a sérieusement changé de calibre. Dans son courrier adressé mercredi 9 septembre au président de l’Arcom, Martin Ajdari, Laurent Nuñez estime qu’une nouvelle apparition de Fedorova à l’écran constituerait un « contournement » des mesures prises contre elle par l’État et pourrait aussi être considérée comme une « facilitation » des actions d’ingérence qui lui sont reprochées. Le ministre insiste notamment sur deux éléments : CNews lui fournirait toujours un espace de diffusion sur une fréquence de télévision française et des moyens techniques de production, qu’elle soit rémunérée ou non.

De RT France à CNews, une trajectoire sous haute tension

Xenia Fedorova n’est pas une nouvelle venue dans le paysage médiatique russe. Elle a dirigé RT France, déclinaison française de la chaîne financée par Moscou, jusqu’à l’arrêt de ses activités après les sanctions européennes prises contre RT à la suite de l’invasion de l’Ukraine. Elle a ensuite trouvé une nouvelle exposition dans plusieurs médias de la galaxie Bolloré : CNews, Europe 1 et le JDNews notamment. Sa présence régulière sur la chaîne avait fini par provoquer plusieurs saisines de l’Arcom pour des propos jugés insuffisamment rigoureux ou trompeurs sur la guerre en Ukraine et les pays baltes.

Au printemps, Patrick Cohen avait ainsi dénoncé sur France Inter une place devenue selon lui disproportionnée et qualifié Fedorova de « voix de Moscou ». Quelques heures plus tard, le ministre des Affaires étrangères Jean-Noël Barrot était allé encore plus loin en la présentant comme une « propagandiste patentée » servant de relais à la désinformation du Kremlin. Ce sont les accusations des autorités françaises : Fedorova, elle, conteste cette présentation et revendique sa liberté d’expression.

Le bras de fer prend une autre dimension fin juillet. Un arrêté ministériel d’expulsion daté du 27 juillet lui reproche d’être un relais de campagnes de désinformation pilotées par les autorités russes afin de « déstabiliser l’ordre public » en France. Trois jours plus tard, le gouvernement décide également de geler pour six mois ses fonds et ressources économiques. Cette seconde mesure s’appuie sur le dispositif français de lutte contre les ingérences étrangères et interdit notamment la mise à disposition directe ou indirecte de ressources économiques à son profit.

Xenia Fedorova a bien tenté de faire sauter le verrou devant la justice administrative. Le 3 août, le tribunal administratif de Paris a rejeté son recours en référé, estimant qu’elle n’avait pas démontré l’extrême urgence nécessaire à cette procédure. Cette décision ne constituait donc pas un jugement au fond sur la légalité de l’arrêté d’expulsion. Son avocat avait alors indiqué qu’elle se trouvait déjà à l’étranger.

Canal+ et Lagardère, eux, n’ont jamais avalé la décision sans broncher. Dès le 30 juillet, les deux groupes avaient dénoncé une « atteinte particulièrement grave à la liberté d’expression et au pluralisme », défendant le droit de leur collaboratrice à faire entendre son analyse. Une ligne qui explique aujourd’hui le choix de CNews de chercher une porte de sortie technique : puisqu’elle ne peut plus travailler physiquement en France, pourquoi ne pas la faire intervenir à distance ? C’est précisément cette brèche que Laurent Nuñez veut refermer.

Barrot avait déjà mis CNews en garde

La semaine dernière, Jean-Noël Barrot avait préparé le terrain. Invité de France Inter le 4 septembre, le ministre des Affaires étrangères s’était dit « assez affligé » d’apprendre que CNews envisageait de rappeler Fedorova en visio. Il avait contesté jusqu’à son statut médiatique, estimant qu’elle n’était pas une journaliste mais une « agente d’ingérence au service de la Russie ». Il s’était surtout demandé pourquoi un groupe français continuait à offrir studios, colonnes et temps d’antenne à une personne que le gouvernement accuse de travailler au bénéfice d’une puissance étrangère.

Fedorova ne semble pourtant pas décidée à disparaître des radars. Le 8 septembre, elle a donné une interview au média prorusse Omerta dans laquelle elle espère ne pas devoir attendre trop longtemps avant de revenir présenter « le point de vue russe ». Elle continue parallèlement à publier des textes dans le JDNews. CNews a même rediffusé mercredi des extraits de cette interview.

L’affaire tombe surtout au moment où CNews retrouve des couleurs dans la guerre des chaînes info. Comme Zaptv le relevait cette semaine dans son papier consacré à la contre-attaque de Pascal Praud, la chaîne s’est classée première lundi 7 septembre avec 3,5 % de part d’audience, devant BFMTV à 2,9 %. « L’Heure des pros » avait réuni 441.000 téléspectateurs entre 9 heures et 10 heures, contre 257.000 pour « Apolline de 9 à 10 » sur BFMTV. Un rebond après un mois d’août compliqué, durant lequel CNews était retombée derrière BFMTV et LCI.

Voilà donc CNews prise entre deux lignes rouges. Celle de sa direction, qui défend au nom du pluralisme la possibilité de redonner la parole à Xenia Fedorova depuis l’étranger, et celle du gouvernement, qui considère désormais qu’une telle opération pourrait contrevenir directement aux mesures prises contre elle. À ce stade, CNews n’a annoncé aucune date de retour à l’antenne de Xenia Fedorova. Et Laurent Nuñez vient de faire comprendre que, si ce retour a lieu, l’affaire pourrait quitter très vite les plateaux télé pour atterrir devant la justice.

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