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jeudi 22 octobre 2026· Newsletter· À propos· Contact
Médias

Netflix France : Pauline Dauvin hausse le ton contre le décret SMAD

À La Rochelle, la patronne de Netflix France revendique plus de 250 millions d’euros investis dans la création française en 2026. Elle estime que les nouvelles obligations imposées aux plateformes menacent désormais leur liberté éditoriale.

Netflix France : Pauline Dauvin hausse le ton contre le décret SMAD
 

Le décor était planté au Festival de la fiction de La Rochelle, où la crise du financement de la création française s’est invitée dans quasiment tous les débats. Alors que les professionnels alertent sur la baisse des tournages et des ventes internationales, Netflix entend rappeler qu’il est devenu un acteur incontournable de l’écosystème français.

Pauline Dauvin, vice-présidente de Netflix France chargée de la création française, l’a martelé lors de sa prise de parole à La Rochelle : « Netflix est un partenaire majeur de la création française. C’est plus de 250 millions d’euros investis dans la création visuelle et cinématographique, et ça rien qu’en 2026. » Un montant qui illustre le poids désormais pris par la plateforme dans le financement des œuvres françaises.

La dirigeante défend une logique simple : Netflix ne financerait pas la fiction, le cinéma ou le documentaire français uniquement parce que la réglementation l’y oblige. « Si nous investissons dans la création française, c’est par conviction et non par obligation », a-t-elle affirmé, estimant que le succès de la plateforme repose aussi sur sa capacité à proposer des histoires françaises « fortes, originales, vivantes ».

Le nouveau décret SMAD passe mal chez Netflix

Derrière cette offensive, c’est le nouveau cadre réglementaire qui concentre les critiques de Netflix. Depuis l’évolution du décret relatif aux services de médias audiovisuels à la demande, les plateformes doivent notamment consacrer une partie de leurs investissements à certains genres : animation, documentaire et spectacle vivant. Selon Pauline Dauvin, ces nouvelles règles conduisent à augmenter brutalement les montants que Netflix doit consacrer à ces catégories.

La dirigeante considère que cette répartition imposée intervient directement dans les choix éditoriaux de la plateforme. Elle juge ces obligations « disproportionnées et discriminatoires » et estime qu’elles ne correspondent pas nécessairement aux attentes du public de Netflix. La plateforme avait déjà porté ce débat sur la place publique en juillet, Pauline Dauvin dénonçant dans une tribune au Monde des règles qui, selon elle, allaient trop loin.

Netflix ne se contente d'ailleurs plus de protester. La plateforme a engagé, avec d'autres services de streaming, un recours devant le Conseil d’État contre cette évolution réglementaire. L'enjeu est autant économique qu'éditorial : la plateforme souhaite obtenir un plafonnement de ses obligations afin de pouvoir continuer à investir dans la création française tout en conservant une marge de manœuvre sur les genres et les projets financés.

Netflix est devenu un poids lourd du financement français

Le paradoxe est particulièrement visible à La Rochelle. Alors que Netflix conteste une partie des règles qui encadrent ses investissements, les chiffres de l’Arcom montrent que la plateforme occupe désormais une place considérable dans le financement de la production française.

Selon les données présentées par le président de l’Arcom Martin Ajdari au Festival de la fiction, Netflix a investi en 2025 308 millions d’euros au titre de ses obligations légales, dont 250 millions dans la production audiovisuelle et 58 millions dans le cinéma. La plateforme est ainsi devenue le premier financeur privé de la production française, même si France Télévisions reste devant avec 476 millions d’euros pour l’audiovisuel et le cinéma.

Ces chiffres doivent toutefois être lus avec précaution : l’Arcom précise qu’ils correspondent aux investissements réalisés au titre des obligations légales et ne couvrent donc pas nécessairement l’intégralité des sommes engagées par les différents acteurs dans la production.

Pour Netflix, le sujet devient d’autant plus sensible que son poids devrait continuer à progresser. Martin Ajdari estime que la plateforme pourrait devenir, à l’horizon 2030, le premier financeur de la création audiovisuelle et cinématographique en France. Une perspective qui nourrit forcément le débat sur l’équilibre entre les obligations imposées aux nouveaux acteurs du streaming et celles qui pèsent sur les diffuseurs historiques.

Un bras de fer qui dépasse largement Netflix

À La Rochelle, le débat ne se résume donc pas à une querelle entre Netflix et les pouvoirs publics. Il touche directement au modèle français de financement de la création, à l'heure où les chaînes traditionnelles doivent elles aussi composer avec des budgets sous pression et une baisse de certaines recettes.

Les plateformes, elles, prennent une place croissante dans le système. Les services de streaming soumis aux obligations de financement ont investi 525 millions d’euros en 2025, contre 397 millions en 2024, selon les données de l’Arcom. Dans le même temps, les investissements des acteurs historiques de la télévision ont reculé.

Netflix se retrouve ainsi dans une position assez particulière : la plateforme revendique son rôle de partenaire majeur de la création française tout en contestant une réglementation qui encadre de plus en plus précisément la manière dont elle doit investir. Pauline Dauvin demande désormais que le système soit rééquilibré pour permettre à Netflix de continuer à financer massivement des œuvres françaises sans voir sa liberté éditoriale réduite par des obligations supplémentaires.

Le débat est loin d’être clos. Et avec une plateforme qui pèse désormais plusieurs centaines de millions d’euros dans la production française, la question de sa place dans le système audiovisuel hexagonal est devenue incontournable.

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