« Les députés ont changé le cours de ma mort » : le message bouleversant de Charles Biétry
Atteint de la maladie de Charcot, l'ancien patron des sports de Canal+ pensait devoir se rendre en Suisse pour mettre fin à ses souffrances. Après le vote historique de l'Assemblée nationale, il a livré un témoignage d'une rare intensité.
C'est un message de quelques lignes, mais il résume à lui seul des années de combat. Quelques heures après l'adoption par l'Assemblée nationale de la proposition de loi créant un droit à l'aide à mourir, Charles Biétry a pris la parole sur X. Atteint de la maladie de Charcot depuis plusieurs années, l'ancien directeur des sports de Canal+ a confié son immense émotion dans un texte qui a bouleversé de nombreux internautes.
« Je ne mourrai pas en Suisse. On partait tous les quatre. Monique, François, Juliette revenaient seuls avec mes cendres. Les députés ont changé le cours de ma mort. Lorsque les souffrances deviendront trop fortes, je reviendrai exercer mon droit à la liberté, chez moi, au son de mes vagues. »
En quelques phrases, le journaliste de 82 ans raconte ce que cette loi change concrètement pour lui. Jusqu'à présent, il envisageait un ultime voyage en Suisse, accompagné de son épouse Monique et de leurs deux enfants, François et Juliette, pour avoir recours au suicide assisté. Un scénario qu'il avait évoqué à plusieurs reprises avec une infinie pudeur, expliquant qu'il ne souhaitait pas imposer à sa famille un tel départ loin de chez lui.
Figure incontournable de la télévision sportive, Charles Biétry a profondément marqué l'histoire de Canal+ entre 1984 et 1998 en révolutionnant la manière de filmer et de raconter le football. Depuis qu'il a révélé en 2023 être atteint de la sclérose latérale amyotrophique (SLA), plus connue sous le nom de maladie de Charcot, son combat a pris une autre dimension. Privé de la parole, il continue pourtant de s'exprimer grâce à un ordinateur et à une intelligence artificielle qui reproduit sa voix.
Il y a encore quelques semaines, dans un podcast de Nathalie Iannetta pour Radio France, il décrivait avec une lucidité désarmante les démarches qu'il avait entreprises pour préparer sa fin de vie. Il racontait avoir dû se renseigner auprès d'un organisme suisse, étudier les différentes procédures et choisir lui-même les modalités de son départ. Une décision qu'il qualifiait de profondément difficile, tout en revendiquant le droit de choisir le moment où les souffrances deviendraient insupportables.
Le vote des députés marque une étape majeure dans ce débat qui traverse la société française depuis plusieurs années. Le texte adopté ouvre, sous des conditions très strictes, un droit à l'aide à mourir pour des patients majeurs atteints d'une maladie grave et incurable engageant leur pronostic vital, à condition qu'ils soient en mesure d'exprimer une volonté libre et éclairée. Le parcours législatif n'est toutefois pas terminé : la loi doit encore franchir plusieurs étapes avant son entrée en vigueur, notamment l'examen par le Conseil constitutionnel puis la publication des décrets d'application.
Pour Charles Biétry, cette décision a déjà une portée immense. Plus qu'une victoire politique, il y voit la possibilité de rester chez lui jusqu'au bout, entouré des siens, sans imposer à sa famille un exil douloureux. Une perspective qu'il résume dans une image simple et bouleversante : celle de ses « vagues », le bruit de la mer qu'il espère entendre une dernière fois. Un témoignage qui rappelle que derrière le débat législatif se cachent avant tout des destins, des familles et des vies suspendues à une décision.




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