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jeudi 22 octobre 2026· Newsletter· À propos· Contact
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Canal+ adapte « L’Armée des ombres » en série : Kit Harington face à un Royaume-Uni autoritaire

Inspirée du roman de Joseph Kessel et du film de Jean-Pierre Melville, la série en six épisodes transpose la Résistance dans une Grande-Bretagne occupée. Le tournage réunit Kit Harington, America Ferrera et Paddy Considine.

Canal+ adapte « L’Armée des ombres » en série : Kit Harington face à un Royaume-Uni autoritaire

Le titre oblige à marcher avec précaution. « L’Armée des ombres » n’est pas seulement un classique du cinéma français : le film de Jean-Pierre Melville, sorti en 1969 d’après le livre de Joseph Kessel, a donné un visage sec et sans emphase à la Résistance. Canal+ et Channel 4 ont choisi de ne pas le refaire. Leur série, actuellement en tournage, déplace l’histoire dans une Grande-Bretagne contemporaine placée sous occupation et soumise à un pouvoir autoritaire.

Le projet comptera six épisodes. Son titre international, « Army of Shadows », reste celui du film, mais les personnages appartiennent à un nouveau récit. Le pays paraît presque normal : les drapeaux ont changé, les informations sont surveillées et certaines phrases ne se prononcent plus. Un ancien soldat connu sous le nom de Berry entreprend alors de constituer un réseau clandestin.

Kit Harington rejoint une distribution très solide

Quatre noms portent l’affiche : Paddy Considine, America Ferrera, Alex Hassell et Kit Harington. La production n’a pas détaillé la répartition complète des rôles. Autour de Berry se rassemblent un militaire, un étudiant, une manipulatrice radio et un journaliste, des gens ordinaires qui doivent décider à quel moment l’obéissance devient une faute.

Face à eux, le pouvoir dispose d’un ministre prêt à tout pour maintenir « l’ordre » et d’une agente américaine rompue au renseignement. La série conserve le noyau moral du récit : le prix de l’engagement, l’attente, la trahison et la peur de mettre tout un réseau en danger par impatience.

Kit Harington retrouve un univers de loyautés incertaines après « Game of Thrones » et « Industry ». Paddy Considine, vu dans « House of the Dragon » et « MobLand », apporte une gravité qui convient à cette matière. America Ferrera complète un casting pensé pour circuler bien au-delà du public français.

Un tournage entre Manchester, Liverpool, Londres et Paris

Les prises de vues ont commencé en juillet à Manchester, Liverpool, Londres et Paris. Lisa Gunning met en scène les six épisodes. Canal+ a commandé la série pour ses territoires en France, en Europe, en Afrique et en Asie ; Channel 4 la diffusera au Royaume-Uni. STUDIOCANAL, associé à Two Cities Television, assurera les ventes internationales.

Ce montage dit l’ambition du projet. Il ne s’agit pas d’une adaptation française destinée à vivre discrètement dans le catalogue de la chaîne, mais d’un thriller politique anglophone conçu pour voyager. Canal+ mise à la fois sur une œuvre patrimoniale et sur un casting international. Le nom de Melville ouvre la porte ; la série devra prouver qu’elle ne s’en sert pas comme d’une enseigne.

Ronan Bennett change l’époque, pas la question morale

L’écriture a été confiée à Ronan Bennett, créateur de « Top Boy » et scénariste de « The Day of the Jackal » et « MobLand ». Il situe l’action dans une Grande-Bretagne occupée de fait, avec camps d’internement, propagande, premières exécutions et assassinat politique. La démocratie n’y disparaît pas dans un fracas : elle se vide progressivement, au milieu d’une vie quotidienne qui continue.

C’est là que la transposition peut trouver sa raison d’être. Melville filmait des résistants dont l’héroïsme ne supprimait ni les erreurs ni la terreur. Bennett pose la même question à des personnages contemporains : que fait-on lorsque désobéir devient dangereux, mais qu’obéir ne l’est pas moins ? Le soutien de la famille Melville et de la succession Kessel accompagne le projet.

Canal+ joue une carte patrimoniale risquée

Aucune date de diffusion n’a encore été communiquée. À ce stade, « L’Armée des ombres » reste une promesse, pas un chef-d’œuvre décrété par communiqué. Le risque est évident : transformer un titre austère et profondément français en thriller international trop propre. L’intérêt l’est tout autant : utiliser une œuvre connue pour interroger le présent, sans faire porter aux nouveaux acteurs les costumes de leurs prédécesseurs.

Le premier choix est le bon : ne pas demander à Kit Harington ou Paddy Considine de rejouer Lino Ventura. Cette armée-là vivra ailleurs, sous d’autres drapeaux et dans une autre langue. Elle sera jugée sur ce qu’elle raconte de son époque — et sur la façon dont Canal+ fera exister à l’écran cette relecture particulièrement exposée.

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