« J’avais besoin de travailler » : Bruno Gouery ne s’attendait pas au phénomène « Emily in Paris »
Dans la peau du très français Luc, le comédien ne soupçonnait pas l’ampleur du phénomène. Six ans plus tard, il a tourné pour HBO et travaillé avec Mike White dans « The White Lotus ».
Il est le collègue gaffeur, lunaire et délicieusement français d’Emily Cooper. Celui qui parle de François Truffaut, de Balzac ou du Père-Lachaise entre deux dossiers chez Agence Grateau. Depuis 2020, Bruno Gouery incarne Luc dans Emily in Paris et s’est imposé, saison après saison, comme l’un des personnages les plus attachants de la série de Netflix. Un rôle décroché à un moment où le comédien était pourtant loin d’imaginer que sa carrière allait prendre une dimension internationale.
Président du jury de la meilleure comédie à l’Italian Global Series Festival, l’acteur de 51 ans a retrouvé un pays qui occupe une place particulière dans sa vie. Né en France d’une mère italienne, il parle la langue et a travaillé avec plusieurs cinéastes transalpins. Sa présence dans le jury lui permettait autant de découvrir de nouvelles productions que de renouer avec cette partie de sa culture. Une double identité qui colle finalement assez bien au parcours d’un acteur français désormais beaucoup plus demandé à l’étranger. Sa maîtrise du français, de l’italien et de l’anglais a également accompagné cette ouverture internationale.
Lorsqu’Emily in Paris arrive, Bruno Gouery n’est pourtant pas en position de faire le difficile. Les propositions se font rares et il a besoin de travailler. La perspective de rejoindre une production américaine l’amuse immédiatement, tout comme celle d’incarner un Français vu à travers les yeux d’Américains. Il accepte sans soupçonner une seconde l’ampleur que va prendre la série créée par Darren Star. Lancée en 2020, la fiction devient l’une des vitrines internationales de Netflix et Luc, qui aurait pu rester un simple personnage comique de bureau, gagne progressivement sa place.
Bruno Gouery voit d’ailleurs son personnage comme un passeur de culture. Luc est celui qui accompagne Emily dans une France qu’elle connaît mal. Il lui parle du cinéma de François Truffaut, des livres d’Honoré de Balzac, l’emmène au cimetière du Père-Lachaise et lui transmet, à sa façon, une partie de la mémoire collective française. L’acteur s’amuse aussi d’une particularité de Luc : contrairement aux autres personnages, il n’a pas vraiment besoin de se transformer. Il reste fidèle à lui-même et laisse plutôt son entourage apprendre à composer avec ses bizarreries.
Le succès d’Emily in Paris lui ouvre surtout des portes qu’il n’aurait probablement jamais imaginé franchir quelques années auparavant. En 2022, il rejoint la deuxième saison de The White Lotus, la satire acide de Mike White, dans le rôle de Didier. Le Français intègre la bande d’hommes qui gravite autour de Quentin, incarné par Tom Hollander, et se retrouve plongé dans l’une des intrigues les plus sombres de la saison sicilienne. Le rôle ne couvre que cinq épisodes, mais la série lui offre une nouvelle exposition internationale. L’ensemble du casting remportera d’ailleurs en 2023 le Screen Actors Guild Award de la meilleure distribution dans une série dramatique.
L’expérience a particulièrement marqué Bruno Gouery, séduit par l’écriture de Mike White et sa manière de disséquer les travers de ses personnages. La satire, explique-t-il, correspond précisément à l’humour qu’il aime. Dans The White Lotus, personne n’est totalement innocent et le rire naît souvent du malaise, de l’argent, du pouvoir ou de la médiocrité humaine. Un univers très éloigné des couleurs pastel d’Emily in Paris, mais dans lequel le comédien s’est immédiatement senti à sa place. The White Lotus est bien conçue comme une anthologie satirique dont chaque saison change de décor et renouvelle largement ses personnages.
Forcément, il aurait aimé prolonger l’aventure. Bruno Gouery ne cache pas sa déception de ne pas participer à la quatrième saison de la série. Mais difficile pour lui de jouer les malheureux. Entre Emily in Paris et The White Lotus, l’acteur estime avoir bénéficié d’une chance exceptionnelle. Son personnage de Luc continue de l’accompagner et la série de Netflix lui a permis de découvrir de l’intérieur une autre manière de fabriquer des fictions, avec des équipes et des méthodes américaines.
À 51 ans, Bruno Gouery est ainsi devenu presque par hasard un visage familier des séries internationales. Celui qui avait accepté Emily in Paris parce qu’il avait simplement besoin de travailler s’est retrouvé quelques années plus tard dans l’une des séries les plus regardées de Netflix, puis au casting d’un phénomène HBO. Une trajectoire que même Luc, avec son imagination débordante, aurait probablement eu du mal à inventer.




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