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vendredi 23 octobre 2026· Newsletter· À propos· Contact
Séries

On a vu… « Unabomber » sur Netflix : Jacob Tremblay face aux origines d’un criminel glaçant

Russell Crowe, Shailene Woodley et Jacob Tremblay se retrouvent dans ce thriller inspiré de l’affaire Ted Kaczynski. Entre Harvard, expériences psychologiques et traque du FBI, Netflix remonte le fil d’une histoire criminelle qui a sidéré les Etats-Unis.

On a vu… « Unabomber » sur Netflix : Jacob Tremblay face aux origines d’un criminel glaçant

Il y avait matière à un énième true crime spectaculaire. Ted Kaczynski, alias Unabomber, reste l’un des criminels les plus célèbres de l’histoire récente des Etats-Unis, avec une campagne d’attentats qui s’est étendue sur près de deux décennies. Netflix choisit pourtant de ne pas raconter uniquement la traque du FBI. « Unabomber » remonte beaucoup plus loin, jusqu’aux années où Kaczynski n’est encore qu’un adolescent surdoué admis à Harvard.

Réalisé par Janus Metz, le film alterne ainsi deux temporalités. D’un côté, le jeune Ted Kaczynski, interprété par Jacob Tremblay, étudiant brillant plongé dans un environnement universitaire qui va profondément marquer son parcours. De l’autre, l’enquête menée pour identifier l’auteur d’une série d’attentats à la bombe qui va tenir les enquêteurs américains en haleine pendant des années.

Ce choix change forcément la perspective. Le spectateur connaît le criminel avant même de découvrir le personnage. L’enjeu consiste donc moins à savoir qui est l’Unabomber qu’à comprendre comment Ted Kaczynski a progressivement basculé vers cette identité criminelle.

Le jeune prodige de Harvard

Le film s’intéresse particulièrement à une période déterminante de la vie de Kaczynski. Il entre à Harvard à seulement 16 ans, avec un niveau intellectuel exceptionnel mais une personnalité déjà très solitaire. C’est dans cette université qu’il va être confronté aux travaux du professeur de psychologie Henry Murray, incarné par Russell Crowe.

Les expériences psychologiques menées par Murray constituent l’un des éléments les plus troublants du récit. Elles sont évoquées comme une étape importante dans le parcours du jeune homme et permettent au scénario de s’intéresser à une question autrement plus complexe qu’une simple enquête criminelle : que s’est-il passé dans la tête de cet étudiant brillant avant qu’il ne devienne l’homme traqué par le FBI ?

Le film prend toutefois soin de construire une fiction dramatique à partir de faits réels. Il ne s’agit donc pas d’un documentaire consacré à Kaczynski et encore moins d’une reconstitution exhaustive de son parcours. Janus Metz sélectionne certains épisodes et les organise pour raconter une trajectoire.

C’est là que Jacob Tremblay devient essentiel. Le comédien, loin de jouer immédiatement le futur Unabomber comme un personnage inquiétant, donne d’abord corps à un adolescent brillant, isolé et mal à l’aise dans son environnement. Cette approche rend la transformation plus progressive et, forcément, plus dérangeante.

Russell Crowe et la face sombre de Harvard

Face à lui, Russell Crowe apporte une présence beaucoup plus lourde. Son professeur Henry Murray n’est pas seulement là pour accompagner le parcours universitaire de Kaczynski. Les expériences auxquelles participe le jeune homme deviennent progressivement l’un des ressorts du film.

Le scénario joue alors sur une ambiguïté intéressante. Il montre un étudiant qui possède des capacités intellectuelles hors norme mais peine à trouver sa place, tout en introduisant un environnement universitaire qui prétend étudier la psychologie humaine et qui va lui-même devenir une source de traumatisme dans le récit.

Le film évite ainsi de réduire Kaczynski à une succession de crimes. Les attentats restent évidemment au cœur de l'histoire, mais ils sont précédés par toute une construction psychologique. Cette volonté de remonter aux origines donne au long-métrage une tonalité plus sombre et moins spectaculaire qu’un thriller traditionnel.

Shailene Woodley apporte l’autre versant de l’histoire avec le personnage de Joanne Miller, agente du FBI impliquée dans la traque de l’Unabomber. Son personnage permet au film de basculer régulièrement vers l’enquête et de rappeler que derrière le portrait du criminel se trouve aussi une opération policière gigantesque.

Vingt ans de traque

La traque constitue l’autre morceau fort du film. Pendant des années, le FBI cherche à identifier l’auteur des attentats. Kaczynski s’attaque notamment à des universitaires, des compagnies aériennes et des personnes liées à la recherche scientifique, avant de faire parvenir aux médias son manifeste.

Le film revient sur cette enquête sans transformer chaque étape en démonstration policière. Ce qui l’intéresse surtout, c’est le contraste entre l’homme que les enquêteurs recherchent et le jeune étudiant découvert dans les séquences consacrées à Harvard.

Ce procédé donne au récit une structure assez efficace. Plus on découvre le jeune Kaczynski, plus les images de l’enquête prennent une autre dimension. Le criminel n’apparaît plus seulement comme une silhouette insaisissable derrière des colis piégés : le scénario cherche à reconstituer le chemin qui mène jusqu’à lui.

C’est aussi ce qui évite à « Unabomber » de tomber complètement dans le true crime à sensation. L’affaire est suffisamment connue pour que le suspense autour de l’identité du terroriste soit limité. Le film doit donc trouver une autre tension. Il la trouve dans la transformation du personnage.

Un true crime qui ne cherche pas à rendre Kaczynski fascinant

Le sujet était pourtant particulièrement casse-gueule. Les histoires de tueurs célèbres peuvent rapidement transformer leurs protagonistes en personnages presque mythologiques. Avec Kaczynski, le danger était encore plus évident : son intelligence, son isolement et son parcours universitaire offrent tous les ingrédients d’un portrait de criminel présenté comme un génie incompris.

« Unabomber » s’en sort plutôt bien sur ce terrain. Le film cherche à comprendre sans transformer son personnage principal en héros romantique. Les attentats et leurs conséquences restent présents derrière le parcours individuel de Kaczynski.

Le résultat n’est pas un film révolutionnaire sur le genre. Janus Metz utilise une construction désormais familière du true crime, en faisant dialoguer passé et présent, psychologie et enquête, portrait individuel et faits criminels. Mais cette mécanique fonctionne suffisamment pour maintenir l’intérêt jusqu’au bout.

Le casting constitue évidemment l’autre atout. Jacob Tremblay porte la partie la plus délicate du film, tandis que Russell Crowe donne de l’épaisseur aux séquences consacrées à Harvard. Shailene Woodley apporte quant à elle le contrechamp policier nécessaire pour ne pas enfermer le récit dans la seule trajectoire de Kaczynski.

« Unabomber » reste donc davantage un film sur la construction d’un criminel qu’un simple récit de chasse au terroriste. En remontant jusqu’à Harvard, Netflix tente de déplacer le regard et de raconter ce qui précède les bombes, sans effacer pour autant la gravité des crimes commis.

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