France Inter : Céline Pigalle tacle Charles Sapin après son départ
« Une forme d’opportunisme » : la directrice de France Inter s’étonne que l’éditorialiste accepte sur RTL le débat qu’il avait refusé sur la radio publique. Elle assume néanmoins son recrutement et prépare la suite d’une rentrée particulièrement agitée.
Trois semaines à l’antenne, deux éditoriaux et une crise qui aura secoué Radio France. L’aventure de Charles Sapin sur France Inter aura été de courte durée. Recruté pour tenir un billet politique le dimanche matin, le directeur adjoint de la rédaction de Valeurs actuelles a finalement décidé de quitter la station après une mobilisation d’une partie des salariés contre sa présence. Dans un entretien accordé au Parisien, Céline Pigalle revient sur cette séquence et défend les raisons qui l’ont poussée à faire appel à lui.
La nomination du journaliste avait provoqué une vive contestation au sein de la rédaction. Des mouvements de grève ont perturbé les antennes de Radio France les 13 et 14 septembre, tandis qu’une nouvelle mobilisation était annoncée pour le 21 septembre. Une pétition signée par près de 300 personnalités réclamait également le retrait de son éditorial. Les opposants à son arrivée mettaient notamment en cause la ligne de Valeurs actuelles et les condamnations judiciaires dont l’hebdomadaire a fait l’objet.
Céline Pigalle assume le recrutement de Charles Sapin
Face à la contestation, la direction avait proposé de supprimer le billet dominical dans sa forme initiale et de le remplacer par un débat. Une solution destinée à tenter de sortir de l’impasse, mais que Charles Sapin a refusée. Le journaliste a annoncé son départ le 19 septembre, dénonçant une décision de Radio France qui aurait, selon lui, choisi de « rendre les armes » face à une « minorité radicalisée ». La direction a pris acte de son choix, en affirmant que France Inter continuerait à faire vivre le dialogue et la diversité des sensibilités.
Interrogée par Le Parisien, Céline Pigalle insiste sur le fait que le journaliste a lui-même décidé de partir. Elle ne renie pas pour autant son choix initial. « Charles Sapin n’était pas l’alpha et l’oméga du pluralisme sur nos ondes », rappelle-t-elle, avant de défendre l’intérêt éditorial de son recrutement.
« Charles Sapin connaît très bien la droite et les coulisses de ses recompositions actuelles. Je pensais que cela avait un intérêt éditorial et c’est pour cette raison que je l’ai recruté », explique la directrice. Elle regrette la crise provoquée par cette arrivée, mais considère que la présence d’un journaliste connaissant les courants de la droite pouvait contribuer au pluralisme de la station.
Le débat sur RTL relance la polémique
Le dossier a pris une nouvelle tournure mercredi 23 septembre. Charles Sapin a en effet accepté de participer à un débat sur RTL, où il a été opposé à Thomas Legrand dans l’émission d’Anne-Sophie Lapix. Une formule qui rappelle précisément celle que la direction de France Inter lui avait proposée pour tenter de résoudre la crise.
Céline Pigalle ne cache pas son étonnement devant ce revirement. « Il est étonnant d’accepter ailleurs ce qu’on jugeait impossible ici. J’y verrais presque une forme d’opportunisme chez certains », déclare-t-elle au Parisien. Une remarque qui vise directement l’éditorialiste, parti de France Inter après avoir refusé le compromis proposé par sa direction.
Cette confrontation sur RTL réunissait deux anciens visages de France Inter, puisque Thomas Legrand a lui aussi quitté la station. Éditorialiste à Libération, il y avait travaillé pendant près de dix-huit ans. Son départ avait donné lieu à des tensions avec la direction de Radio France, qu’il avait publiquement mise en cause.
Une case « radioactive » à remplacer
Céline Pigalle doit désormais trouver un successeur à Charles Sapin dans la matinale présentée par Eva Roque. Les discussions sont en cours, mais la directrice sait que la tâche s’annonce délicate après les semaines de mobilisation et de polémique. Elle évoque une case devenue « radioactive » et espère que ceux qui ont critiqué la décision de recruter Charles Sapin accepteront de contribuer à la faire vivre.
La dirigeante assure toutefois qu’elle ne compte pas renoncer à défendre le rôle de France Inter. À l’approche de la campagne présidentielle, elle s’attend à ce que les médias, et particulièrement l’audiovisuel public, soient soumis à des pressions croissantes. Elle dit rester « convaincue que France Inter doit continuer à jouer un rôle essentiel de modération, de rencontre et de partage ».
Thomas Poitevin et Thomas Legrand : les autres dossiers de la rentrée
Cette crise intervient alors que Céline Pigalle doit déjà gérer d’autres départs. Thomas Poitevin a quitté la matinale un mois seulement après son arrivée. Thomas Legrand, de son côté, ne figure plus dans les programmes de la station, une situation qui a nourri son amertume et ses échanges avec la direction.
La directrice avait notamment répondu sèchement aux démarches de l’éditorialiste auprès de Sibyle Veil pour tenter de retrouver une place à l’antenne : « J’entends qu’il soit déçu de ne pas être sur l’antenne de France Inter. Il exige, il réclame, mais ce n’est pas comme ça qu’on obtient quelque chose de moi. »
Pour Céline Pigalle, la priorité est désormais de tourner la page Charles Sapin sans renoncer à sa conception du pluralisme. Mais après une succession de départs, une grève et une polémique qui a largement dépassé les murs de la station, la nouvelle directrice de France Inter sait que sa première rentrée restera marquée par cette crise.




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