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lundi 24 août 2026 · Newsletter · À propos · Contact
Séries

On a vu « Please Like Me » : la série qui vous fait rire au pire moment

Arte.tv remet en lumière les quatre saisons de la série créée par Josh Thomas. Sous ses airs de comédie bricolée entre copains, « Please Like Me » parle d’amour, d’homosexualité, de famille et de santé mentale avec une liberté désarmante.

On a vu  « Please Like Me » : la série qui vous fait rire au pire moment

Il suffit de quelques minutes pour comprendre que « Please Like Me » ne ressemble pas tout à fait aux autres comédies sur le passage à l’âge adulte. Josh a 21 ans, une allure d’adolescent qui aurait poussé trop vite et une façon assez particulière de traverser les catastrophes. Claire, sa petite amie, le quitte en lui expliquant qu’il est probablement gay. Il rencontre Geoffrey, séduisant collègue de son meilleur ami Tom, et doit se rendre à l’évidence : Claire avait vu juste. Comme si cette journée n’était pas suffisamment chargée, sa mère Rose, qui souffre de dépression, fait une tentative de suicide. Voilà pour le début. Sur le papier, on a connu plus réjouissant. À l’écran, c’est pourtant souvent très drôle.

Disponible depuis le 31 juillet sur Arte.tv, Please Like Me est une série australienne créée, écrite et interprétée par Josh Thomas, humoriste et stand-upper qui a largement puisé dans sa propre existence pour construire son personnage. Diffusée à l’origine entre 2013 et 2016, elle compte quatre saisons et 32 épisodes d’une petite demi-heure. Un format suffisamment court pour éviter le gras et suffisamment long pour laisser grandir des personnages auxquels on finit par s’attacher presque malgré soi. Arte propose aujourd’hui l’intégralité, et c’est une excellente occasion de rattraper une série qui n’a jamais bénéficié en France de la notoriété qu’elle mérite.

Tout tourne autour de Josh, mais Please Like Me ne commet jamais l’erreur de réduire son histoire à celle d’un jeune homme découvrant son homosexualité. Sa sexualité est importante, évidemment, mais elle devient rapidement un élément parmi d’autres d’une vie affective joyeusement désordonnée. Josh tombe amoureux, se trompe, hésite, couche avec les mauvaises personnes, s’accroche aux bonnes et n’est pas toujours aussi sympathique qu’il aimerait le croire. Autour de lui, les autres ne se débrouillent guère mieux.

Son meilleur ami Tom, interprété par Thomas Ward, collectionne lui aussi les histoires sentimentales compliquées. Son père Alan tente de reconstruire sa vie après son divorce. Et surtout, il y a Rose, la mère de Josh, incarnée par Debra Lawrance, dont la dépression et les hospitalisations psychiatriques occupent progressivement une place essentielle dans la série. C’est là que Please Like Me devient beaucoup plus intéressante que la sympathique comédie générationnelle annoncée par ses premières minutes.

On rit, mais jamais aux dépens de ceux qui vont mal

Josh Thomas réussit quelque chose de particulièrement délicat : faire entrer la maladie mentale dans une comédie sans la transformer en gag ni changer brutalement de registre dès qu’elle apparaît. Rose peut être bouleversante dans une scène et franchement drôle quelques minutes plus tard. Elle reste une mère, une femme, une personnalité parfois exaspérante, pas simplement « le personnage dépressif » autour duquel tout le monde devrait marcher sur des œufs.

Cette justesse vaut également pour Arnold, rencontré plus tard dans la série, dont les troubles anxieux sont traités avec la même absence de solennité artificielle. Please Like Me ne prétend pas fournir de grandes réponses. Elle regarde plutôt comment des jeunes adultes encore occupés à comprendre leur propre existence doivent apprendre à vivre avec la fragilité des autres. Et parfois à reconnaître la leur.

Hannah Gadsby occupe d’ailleurs une place particulière dans cette aventure. Bien avant le succès international de son spectacle Nanette, l’humoriste australienne rejoint la série dans le rôle de Hannah, rencontrée par Rose lors d’un séjour en établissement psychiatrique. Elle participe également à l’écriture de plusieurs épisodes. Son humour sec et son apparente impassibilité fonctionnent parfaitement dans cet univers où les conversations les plus banales peuvent soudain basculer vers quelque chose de beaucoup plus intime.

Ce qui frappe aujourd’hui, plus de dix ans après le lancement de la série, est justement l’absence de discours démonstratif. Josh est gay sans que chaque épisode ait besoin d'en faire un sujet. Les relations amoureuses se font et se défont, les personnages parlent de sexe avec une franchise parfois désarmante et les familles recomposées ressemblent à ce qu’elles sont souvent dans la vraie vie : des constructions un peu bancales où chacun essaie de trouver sa chaise autour de la table.

Une série qui n’a presque pas vieilli

Visuellement, Please Like Me ne cherche jamais à épater. Melbourne, les maisons, les cuisines, les chambres et les restaurants constituent l’essentiel du décor. Les personnages mangent beaucoup, cuisinent énormément et parlent encore davantage. Les titres des épisodes sont d’ailleurs régulièrement empruntés à des plats : œufs espagnols, tartelettes portugaises, poulet parmigiana… La nourriture devient une manière de réunir cette famille biologique ou choisie, même lorsque personne n’a réellement envie d’être assis à côté de son voisin.

Josh Thomas possède surtout un sens redoutable du dialogue. Les personnages parlent souvent à côté de ce qu’ils ressentent vraiment, font une plaisanterie lorsqu’ils devraient probablement pleurer et peuvent transformer une conversation sentimentale en échange parfaitement absurde. La série ne souligne presque jamais l’endroit où le téléspectateur est censé rire ou être ému. Les deux arrivent parfois exactement au même moment.

Ce ton a rapidement valu à Please Like Me une reconnaissance dépassant largement l’Australie. La série a notamment été nommée à l’International Emmy Award de la meilleure comédie en 2014, tandis que Josh Thomas a remporté un AACTA Award pour son travail d’écriture. Debra Lawrance a également été récompensée pour son interprétation de Rose. La série a par ailleurs obtenu plusieurs nominations aux GLAAD Media Awards. Un joli parcours pour une fiction qui conserve volontairement l’apparence d’une petite production très personnelle.

Les quatre saisons permettent surtout de mesurer le chemin parcouru. Le Josh du premier épisode, largué par Claire et incapable de comprendre ce qui lui arrive, n’est évidemment plus tout à fait celui de la dernière saison. Mais la série se garde bien de lui offrir une transformation spectaculaire avec musique triomphale et grande leçon sur le passage à l’âge adulte. Grandir, chez Josh Thomas, consiste plutôt à accumuler suffisamment d’erreurs pour commencer à reconnaître celles que l’on risque de reproduire.

La quatrième et dernière saison est à ce titre la plus sombre. L’approche de la trentaine, les difficultés de la vie en couple et les bouleversements familiaux font perdre à la série une partie de l’insouciance de ses débuts. Sans dévoiler ce qui arrive à certains personnages, Please Like Me finit par pousser très loin cette manière qu’elle possède depuis le premier épisode de faire cohabiter la comédie avec des événements qui ne prêtent absolument pas à rire. Elle ne triche pas davantage avec ses personnages qu’avec son public.

C’est probablement pour cela que la série fonctionne toujours aussi bien en 2026. Certaines comédies générationnelles vieillissent avec les téléphones portables et les vêtements de leurs personnages. Please Like Me parle surtout de choses qui vieillissent beaucoup moins vite : la peur d’être seul, les parents qui deviennent fragiles, les amitiés qui changent, les histoires d’amour dont on attend trop et cette étrange période où l’on est officiellement adulte sans avoir reçu le mode d’emploi.

Josh Thomas créera ensuite Everything’s Gonna Be Okay, autre série dans laquelle il explorera la famille, les différences et la difficulté de devenir adulte. Mais Please Like Me reste son œuvre la plus personnelle. On y sent parfois les coutures, quelques épisodes sont meilleurs que d’autres et Josh peut sérieusement agacer. C’est justement ce qui la rend attachante : personne n’a été poli pour devenir un personnage de télévision.

Arte.tv a donc eu la bonne idée de remettre en circulation cette drôle de série australienne qui avait déjà trouvé son public ailleurs sans jamais devenir chez nous un phénomène. Quatre saisons, 32 épisodes et aucune raison de s’arrêter après le premier. Le titre demande poliment qu’on l’aime. Après quelques épisodes, il n’a généralement plus besoin d’insister.

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