« Astro Boy Reboot » : TF1 ressuscite le plus célèbre des petits robots
Plus de soixante ans après ses débuts à la télévision, le héros imaginé par Osamu Tezuka prépare son retour en 2027. Derrière cette nouvelle version en 3D, les Français de Method Animation modernisent le mythe sans toucher à ce qui l’a rendu immédiatement reconnaissable.
Il a plus de soixante-dix ans au compteur, mais toujours la tête d’un gamin et suffisamment d’énergie dans les réacteurs pour repartir pour un tour. Astro Boy, l’un des personnages fondateurs du manga et de l’animation japonaise, reviendra à la télévision en 2027 dans Astro Boy Reboot, une nouvelle série de 26 épisodes d’une vingtaine de minutes. Plusieurs séquences encore en cours de fabrication ont été présentées au Festival international du film d’animation d’Annecy, permettant de découvrir la direction prise par cette nouvelle adaptation. Bonne nouvelle pour ceux qui connaissent le personnage depuis longtemps : malgré le passage à la 3D, Astro conserve sa silhouette, ses cheveux noirs hérissés, son short et ses fameuses bottes rouges. Pour le reste, le petit robot a sérieusement évolué.
Le projet est porté par Method Animation, société du groupe Mediawan Kids & Family qui connaît parfaitement les séries destinées au jeune public puisqu’elle est notamment derrière le succès international de Miraculous : Les aventures de Ladybug et Chat Noir. La réalisation a été confiée à Nicolas Hess, lui-même passé par Miraculous, avec l’ambition assez délicate de remettre Astro Boy au goût du jour sans dénaturer un personnage devenu une véritable institution au Japon. Créé par Osamu Tezuka en 1952, Astro Boy avait connu dès 1963 une première adaptation télévisée en noir et blanc qui participa largement à l’essor de l’animation japonaise et à son exportation. Plus de six décennies plus tard, toucher à Astro revient donc un peu à restaurer un monument historique en essayant d’y installer la fibre.
Atom à l’école, Astro quand Métro City déraille
Cette nouvelle version ne se contente pas d’appliquer une couche de 3D sur les aventures originales. Les scénaristes ont notamment choisi d’insister davantage sur la double identité du héros. Lorsqu’il n’est pas occupé à protéger Métro City, Astro se fait appeler Atom et tente de mener la vie la plus normale possible parmi les enfants de son âge. Il va à l’école, joue au football, retrouve ses copains, se dispute avec sa sœur Uran et nourrit des sentiments pour Silica. Ses camarades ignorent évidemment qu’ils fréquentent un androïde ultraperfectionné capable d’éprouver des émotions et de se transformer en superhéros dès que la situation l’exige.
Ses pouvoirs ont également été repensés pour cette nouvelle génération. Le bras-canon, jugé manifestement moins adapté à une série destinée notamment aux 6-10 ans, laisse place à un bouclier magnétique, tandis qu’Astro dispose désormais de bras extensibles. Ses réacteurs restent en revanche bien présents. La mécanique générale du programme emprunte ainsi davantage aux séries contemporaines de superhéros, avec une vie quotidienne d’écolier d’un côté et des affrontements contre les ennemis de Métro City de l’autre. Derrière l’action et la comédie, les auteurs entendent néanmoins conserver les thèmes qui accompagnaient déjà le personnage de Tezuka : l’acceptation de la différence, la coexistence entre les humains et les machines, l’amitié et les rapports parfois conflictuels entre technologie et nature.
Cette fidélité à l’esprit original est d’autant plus intéressante que les interrogations imaginées par Osamu Tezuka ont pris une actualité assez saisissante. Lorsqu’il invente Astro Boy au début des années 1950, les robots capables de penser, d’éprouver des sentiments et de cohabiter avec les humains appartiennent entièrement à la science-fiction. En 2027, alors que l’intelligence artificielle est entrée dans la vie quotidienne et que la place des machines dans la société nourrit autant d’enthousiasme que d’inquiétudes, le petit androïde apparaît presque plus contemporain qu’au moment de sa création. Il reste un héros pour enfants, mais l’univers dans lequel il évolue permet de poser des questions que leurs parents connaissent désormais très bien.
Une icône japonaise remise à neuf par des Français
Pour TF1, Astro Boy Reboot possède aussi une particularité de poids : la chaîne ne s’est pas contentée d’acheter une série japonaise sur catalogue. La France occupe une place centrale dans la renaissance du personnage, avec Method Animation aux commandes et une partie de la fabrication réalisée à Angoulême. Le projet associe plusieurs partenaires européens et japonais et s’inscrit dans la stratégie de Mediawan Kids & Family, qui cherche depuis plusieurs années à développer des marques capables de circuler sur les grands marchés internationaux.
TF1 avait d’ailleurs annoncé très tôt son intérêt pour cette nouvelle adaptation. La chaîne voit dans Astro Boy un personnage suffisamment connu pour séduire les adultes qui ont grandi avec ses différentes incarnations, tout en étant assez malléable pour parler à des enfants qui n’ont parfois jamais entendu son nom. C’est précisément l’un des enjeux actuels de la télévision jeunesse : trouver des héros capables de franchir les générations sans donner l’impression aux plus jeunes qu’on leur sert les souvenirs de leurs parents réchauffés au micro-ondes.
La série est naturellement pensée pour voyager. ZDF en Allemagne figure notamment parmi les diffuseurs annoncés autour du projet, tandis que TF1 accueillera la série en France. Cette dimension internationale paraît presque naturelle pour un personnage dont la popularité a largement dépassé les frontières japonaises depuis les années 1960 et qui a déjà connu plusieurs adaptations télévisées, sans oublier le long métrage d’animation sorti en 2009.
Le pari reste néanmoins délicat. Les remakes de grandes licences doivent satisfaire deux publics qui ne demandent pas exactement la même chose : les nouveaux spectateurs veulent une série correspondant aux codes actuels, tandis que les anciens surveillent le moindre changement apporté à leurs souvenirs. Les premières images présentées à Annecy montrent que Method Animation a choisi de ne pas casser la silhouette du héros pour mieux moderniser ce qui l’entoure. Astro Boy reste donc Astro Boy, mais son quotidien, ses pouvoirs et la manière de raconter ses aventures ont été repensés pour les enfants de 2027.
Pour TF1, l’opération permet surtout de mettre la main sur une marque patrimoniale mondialement connue tout en participant directement à sa réinvention. Et pour Astro, qui a traversé plus de sept décennies sans perdre ses bottes rouges ni sa coupe de cheveux impossible, cette nouvelle série constitue moins une résurrection qu’un nouveau départ. Après avoir largement contribué à faire découvrir l’animation japonaise au reste du monde dans les années 1960, le petit robot revient avec une fabrication en partie française et une mission autrement plus compliquée : convaincre une génération qui a grandi entourée de technologies que l’histoire d’un enfant artificiel rêvant simplement de vivre parmi les humains peut encore la surprendre.




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