Télé : ces images des sportives vont bientôt disparaître des écrans
Fini les gros plans jugés voyeuristes et les ralentis déplacés. À l’approche des Championnats d’Europe d’athlétisme, les diffuseurs européens sont invités à changer leur façon de filmer les athlètes féminines.
Un changement discret, mais qui pourrait transformer la manière de regarder le sport à la télévision. À partir des prochains Championnats d’Europe d’athlétisme, organisés à Birmingham du 10 au 16 août, certaines images devenues presque banales pourraient bien disparaître des retransmissions. En ligne de mire : les plans de caméra jugés sexistes ou inutilement sexualisants visant les athlètes féminines.
L’Union européenne de radio-télévision (UER), qui rassemble les principaux diffuseurs publics du continent, vient de publier un guide de recommandations destiné aux réalisateurs et aux équipes de production. Son objectif est clair : mettre fin aux cadrages qui attirent davantage le regard sur le corps des sportives que sur leur performance.
Le document, élaboré avec le concours de l’Association européenne d’athlétisme, invite notamment les diffuseurs – parmi lesquels France Télévisions – à bannir certains gros plans sur les fesses, l’entrejambe ou d’autres parties du corps qui n’apportent rien à la compréhension de la compétition. Les ralentis jugés suggestifs et certains angles de caméra utilisés lors du saut à la perche, du saut en hauteur, du saut en longueur ou encore des courses sont également remis en question.
À l’inverse, l’UER encourage les réalisateurs à privilégier des images qui mettent en valeur la puissance, la technique, la vitesse et la précision des athlètes. Une manière de replacer la performance sportive au centre de la retransmission plutôt que l’apparence physique des compétitrices.
Cette évolution répond à une demande exprimée depuis plusieurs années par de nombreuses sportives. Dans le guide, l’ancienne perchiste britannique Holly Bradshaw, médaillée de bronze aux Jeux olympiques de Tokyo, raconte avoir parfois été davantage préoccupée par la position des caméras que par sa propre compétition. Elle explique également avoir été la cible de commentaires insultants sur les réseaux sociaux après la diffusion de ralentis détournés et largement partagés en ligne.
Même constat pour la championne du monde de saut en longueur Ivana Španović, qui estime que la lutte contre le sexisme ne passe pas uniquement par les images. Selon elle, les commentateurs ont eux aussi un rôle essentiel à jouer en mettant davantage l’accent sur les performances, les qualités techniques et les parcours des athlètes plutôt que sur leur apparence. Un volet qui ne figure toutefois pas encore dans les recommandations publiées par l’UER.
Le débat est loin d’être nouveau. Lors des Jeux olympiques de Paris 2024, plusieurs études avaient déjà mis en évidence des différences de traitement entre les hommes et les femmes à l’écran, notamment dans le choix des cadrages et des ralentis. Les instances sportives avaient alors promis de faire évoluer les pratiques.
Reste désormais à savoir si ces nouvelles recommandations seront pleinement appliquées. Elles ne sont pas juridiquement contraignantes, mais elles fixent une nouvelle ligne directrice pour les diffuseurs européens. Une chose est sûre : les prochains grands rendez-vous d’athlétisme pourraient bien marquer la fin de certains plans de caméra qui faisaient régulièrement polémique, au profit d’une réalisation davantage centrée sur l’exploit sportif que sur le physique des championnes.




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