RMC Life coupe le micro : le crash brutal de “Ça se discute” avec Estelle Denis
Relancer une émission culte ne suffit pas à recréer la magie. Malgré le retour très médiatisé, le magazine sociétal n’a jamais trouvé son public. Audiences faméliques, replay inexistant, malaise éditorial : le pari nostalgie vire déjà au naufrage télévisuel.
Cette fois, le verdict est tombé. Et il est sans appel. Quelques mois seulement après son grand retour à l’antenne, “Ça se discute” disparaît déjà des écrans de RMC Life. Le come-back du mythique magazine créé par Jean-Luc Delarue n’aura jamais réussi à rallumer la flamme des années France 2. Malgré Estelle Denis aux commandes, malgré une forte exposition médiatique et malgré la nostalgie autour du programme culte des années 1990-2000, le public a déserté.
Le lancement, le 15 octobre dernier, avait pourtant tout d’un événement télé. Mais derrière le symbole, les chiffres ont immédiatement refroidi l’ambiance : seulement 123.000 téléspectateurs pour la première émission, soit 0,7% de part d’audience. Un score minuscule pour une chaîne qui espérait créer un rendez-vous fort autour d’une marque patrimoniale de la télévision française.
En interne, l’espoir était de laisser le temps au programme de s’installer. Mais semaine après semaine, les audiences se sont enfoncées. Les sept numéros diffusés ont plafonné à 120.000 fidèles en moyenne. Pire encore : le numéro du 6 janvier s’est effondré à 73.000 irréductibles. Même le replay n’a pas permis de sauver les apparences, avec à peine 8.000 visionnages différés en moyenne.
Le constat est désormais assumé par la direction. Auprès de “Télé-Loisirs”, Stéphane Sallé de Chou, patron des chaînes RMC, reconnaît l’échec : “Nous n’avons pas atteint nos objectifs.” Le dirigeant tente toutefois d’expliquer ce rejet du public par une forme de fatigue collective face aux thèmes abordés. Selon lui, les sujets étaient “trop angoissants dans une époque qui l’est encore plus”. Toute la difficulté consistait à moderniser l’émission sans trahir son ADN. Trop grave, le programme plombait l’ambiance. Trop divertissant, il cessait d’être “Ça se discute”.
Pourtant, il y a encore quelques mois, le discours officiel était bien différent. Fin novembre, Stéphane Sallé de Chou défendait bec et ongles cette relance, parlant même d’un “succès d’image” dans “Le Buzz TV”. Il assurait alors que l’émission fonctionnait sur les réseaux sociaux et auprès des cibles commerciales féminines, tout en plaidant pour davantage de patience afin d’élargir l’audience. Mais la greffe n’a jamais pris.
Cette disparition express illustre surtout les limites du recyclage nostalgique qui envahit les chaînes de télévision. Car si les marques cultes rassurent les diffuseurs, elles ne garantissent plus automatiquement l’adhésion du public. Surtout lorsque le souvenir de l’original reste aussi puissant.
Au milieu de ce fiasco, Estelle Denis, elle, n’a jamais caché son enthousiasme. L’animatrice savourait ce virage plus intime et plus posé dans sa carrière, loin des débats sportifs et des talk-shows nerveux. “Je m’éclate à faire cette émission”, confiait-elle encore à l’automne, heureuse de prendre le temps d’écouter les témoins dans “une société où tout va très vite”. Une parenthèse déjà refermée.



