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jeudi 22 octobre 2026· Newsletter· À propos· Contact
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Apolline de Malherbe : « C’est très inquiétant pour la démocratie » après les violences contre les journalistes

Après son coup de sang contre une pancarte « Médias = diffamation » brandie devant le lycée Turgot, la journaliste de BFMTV explique sa colère et s’inquiète de la multiplication des violences visant les journalistes qui couvrent la mobilisation lycéenne.

Apolline de Malherbe : « C’est très inquiétant pour la démocratie » après les violences contre les journalistes

La colère d’Apolline de Malherbe n’était pas retombée vingt-quatre heures après son intervention en direct sur BFMTV. Lundi 5 octobre, la journaliste avait vivement réagi en découvrant devant le lycée Turgot, à Paris, une pancarte proclamant « Médias = diffamation ». La scène aurait pu rester une simple séquence de télévision parmi d’autres. Elle a pris une autre dimension lorsque la présentatrice a expliqué, le lendemain, pourquoi ce message l’avait autant fait réagir et l’a replacé dans un contexte plus large : celui des violences dont plusieurs journalistes ont été victimes en couvrant la mobilisation lycéenne.

Dans Apolline de 9 à 10, la journaliste avait déjà été confrontée à une situation tendue quelques minutes auparavant. À Lille, un reporter de BFMTV présent aux abords d’un établissement scolaire avait expliqué qu’il avait dû se mettre à l’abri après avoir essuyé des jets de bouteilles. La présentatrice lui avait demandé de reprendre son souffle avant de le remercier pour son reportage. Puis les images du lycée Turgot sont arrivées à l’antenne, avec cette pancarte dirigée contre les médias.

C’est à ce moment qu’Apolline de Malherbe a laissé éclater son agacement. Elle a relevé le paradoxe entre le message affiché et la situation dans laquelle il était montré : la pancarte était précisément filmée par une caméra de télévision qui donnait à ceux qui la brandissaient une exposition nationale. « C’est notre caméra qui est là, de manière calme, qui montre les panneaux, et ces panneaux sont désormais pour nous insulter », a-t-elle déclaré. Elle a également opposé cette scène au travail du journaliste envoyé à Lille, qui tentait de rendre compte des revendications des lycéens alors qu’il était pris pour cible.

« Aujourd’hui, nos équipes sont parfois prises à partie »

Le lendemain, interrogée par Puremédias, Apolline de Malherbe a voulu dépasser le seul épisode de la pancarte. Son inquiétude porte désormais sur les conditions dans lesquelles les journalistes travaillent sur le terrain. « Moi j’ai fait la campagne de François Hollande en 2012 en tant que reporter et je n’ai jamais eu peur sur le terrain », a-t-elle expliqué. Avant d’ajouter : « Aujourd’hui, nos équipes sont parfois prises à partie et je trouve que c’est très inquiétant pour la démocratie. »

La comparaison avec 2012 permet de mesurer ce qu’elle considère comme une évolution préoccupante. À l’époque, la journaliste suivait une campagne présidentielle au plus près des candidats et des militants. Les tensions politiques existaient déjà, les journalistes pouvaient être contestés, mais elle explique n’avoir jamais ressenti la même inquiétude physique sur le terrain. Désormais, les reporters envoyés couvrir une mobilisation peuvent devenir eux-mêmes des cibles.

La question dépasse largement BFMTV. Plusieurs médias ont été confrontés à des incidents au cours des derniers jours. À Marseille, un correspondant de M6 a été agressé le 1er octobre alors qu’il couvrait le blocage du lycée Saint-Exupéry. Le journaliste a été encerclé et frappé et sa caméra a été détruite. Le groupe M6 a annoncé son intention de déposer plainte et a condamné fermement cette agression, rappelant que s’en prendre à un journaliste dans l’exercice de ses fonctions porte atteinte à la liberté d’informer.

L’incident avait été particulièrement violent puisque le journaliste était en train de quitter les lieux lorsqu’il a été pris à partie. Les images qu’il avait réussi à enregistrer avant la destruction de son matériel ont ensuite été diffusées à l’antenne. La chaîne a ainsi montré les images de la mobilisation tout en rendant visible, par la même occasion, la violence subie par celui qui était venu les filmer.

Cette succession d’incidents donne un relief particulier aux propos d’Apolline de Malherbe. La journaliste ne parle pas seulement de critiques contre les médias ou de désaccords éditoriaux. Elle fait une distinction nette entre la contestation du travail journalistique, qui relève du débat démocratique, et les violences ou menaces qui empêchent les reporters d’exercer leur métier.

La défiance envers les médias n’est évidemment pas nouvelle. Les chaînes d’information sont régulièrement accusées par une partie de leur public de privilégier certains sujets, certaines images ou certaines sensibilités politiques. Les journalistes sont interpellés dans les manifestations, leurs choix éditoriaux contestés et leurs reportages commentés en temps réel sur les réseaux sociaux. Mais cette contestation ne justifie pas qu’une équipe soit empêchée de travailler ou qu’un journaliste soit physiquement agressé.

Cette question est d’autant plus sensible pour BFMTV que la chaîne est particulièrement exposée aux critiques politiques. Depuis la rentrée, la nouvelle grille et l’arrivée de Sonia Mabrouk ont déjà provoqué plusieurs débats sur la ligne éditoriale de la chaîne. Le lancement de 100% Mabrouk a notamment suscité des réactions internes et des critiques sur le pluralisme, tandis que la direction défend sa liberté de programmation.

Le paradoxe d’une contestation qui passe par les médias

C’est précisément ce paradoxe qui semble avoir exaspéré Apolline de Malherbe devant le lycée Turgot. Les jeunes manifestants peuvent évidemment dénoncer les médias, critiquer leur traitement du mouvement et refuser de répondre aux questions des journalistes. Ils peuvent également afficher leurs revendications devant les caméras. Mais le message « Médias = diffamation » n’est devenu une séquence nationale que parce qu’une équipe de télévision était présente pour le filmer.

La journaliste a d’ailleurs insisté sur ce point lors de son entretien. « C’est quand même assez cocasse d’utiliser les médias pour faire passer son message », a-t-elle résumé. Son raisonnement est simple : les manifestants reprochent aux médias leur manière de traiter l’information tout en utilisant leur capacité de diffusion pour rendre leur propre message visible.

Mais la séquence ne se résume pas à cette contradiction. Face à Apolline de Malherbe, Marius Mesnil, co-secrétaire de l’Union syndicale lycéenne, a défendu une autre lecture de la couverture du mouvement. Selon lui, les chaînes montrent surtout les situations les plus spectaculaires et les plus violentes. Il a notamment pointé les images de feux visibles sur les écrans du plateau et assuré qu’il existait aussi, dans les établissements mobilisés, des scènes de solidarité et des rassemblements beaucoup plus calmes.

Le débat est donc plus compliqué qu’une simple opposition entre des journalistes qui feraient leur travail et des manifestants qui les rejetteraient. La critique du traitement médiatique est légitime et fait partie du débat public. Un mouvement social peut contester la manière dont il est raconté, dénoncer certains choix d’images ou reprocher aux chaînes de privilégier les affrontements. Les rédactions doivent pouvoir répondre à ces critiques et, lorsque cela est nécessaire, reconnaître leurs erreurs.

Apolline de Malherbe connaît d’ailleurs elle-même le poids de cette exigence. Quelques mois plus tôt, elle avait été rappelée à l’ordre après avoir attribué à Bally Bagayoko une déclaration qu’il n’avait pas prononcée. La journaliste avait reconnu son erreur et présenté ses excuses à l’antenne. L’épisode avait également donné lieu à une intervention de l’Arcom.

Cette affaire rappelle justement la distinction essentielle entre le droit de critiquer les médias et le droit des journalistes à travailler. Les rédactions ne sont pas au-dessus de la critique et leurs erreurs peuvent être dénoncées. Mais le reporter qui se rend devant un lycée bloqué pour filmer, interroger des élèves et rendre compte de la situation n’est pas responsable de toutes les décisions éditoriales de sa chaîne. C’est pourtant lui qui se retrouve parfois directement exposé à la colère.

« J’ai vu nos équipes être exfiltrées de manifestations, je trouve que c’est dramatique et j’attends des journalistes mais aussi des politiques qu’ils s’en emparent », a déclaré Apolline de Malherbe. Elle insiste surtout sur le caractère collectif du problème : « Ce n’est pas un problème de BFMTV », affirme-t-elle, en rappelant que des équipes de M6 et de LCI ont également été prises à partie.

Le précédent de Marseille est particulièrement parlant. Le groupe M6 a lui-même affirmé que « la violence n’est pas acceptable » et annoncé une plainte après l’agression de son correspondant. D’autres équipes de BFMTV avaient également été empêchées de travailler aux abords d’un lycée de Seine-Saint-Denis. Le problème ne se limite donc effectivement pas à une chaîne ou à une personnalité de l’antenne.

Dans ce contexte, la phrase d’Apolline de Malherbe sur la démocratie prend un sens beaucoup plus large que son coup de colère initial. Une démocratie suppose que les citoyens puissent contester, manifester, critiquer les institutions et interpeller les médias. Elle suppose aussi que les journalistes puissent filmer, poser des questions et transmettre les images de ce qui se passe, y compris lorsque les personnes filmées désapprouvent leur présence.

Le débat sur la couverture de la mobilisation lycéenne continuera certainement de nourrir les plateaux des chaînes d’information. Les manifestants continueront de contester les choix des rédactions, tandis que les journalistes continueront de devoir expliquer leurs méthodes. Mais pour Apolline de Malherbe, une ligne rouge est désormais clairement posée : contester le travail des médias appartient au débat démocratique ; empêcher physiquement les journalistes de l’exercer en est une tout autre affaire.

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