NOVO19 : 11 millions perdus, 0,8 % d’audience… l’échec qui secoue Ouest-France
Lancée en fanfare, elle accumule les revers : audiences anémiques, émissions désertées, pertes colossales et salariés inquiets. Certains se demandent déjà si le canal 19 ne risque pas de devenir le plus coûteux trou noir médiatique de ces dernières années.
Quand l’Arcom a attribué le canal 19 à Ouest-France après l’éviction de C8, le groupe breton se voyait déjà en nouveau poids lourd du paysage audiovisuel. Une chaîne différente, enracinée dans les territoires, capable de raconter la France loin du périphérique parisien. Huit mois plus tard, le réveil est brutal.
Selon les données Médiamétrie, NOVO19 oscille depuis le début de l’année entre 0,8 % et 0,9 % de part d’audience mensuelle. Très loin de l’objectif officieux des 2 % généralement évoqué pour atteindre l’équilibre économique.
Le symbole de cet échec porte un nom : « On a du nouveau ». Présenté par Claire Arnoux, ce talk-show devait incarner le visage de la chaîne. Il est devenu son principal casse-tête. Et pour cause : l’émission ne rassemble plus que 14.000 à 17.000 téléspectateurs en moyenne, soit environ 0,1 % du public. Certaines diffusions auraient même enregistré un spectaculaire... 0 % de part d’audience. Une performance rarissime sur la TNT nationale.
Résultat : la quotidienne a été discrètement rétrogradée au rang d’émission hebdomadaire à partir de la prochaine saison. Une décision qui ressemble davantage à une opération de sauvetage qu’à un simple ajustement de grille. Le journal maison « On a de l’info » ne fait guère mieux avec environ 31.000 téléspectateurs chaque soir, soit 0,2 % de part d’audience.
Le plus ironique est ailleurs. Alors que NOVO19 promettait une télévision de proximité, ce sont souvent les rediffusions de films américains et les magazines de faits divers qui réalisent les meilleures performances. Les enquêtes criminelles attirent davantage que les grandes ambitions éditoriales vantées lors du lancement. Un constat qui fait grincer des dents jusque dans les rédactions du groupe.
Car derrière les faibles audiences se cache une réalité financière beaucoup plus inquiétante. Ainsi, l’aventure télévisuelle aurait déjà coûté 11 millions d’euros au groupe SIPA Ouest-France. Une somme considérable pour une chaîne qui peine encore à trouver son public. Plusieurs observateurs du secteur s’interrogent désormais sur la capacité du projet à atteindre la taille critique nécessaire pour survivre sur une TNT de plus en plus concurrencée par les plateformes de streaming et les réseaux sociaux.
Face à la tempête, la direction continue d’afficher sa sérénité. Fabrice Bazard et François-Xavier Lefranc défendent une stratégie qui dépasse la simple diffusion TNT. Pour eux, NOVO19 doit être comprise comme un élément d’un écosystème vidéo plus vaste. Une vision qui s’est récemment traduite par un partenariat avec TF1 permettant de diffuser près de 600 heures de contenus de la chaîne sur les plateformes numériques du groupe privé.
Officiellement, il s’agit d’accroître la visibilité de NOVO19. Officieusement, certains y voient surtout une tentative de trouver des téléspectateurs là où ils se trouvent réellement.
Le problème, c’est que pendant que la chaîne cherche son modèle, Ouest-France traverse lui-même une zone de fortes turbulences. Le quotidien régional affiche un déficit de 33,3 millions d’euros sur l’exercice 2025. Une situation qui alimente les inquiétudes parmi les 4.200 salariés du groupe. Les représentants du personnel réclament davantage d’explications sur la dégradation rapide des comptes.
« On ne comprend pas comment le titre est passé d’une situation économiquement difficile à une telle urgence en moins de deux ans », s’est notamment interrogé Christophe Bredin, délégué syndical CFDT.
Entre la baisse continue des ventes papier, un marché publicitaire en crise et les investissements massifs consentis dans l’audiovisuel, l’équation devient de plus en plus compliquée. Ouest-France reste le premier quotidien régional français, mais sa diversification dans la télévision ressemble aujourd’hui à un pari à très haut risque.
Au point qu’en interne, certains commencent à se demander si NOVO19 deviendra un jour la chaîne qui devait sauver l’avenir du groupe… ou celle qui aura précipité sa plus grave crise depuis des décennies.


