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mercredi 3 juin 2026 · Newsletter · Contact
Médias 30/05/2026

Canal+ défend Xenia Fedorova face à Jean Noël Barot

Recrutée par CNews après l’interdiction de RT France, la journaliste déclenche une guerre politique explosive. Accusée d’être « propagandiste du Kremlin », défendue au nom de la liberté d’expression par Canal+, la journaliste russe est devenue le nouveau symbole du bras de fer entre le gouvernement et l’empire médiatique Bolloré.

Canal+ défend Xenia Fedorova face à Jean Noël Barot

Le feu couvait depuis des mois. Il vient d’exploser en direct. En quelques phrases lâchées sur France Inter, le ministre des Affaires étrangères Jean-Noël Barrot a transformé une chroniqueuse de CNews en affaire d’État. Dans le viseur du gouvernement : Xenia Fedorova, ancienne patronne de RT France devenue figure récurrente des médias du groupe Bolloré.

Le ministre n’a pas pris de gants. Selon lui, la journaliste russe serait une « propagandiste patentée » au service du Kremlin. Offrir une tribune à cette voix ouvertement favorable à Moscou reviendrait, d’après lui, à « servir la soupe à Vladimir Poutine ». Une accusation d’une violence rare, lancée alors que la tension entre l’exécutif et les médias conservateurs atteint un niveau inédit.

Car Xenia Fedorova n’est plus seulement une intervenante médiatique. Elle est devenue un symbole. Depuis la disparition de RT France, interdite dans l’Union européenne après l’invasion de l’Ukraine par la Russie, la journaliste a retrouvé une visibilité maximale sur CNews, Europe 1 et dans les pages du JDNews. Une présence omniprésente qui agace jusque dans les plus hautes sphères de l’État.

La polémique a encore pris de l’ampleur après une enquête du Monde, qui décrit Fedorova comme « la plus influente propagandiste du Kremlin en France » et souligne sa proximité avec Vincent Bolloré. De quoi déclencher un nouvel incendie politique autour de l’influence idéologique du milliardaire breton et de ses médias.

Mais du côté de Canal+, pas question de céder un centimètre. Lors de l’assemblée générale du groupe, son président Maxime Saada a contre-attaqué frontalement. Pour lui, les attaques contre Xenia Fedorova cacheraient en réalité une offensive plus large contre CNews elle-même. Le dirigeant assume pleinement une ligne éditoriale qui revendique la confrontation et le dissensus.

« Sur CNews, on entend des choses qu’on n’entend pas ailleurs », martèle en substance le patron du groupe, qui invoque la liberté d’expression et le pluralisme pour défendre la présence de la journaliste russe à l’antenne. Quitte à choquer. Quitte à provoquer. Quitte à alimenter chaque jour un peu plus une guerre culturelle devenue permanente.

Le problème, pour l’exécutif, est que les prises de position de Xenia Fedorova sur la guerre en Ukraine passent de moins en moins inaperçues. La porte-parole du gouvernement Maud Bregeon a dénoncé des propos « très graves », accusant la chroniqueuse d’inverser les responsabilités entre Moscou et Kiev. En coulisses, plusieurs membres de la majorité s’inquiètent désormais de voir certains récits prorusses gagner du terrain dans le débat public français.

Pendant ce temps, l’intéressée poursuit son installation médiatique. Elle anime également « Lumières orthodoxes », émission religieuse diffusée sur CNews et CStar, renforçant encore sa présence dans la galaxie Bolloré. Une visibilité qui fascine autant qu’elle inquiète.

Derrière l’affaire Fedorova se joue en réalité bien plus qu’une polémique télévisuelle. C’est un affrontement idéologique total entre deux visions des médias : d’un côté, un pouvoir qui redoute la banalisation des récits prorusses ; de l’autre, un groupe audiovisuel qui se pose en dernier bastion de la liberté de ton face au « politiquement correct ».

Et au milieu de ce champ de bataille médiatique, une femme concentre désormais toutes les tensions.

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