« Platini » sur Canal+ : derrière la légende, Michel Platini raconte sa vérité
Longtemps réticent à l’idée de se livrer dans un documentaire, l’ancien numéro 10 a finalement ouvert ses souvenirs à Guillaume Priou. Six épisodes et des archives rares pour revisiter un demi-siècle de football.
Il appartient à cette poignée de footballeurs dont le prénom suffit presque à raconter une époque. Dans la France des années 1980, Michel Platini était partout : dans les cours de récréation, sur les posters punaisés dans les chambres, à la une des journaux et, surtout, au centre du jeu dès que l’équipe de France entrait sur un terrain. Quarante ans plus tard, Canal+ revient sur cette histoire avec « Platini », une série documentaire de six épisodes de trente minutes réalisée par Guillaume Priou et diffusée en deux soirées, les dimanches 23 et 30 août à 21 heures. Trois heures pour retracer une trajectoire qui ne se résume pas aux trois Ballons d’or alignés entre 1983 et 1985, puisqu’elle conduit le gamin de Jœuf jusqu’à la présidence de l’UEFA, avant une chute brutale au moment où il s’apprêtait à viser la FIFA.
Michel Platini avait jusque-là résisté aux propositions de documentaires consacrés à sa vie. Il a notamment expliqué avoir décliné une offre venant d'Anglo-saxons, peu convaincu par la manière dont son parcours risquait d’être raconté. Guillaume Priou a fini par obtenir son accord et, surtout, du temps. Plusieurs mois d’entretiens ont permis de revenir sur les différentes vies de Platini, tandis qu’un important travail dans les archives, notamment celles de l’INA, a fait remonter des images parfois peu vues. Le résultat ne cherche donc pas seulement à remettre bout à bout les buts, les trophées et les grandes dates d’une carrière que les amateurs de football connaissent déjà par cœur. Platini parle de son père Aldo, de ses débuts, de ses échecs, de la Juventus, des Bleus, mais aussi de cette seconde carrière de dirigeant qui l’a conduit au sommet du football européen avant de bouleverser sa vie.
De Jœuf à Turin, une France sous le charme
L’histoire commence à Jœuf, en Meurthe-et-Moselle, dans une famille où le football occupe déjà une place importante. Son père Aldo est entraîneur et Michel apprend très tôt à compenser un physique qui n’impressionne personne par une qualité technique et une intelligence de jeu qui, elles, vont rapidement faire la différence. Metz ne le retient pas, Nancy lui donne sa chance. Il y devient professionnel avant de rejoindre Saint-Étienne en 1979, à une époque où les Verts restent le grand club populaire français. Trois ans plus tard, la Juventus Turin vient le chercher.
L’Italie va faire de lui une vedette internationale. Dans un championnat qui concentre alors une bonne partie des meilleurs joueurs de la planète, Platini s’impose à la Juventus et décroche trois Ballons d’or consécutifs, en 1983, 1984 et 1985. Les témoignages réunis par Guillaume Priou permettent de retrouver ce joueur-là autrement qu’à travers une compilation de buts. Zico, Karl-Heinz Rummenigge, Dino Zoff, Marco Tardelli ou Zbigniew Boniek racontent un adversaire ou un partenaire qui n’avait pas besoin d’être le plus rapide pour dicter le rythme d’un match.
En France, la relation est encore différente. Platini accompagne le réveil d’une équipe nationale qui n’avait plus connu de véritable grande période depuis les années 1950. La Coupe du monde 1982 et la terrible demi-finale de Séville face à la RFA installent une génération dans le cœur du public, mais c’est l’Euro 1984 qui fait définitivement basculer Platini dans une autre catégorie. Capitaine des Bleus, il inscrit neuf buts en cinq rencontres et conduit la France au premier grand titre de son histoire. Alain Giresse, Luis Fernandez, Patrick Battiston et Maxime Bossis font partie des témoins appelés à raconter cette période où l’équipe de France s’est mise à gagner et où son numéro 10 était devenu l’un des visages les plus connus du pays.
Le documentaire ne transforme pourtant pas ces années en album de souvenirs heureux. La carrière de Platini comporte une date qu’aucun récit sérieux ne peut contourner : le 29 mai 1985. Ce soir-là, la Juventus affronte Liverpool au stade du Heysel, à Bruxelles, en finale de la Coupe d’Europe des clubs champions. Avant la rencontre, les violences et un mouvement de foule provoquent la mort de 39 personnes. Le match est malgré tout disputé et Platini inscrit sur penalty le but de la victoire turinoise. Les célébrations de l’époque ont évidemment pris un tout autre sens à mesure que le football a regardé en face cette catastrophe. Guillaume Priou revient sur cette soirée sans chercher à la dissocier artificiellement du reste de la carrière de son personnage.
Quand le joueur devient homme de pouvoir
Platini arrête de jouer en 1987, à 31 ans. Sa retraite sportive ne signifie pourtant pas son départ du football. Il devient sélectionneur de l’équipe de France, puis coprésident du comité français d’organisation de la Coupe du monde 1998 avant d’entrer progressivement dans les instances internationales. En 2007, il bat Lennart Johansson et devient président de l’UEFA. Le changement est considérable : celui qui décidait autrefois du jeu sur le terrain participe désormais aux décisions économiques et politiques qui façonnent le football européen.
Didier Deschamps, autre capitaine des Bleus devenu entraîneur puis sélectionneur, figure parmi ceux qui témoignent dans la série. Cette partie du récit est essentielle parce qu’elle montre à quel point Platini a refusé de devenir un ancien champion vivant uniquement de ses souvenirs. Il voulait peser sur son sport et finit par occuper l’un de ses postes les plus puissants. Au milieu des années 2010, la présidence de la FIFA apparaît comme l’étape suivante et sa candidature semble crédible au moment où le règne de Sepp Blatter arrive à son terme.
C’est précisément à cet instant que son parcours bascule. L’affaire du paiement de deux millions de francs suisses versés par la FIFA à Platini pour un travail de conseiller effectué plusieurs années auparavant entraîne sa suspension et met fin à ses ambitions de présidence de la fédération internationale. S’ouvrent alors plusieurs années de procédures au cours desquelles l’ancien président de l’UEFA conteste les accusations portées contre lui. Michel Platini et Sepp Blatter seront finalement acquittés par la justice pénale suisse, mais cette issue ne change rien au constat politique : sa carrière de dirigeant international s’est arrêtée avec cette affaire.
C’est sur ce terrain que « Platini » prend une autre dimension. Le personnage ne se prête pas facilement au portrait lisse. Il a connu une popularité immense comme joueur, puis le pouvoir et les controverses comme dirigeant. À 71 ans, il accepte désormais de revenir sur ces différentes vies et explique également avoir voulu laisser ce récit à ses petits-enfants.
Toute une génération garde en mémoire ses coups francs, le carré magique, Séville, l’Euro 1984 et les années turinoises. Une autre connaît surtout l’ancien président de l’UEFA et les affaires qui ont accompagné sa sortie des instances du football. En faisant dialoguer ces deux histoires plutôt qu’en choisissant la plus confortable, Guillaume Priou redonne de l’épaisseur à un personnage que les images d’archives avaient fini par enfermer soit dans la légende du numéro 10, soit dans celle du dirigeant déchu.
Ces trois heures racontent ainsi davantage qu’une carrière sportive exceptionnelle. Elles suivent un homme qui, après avoir dominé son époque sur les terrains, a voulu continuer à compter lorsque les crampons ont été rangés. Michel Platini a consacré une première vie à jouer au football et une seconde à tenter de le gouverner. La première l’a installé parmi les plus grands. La seconde a rendu son histoire beaucoup plus compliquée — et, forcément, beaucoup plus intéressante à raconter.
« Platini », dimanche 23 août à 21h sur Canal+. Deuxième partie dimanche 30 août à 21h.




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