On a vu « Les Maîtres de l’univers » : Musclor revient, mais a-t-il encore la force ?
Quarante ans après avoir fait gonfler les biceps des cours de récréation, Musclor revient sous les traits de Nicholas Galitzine. Travis Knight tente de moderniser le phénomène des années 1980 sans trahir les fans. Le résultat est spectaculaire, souvent amusant, mais beaucoup trop sage.
Il fallait une certaine dose d’inconscience pour ressortir Musclor de son château. Né au début des années 1980 pour vendre des figurines Mattel avant de devenir le héros d’un dessin animé culte, le blond le plus musclé d’Eternia appartient à une époque où un slip en fourrure, un glaive et quelques muscles suffisaient à sauver l’univers. Plus de quarante ans plus tard, Travis Knight devait donc résoudre un sérieux problème : comment faire revenir He-Man sans transformer Les Maîtres de l’univers en gigantesque plaisanterie ?
Le réalisateur de Bumblebee a choisi de jouer sur les deux tableaux. Respecter suffisamment la mythologie pour ne pas provoquer une guerre chez les nostalgiques et glisser assez de second degré pour convaincre ceux qui trouvent tout cela franchement kitsch. Nicholas Galitzine incarne Adam, héritier d’Eternia contraint de revenir sur sa planète après des années d’absence. Il y découvre un royaume ravagé et passé sous la coupe de Skeletor, auquel Jared Leto prête sa voix et sa démesure.
Pour récupérer son monde, Adam doit retrouver Teela (Camila Mendes) et Duncan, alias Man-At-Arms (Idris Elba), avant d’accepter enfin ce qu’il est : Musclor, « l’homme le plus puissant de l’univers ». L’épée ressort, les muscles aussi et la formule que toute une génération connaît par cœur peut enfin retentir : « Par le pouvoir du Crâne ancestral, je détiens la force toute-puissante ! »
Un petit air de « Barbie », mais sans aller jusqu’au bout
C’est lorsqu’il confronte cet improbable héros des années Reagan à notre époque que le film trouve ses meilleurs moments. Difficile de ne pas penser à Ken dans Barbie. Même physique sculpté, même masculinité tellement appuyée qu’elle en devient drôle, même décalage entre l’image du mâle absolu et un monde qui a beaucoup changé depuis les années 1980. Nicholas Galitzine comprend parfaitement le jeu et sait faire exister Adam derrière les pectoraux.
Seulement voilà : Travis Knight n’est pas Greta Gerwig. Là où Barbie s’amusait à dynamiter joyeusement son propre mythe, Les Maîtres de l’univers hésite. Une vanne, un clin d’œil, puis retour au grand récit héroïque avec musique martiale et destin à accomplir. Le film aurait gagné à pousser beaucoup plus loin l’autodérision. Avec Skeletor, des guerriers bodybuildés, des armures impossibles et une mythologie aussi psychédélique, le terrain était pourtant idéal.
Reste un blockbuster généreux qui sait pourquoi son public est venu. Eternia en met plein les yeux, les combats sont efficaces et Jared Leto peut enfin cabotiner sans qu’on lui demande de se calmer : lorsqu’on joue Skeletor, la discrétion n’est de toute façon pas vraiment prévue dans la fiche de poste. Idris Elba apporte sa présence habituelle et Camila Mendes évite à Teela de n’être qu’une faire-valoir au milieu de cette avalanche de testostérone.
Les nostalgiques retrouveront surtout ce plaisir légèrement coupable qui consiste à voir prendre vie les personnages avec lesquels ils jouaient il y a quarante ans. Le film de 1987 avec Dolph Lundgren avait laissé un souvenir pour le moins contrasté. Cette nouvelle version possède autrement plus de moyens et comprend mieux ce qui faisait le charme de cet univers : il faut croire suffisamment à Eternia pour avoir envie d’y retourner, mais pas au point d’oublier que tout a commencé dans un rayon de jouets.
C’est précisément là que cette nouvelle adaptation reste au milieu du gué. Elle réussit à rendre Musclor fréquentable en 2026, ce qui n’était déjà pas gagné, mais n’ose pas complètement s’amuser avec lui. On aurait aimé un peu moins de révérence et beaucoup plus de culot.
« Les Maîtres de l’univers », de Travis Knight, avec Nicholas Galitzine, Camila Mendes, Idris Elba et Jared Leto. Disponible sur Prime Video.




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