« Les Évaporés » : France 2 lance un polar sur ceux qui choisissent de disparaître
Alexia Barlier incarne une commandante de police qui plaque tout pour rejoindre une étonnante équipe de bénévoles. Leur mission : retrouver des adultes partis sans laisser d’adresse et comprendre ce qui les a poussés à tout quitter.
Ils sont partis sans être enlevés, sans forcément être menacés et parfois sans même laisser un mot. Des adultes qui décident un jour de rompre avec leur famille, leur travail, leurs amis et leur ancienne vie. C’est dans cet univers beaucoup moins connu que celui des disparitions criminelles que France 2 installe « Les Évaporés », sa nouvelle série portée par Alexia Barlier, Foëd Amara et Faustine Koziel. Six épisodes de 52 minutes, disponibles en intégralité dès le jeudi 27 août sur france.tv, avant une diffusion à partir du mercredi 9 septembre à 21h10 sur France 2.
Le sujet est suffisamment fort pour ne pas avoir besoin d’en rajouter. France Télévisions et Storia Television estiment qu’entre 5 000 et 10 000 personnes disparaissent volontairement chaque année en France. Cette fourchette est avancée par la production et doit être considérée comme telle. Surtout, depuis la suppression en 2013 de la procédure administrative de recherche dans l’intérêt des familles, la disparition volontaire d’un adulte ne déclenche pas systématiquement de recherches lorsqu’aucun élément inquiétant n’est caractérisé. Cela ne signifie évidemment pas que la police ne peut plus enquêter sur la disparition d’un majeur : lorsqu’elle présente un caractère inquiétant, les recherches peuvent être engagées. C’est cette frontière, entre la liberté d’un adulte de partir et l’angoisse de ceux qu’il abandonne derrière lui, qui fournit à la série son moteur.
Chercher ceux qui ont choisi de partir
Au centre de l’histoire, Esther Bazin connaît parfaitement les méthodes de la police puisqu’elle est commandante à Nantes. Lorsqu’on la découvre, elle vient enfin d’arrêter le tueur qu’elle traquait depuis trois ans, une obsession professionnelle menée au détriment de sa famille. Esther décide alors de démissionner pour retrouver son mari Mathias et leur fils Théo. Mauvais timing : lorsqu’elle rentre chez elle, Mathias a disparu. Il a laissé un mot et rien ne permet immédiatement d’établir qu’il a été victime de quoi que ce soit. L’ancienne enquêtrice qui a passé sa vie à chercher les autres se retrouve brutalement incapable de savoir où est son propre mari.
Elle rencontre alors Douma et Frankie, deux bénévoles du Groupe de Recherche des Disparitions Volontaires (GRDV). L’organisme n’existe pas : il a été imaginé pour la série afin d’incarner l’aide susceptible d’être apportée aux familles confrontées à ces départs. Douma, 37 ans, est coach de basket. Calme et pragmatique, il constitue le point d’équilibre du groupe. Frankie, 26 ans, est créatrice d’un jeu d’énigmes à succès. Plus instinctive, beaucoup plus imprévisible, elle possède une manière de raisonner qui tranche avec les réflexes policiers d’Esther. Lorsque les deux bénévoles découvrent que Mathias aurait été aperçu avec une femme après sa disparition, un marché se noue : ils aideront Esther à le retrouver et elle mettra son expérience de flic au service de leurs recherches.
C’est cette association qui donne aux « Évaporés » une couleur différente de celle du traditionnel polar de prime time. Pas de meurtre obligatoire au début de chaque épisode, pas de cadavre autour duquel installer une galerie de suspects et pas nécessairement de coupable à confondre cinquante minutes plus tard. Hélène Duchateau, Mathieu Gleizes et Raphaël Luc, les créateurs de la série, ont choisi de déplacer la question. Il ne s’agit plus seulement de savoir où se trouve quelqu’un, mais de comprendre pourquoi cette personne a pu décider d’abandonner son existence. France Télévisions et Storia Television revendiquent d’ailleurs un « polar sans scène de crime », dans lequel la reconstitution d’une trajectoire humaine remplace en partie l’enquête criminelle classique.
Les dossiers confiés au trio exploitent largement cette mécanique. Georges, 75 ans, disparaît sur le quai de Pornic pendant un voyage organisé et son passé se révèle beaucoup moins paisible que prévu. Manon s’est volatilisée depuis cinq semaines après un enterrement de vie de jeune fille. Samuel, journaliste appartenant à un couple très exposé, disparaît après avoir reçu un étrange appel téléphonique. Dans le dernier épisode, le GRDV rouvre même le dossier d’Antoine, disparu depuis quinze ans, lorsque sa mère affirme l’avoir soudainement aperçu. Pendant ce temps, Esther poursuit la piste de Mathias et découvre progressivement que son mari cherchait à entrer en contact avec un certain Christophe Absi.
Un nouveau rôle de flic pour Alexia Barlier, mais pas tout à fait
Pour Alexia Barlier, l’univers policier n’a évidemment rien de nouveau. La comédienne a notamment incarné Eva Blum pendant plusieurs saisons de « Falco », puis tenu le rôle principal de « Sophie Cross », où elle jouait déjà une femme confrontée à la disparition de son enfant avant de devenir policière. Elle est également passée par La Forêt, Noces rouges, La Dernière Vague, Plan cœur ou plus récemment Flair de famille. Avec Esther Bazin, elle reste donc sur un terrain qu’elle connaît parfaitement, mais le scénario lui retire rapidement ce qui constitue habituellement la force d’un personnage de flic : son badge, ses fichiers, son commissariat et la possibilité d’utiliser légalement toute la machine policière.
Foëd Amara, notamment connu pour Braquo, campe Douma tandis que Faustine Koziel incarne Frankie. Vincent Garanger joue Dominique Malherbe, ancien supérieur et ami d’Esther, Simon Zampieri son fils Théo et Pierre Rochefort Mathias, le mari disparu autour duquel se construit le fil rouge. Charles Templon, Éric Pucheu et Bastien Ughetto complètent notamment la distribution, avec les participations de Philippe Lefebvre dans le rôle de Christophe Absi et de Catherine Arditi dans celui de Marie-Line, la grand-mère de Frankie. AlloCiné confirme une première saison constituée de six épisodes de 52 minutes et ce casting principal.
La série possède également un fort ancrage dans l’Ouest. Le tournage s’est déroulé entre novembre 2025 et février 2026 dans les Pays de la Loire, notamment à Nantes, Clisson et Pornic et dans leurs environs. Les trois premiers épisodes ont été confiés à Émilie Grandperret, les trois suivants à David Morley. Storia Television, société du groupe Mediawan, assure la production, aux côtés de France Télévisions et de la société belge Sequel Prod. Les ventes internationales sont confiées à Mediawan Rights. Scriptoclap confirme notamment les lieux de tournage et le découpage de la réalisation entre les deux cinéastes.
Nantes et sa région comme terrain de jeu
Le décor nantais n’est d’ailleurs pas qu’une toile de fond. Pornic intervient directement dans l’une des enquêtes avec la disparition de Georges sur le quai, tandis que Nantes constitue le territoire professionnel d’Esther. La série a ainsi été pensée et tournée dans la même région, plutôt que de faire passer quelques plans de carte postale pour un décor entièrement fabriqué ailleurs.
Reste le véritable intérêt des « Évaporés » : faire d’une absence le cœur d’une enquête sans transformer systématiquement cette absence en affaire criminelle. Esther, Douma et Frankie ne cherchent pas uniquement des indices ; ils reconstituent des existences, interrogent des proches qui n’avaient parfois rien vu et découvrent ce qu’un conjoint, un parent ou un enfant avait soigneusement caché. La disparition de Mathias renvoie constamment Esther à cette même question. Elle connaissait les habitudes de son mari, partageait sa maison et élevait un enfant avec lui. Cela ne signifie pas qu’elle savait tout de sa vie.
Avec « Les Évaporés », France 2 reste donc sur l’un de ses terrains les plus solides, le polar, mais tente d’en modifier suffisamment les règles pour éviter le sempiternel cadavre découvert dans les cinq premières minutes. Ici, retrouver le disparu n’est que la moitié de l’affaire. L’autre consiste à comprendre pourquoi il ne voulait plus être retrouvé. Et pour Esther Bazin, cette question-là devient très vite personnelle.
« Les Évaporés », 6 x 52 minutes. En intégralité dès le jeudi 27 août sur france.tv et à partir du mercredi 9 septembre à 21h10 sur France 2.




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