BREAKING
Rentrée télé 2026 : Télématin, Koh-Lanta, Quotidien, Hanouna… toutes les dates à retenir Ce soir à la télé : PSG-Rennes, Kevin Costner ou Ahmed Sylla, nos choix de ce dimanche Formule 1 : sur quelle chaîne suivre le Grand Prix des Pays-Bas ? Raphaël Glucksmann au 20H de TF1 : ce dimanche peut tout changer pour Léa Salamé « The Voice Kids » revient en baisse, France 3 rafle la mise avec une rediffusion « Télématin » : Maya Lauqué seule aux commandes, France 2 joue gros dès lundi « The Voice Kids » : Lila, la fille de Jamel Debbouze, avance sans plan B Rentrée télé 2026 : Télématin, Koh-Lanta, Quotidien, Hanouna… toutes les dates à retenir Ce soir à la télé : PSG-Rennes, Kevin Costner ou Ahmed Sylla, nos choix de ce dimanche Formule 1 : sur quelle chaîne suivre le Grand Prix des Pays-Bas ? Raphaël Glucksmann au 20H de TF1 : ce dimanche peut tout changer pour Léa Salamé « The Voice Kids » revient en baisse, France 3 rafle la mise avec une rediffusion « Télématin » : Maya Lauqué seule aux commandes, France 2 joue gros dès lundi « The Voice Kids » : Lila, la fille de Jamel Debbouze, avance sans plan B
⭐ Premium
lundi 24 août 2026 · Newsletter · À propos · Contact
TV

« Les cent ans de la Route 66 » : Arte prend la route d’une Amérique qui ne fait plus rêver

De Chicago à Santa Monica, la « Mother Road » fête son centenaire. Arte remonte ses 4 000 kilomètres pour confronter le rêve américain à ceux qui vivent encore sur ses bas-côtés. Un road-trip où la légende prend quelques bosses.

« Les cent ans de la Route 66 » : Arte prend la route d’une Amérique qui ne fait plus rêver

Il suffit d’un panneau bleu frappé du nombre 66 pour que le cinéma se mette en marche. Une décapotable, un diner perdu au bord de la route, une pompe à essence devant laquelle personne n’est venu faire le plein depuis trente ans, quelques néons dans la nuit et le désert jusqu’à l’horizon. La Route 66 n’est plus officiellement une route américaine depuis 1985 mais elle n’a jamais autant voyagé dans les têtes. Cent ans après sa création, Arte lui consacre Les cent ans de la Route 66 : un road-trip de légende, un documentaire de 91 minutes réalisé par Tom Noga, disponible sur arte.tv et rediffusé vendredi 21 août à 6h15. L’anniversaire fournit le prétexte. Le film, lui, s’intéresse surtout à ce qu’il reste du rêve.

Car 2026 marque réellement le centenaire de la Route 66. Son numéro lui fut officiellement attribué le 11 novembre 1926, lors de la mise en place du réseau fédéral américain. À l’origine, l’itinéraire courait sur quelque 2 448 miles, soit près de 3 940 kilomètres, entre Chicago et Los Angeles, en traversant huit États : Illinois, Missouri, Kansas, Oklahoma, Texas, Nouveau-Mexique, Arizona et Californie. Contrairement à une idée largement entretenue par la légende, la route n’était pas entièrement asphaltée à sa naissance : il faudra attendre 1938 pour qu’elle le soit sur toute sa longueur.

Le documentaire de Tom Noga part donc de Chicago pour rejoindre Santa Monica, terminus devenu emblématique de la Route 66 dans l’agglomération de Los Angeles. Entre les deux, l’Amérique change plusieurs fois de visage. Les collines verdoyantes de l’Illinois et du Missouri cèdent la place aux immenses plaines de l’Oklahoma et du Texas, puis aux paysages arides du Nouveau-Mexique et de l’Arizona avant l’arrivée en Californie. C’est l’Amérique que des générations d’Européens ont rêvée avant même de l’avoir vue, celle des grands espaces, du départ sans billet de retour et de cette promesse enfantine selon laquelle il suffirait de prendre la route vers l’Ouest pour recommencer sa vie.

La route des réfugiés du Dust Bowl

La légende n’est pourtant pas née dans les agences de voyages. Dans les années 1930, alors que la Grande Dépression ravage le pays et que le Dust Bowl chasse des centaines de milliers d’Américains des Grandes Plaines, la 66 devient un axe d’exode vers la Californie. Des familles entières prennent la route avec ce qu’elles peuvent entasser dans leur voiture ou leur camion. John Steinbeck en fera l’une des artères des Raisins de la colère, publié en 1939, et lui donnera son surnom passé à la postérité : la « Mother Road ».

La Californie promise au bout du voyage n’a alors rien du paradis hollywoodien. Beaucoup de migrants découvrent les emplois précaires, les camps et une misère à peine différente de celle qu’ils ont laissée derrière eux. Le Congrès américain reconnaît aujourd’hui officiellement le rôle de la Route 66 comme « route vers l’opportunité » pour ceux qui fuyaient le Dust Bowl. Pendant la Grande Dépression, les travaux de pavage fournissent également des emplois à des milliers d’ouvriers. Durant la Seconde Guerre mondiale, l’axe devient stratégique pour transporter soldats, matériel et marchandises vers l’Ouest.

C’est après 1945 que la route change véritablement de statut. L’Amérique entre dans l’ère de l’automobile triomphante, les familles partent en vacances et les bas-côtés de la 66 se couvrent de motels, stations-service, garages, restaurants et attractions parfois franchement extravagantes destinées à faire ralentir l’automobiliste. L’économie de la route invente une partie de l’imagerie américaine que nous connaissons encore : enseignes au néon, diners, motels avec piscine, gigantesques panneaux publicitaires et architecture conçue pour être repérée à 90 km/h. Le voyage n’est plus seulement un déplacement. Il devient une consommation.

La musique fait le reste. Bobby Troup écrit « (Get Your Kicks on) Route 66 » en 1946, immédiatement popularisé par Nat King Cole avant d’être repris par Chuck Berry et des dizaines d’autres artistes dont Depeche Mode. La télévision américaine lui consacre même, entre 1960 et 1964, la série Route 66. Puis viennent les écrivains, les photographes, les chansons et le cinéma. La route finit par devenir un décor mental mondial. Bien plus tard, Pixar en fera encore l’un des personnages invisibles de Cars, dont Radiator Springs condense les petites villes abandonnées par la circulation moderne.

L’autoroute qui a tué la Route 66

Car derrière la légende se cache une histoire économique beaucoup plus brutale. En 1956, sous la présidence de Dwight Eisenhower, les États-Unis lancent leur gigantesque réseau d’Interstates. Plus larges, plus rapides et conçues pour contourner les villes, ces autoroutes condamnent progressivement la vieille 66. L’automobiliste qui s’arrêtait autrefois déjeuner, dormir ou faire le plein dans une petite commune peut désormais la dépasser sans même apercevoir son clocher. Pour des centaines de commerces, la modernité prend la forme d’une bretelle d’autoroute qui passe quelques kilomètres plus loin.

Le dernier tronçon est contourné par l’Interstate 40 à Williams, en Arizona, en 1984. Le 27 juin 1985, l’U.S. Route 66 est officiellement retirée du réseau fédéral. Elle cesse juridiquement d’exister comme route nationale. Motels et stations ferment, certaines villes déclinent et des bâtiments sont abandonnés. Mais c’est précisément au moment de sa disparition administrative que commence sa seconde vie. Associations, collectivités et passionnés se mobilisent pour préserver les portions historiques. Des panneaux « Historic Route 66 » réapparaissent et les voyageurs reviennent chercher ce que l’autoroute leur avait fait perdre : le temps de regarder ce qu’il y a entre le point de départ et celui d’arrivée.

Tom Noga ne se contente heureusement pas d’aligner les Cadillac, les jukebox et les enseignes vintage. Son voyage cherche les fissures derrière la carte postale. Sur cette route qui a longtemps raconté l’Amérique blanche conquérant l’Ouest, le réalisateur donne aussi la parole à ceux que le récit officiel a moins souvent placés au premier plan : Amérindiens et Hispano-Américains, habitants des territoires traversés bien avant que l’administration de Washington ne trace une ligne sur une carte. Il rencontre également les personnages qui continuent de faire vivre cette route, voyageurs de passage, habitants de petites villes, rednecks, travailleurs agricoles et originaux installés au milieu de nulle part.

C’est là que le documentaire devient plus intéressant qu’un beau catalogue pour touristes. La Route 66 raconte plusieurs Amériques en même temps. Celle qui promettait la liberté et celle qui la réservait à certains. Celle des migrations vers une vie meilleure et celle des populations dont les terres avaient été conquises. Celle de la prospérité automobile des années 1950 et celle des villages rayés de la carte économique par les autoroutes vingt ans plus tard. La « Mother Road » n’a jamais été uniquement une route heureuse.

Cent ans après, l’Amérique célèbre son propre mythe

Le centenaire lui offre aujourd’hui une nouvelle jeunesse. Le Congrès américain a créé dès 2020 une Route 66 Centennial Commission chargée de préparer les célébrations de 2026. Manifestations, programmes de préservation, tourisme, recherche et projets éducatifs accompagnent l’anniversaire dans les huit États traversés. L’objectif dépasse la nostalgie : derrière les vieilles pompes à essence restaurées et les enseignes au néon se joue aussi la survie économique de nombreuses communautés qui ont retrouvé grâce au tourisme une partie de l’activité perdue après 1985.

Le paradoxe est savoureux. Une route supprimée il y a quarante et un ans célèbre aujourd’hui ses cent ans avec une commission officielle créée par le gouvernement fédéral. Elle est devenue plus célèbre morte que vivante. Et les visiteurs étrangers participent largement à cette résurrection : on vient désormais du monde entier pour parcourir des tronçons qu’une bonne partie des Américains pressés préfèrent éviter en empruntant les Interstates.

Le documentaire d’Arte tombe donc au bon moment, mais il évite de souffler docilement les cent bougies. Derrière la liberté sur quatre roues, il interroge ce que cette promesse signifie encore dans les États-Unis de 2026. L’image du pays a changé, y compris auprès des Européens qui ont longtemps fantasmé cette Amérique à travers le rock’n’roll, Hollywood, les grands espaces et la Californie. Le voyage de Chicago à Los Angeles devient ainsi une manière de confronter le vieux rêve américain au pays réel.

C’est finalement la meilleure idée de ces Cent ans de la Route 66. Ne pas embaumer la légende. Les vieux motels, les stations-service désertées, les néons et les kilomètres de bitume craquelé sont bien là, mais ils servent à raconter un pays plutôt qu’à fabriquer un album de souvenirs. La 66 a transporté des migrants, des soldats, des familles en vacances et des générations de rêveurs. Elle a enrichi des villes avant que les autoroutes ne les étranglent. Elle a été supprimée, ressuscitée puis transformée en monument national sans murs ni toit. Un siècle après sa naissance, on continue pourtant de prendre son volant avec la même idée : voir si, quelque part après le prochain virage, il reste encore un morceau d’Amérique à découvrir.

« Les cent ans de la Route 66 : un road-trip de légende », documentaire de Tom Noga, 91 minutes, disponible sur arte.tv et rediffusé vendredi 21 août à 6h15 sur Arte.

Publicité

Commentaires

0

Aucun commentaire pour le moment. Soyez le premier à réagir.