Jean-Luc Lemoine viré de « Samedi d’en rire » : « Je n’avais jamais vu ça »
Après sept saisons à la tête de « Samedi d’en rire », l'humoriste dit avoir découvert son éviction dans la presse. Deux chroniqueurs claquent la porte et Bernard Montiel, son successeur, répond sèchement aux critiques.
Il en a connu, des changements de grille, des émissions qui s’arrêtent et des animateurs que l’on remercie plus ou moins élégamment. Mais celle-là, Jean-Luc Lemoine ne l’avait visiblement pas vue venir. Après sept saisons passées à la tête de « Samedi d’en rire » sur France 3, l’humoriste ne sera pas de retour à la rentrée. L’émission, elle, continue. Et c’est précisément ce qui rend la pilule plus difficile à avaler : Jean-Luc Lemoine assure avoir appris son remplacement non pas par sa direction ou par la production, mais en découvrant une information publiée sur Internet.
Dans un long message publié mercredi 19 août sur les réseaux sociaux, l’animateur raconte avoir découvert la décision à la fin du mois de juin. « Ce n’était pas ma décision. Je l’ai appris via une news Internet de Clément Garin car visiblement, on avait oublié de m’appeler pour me le dire », écrit-il, avant d’ajouter avec son ironie habituelle : « Ou peut-être qu’ils n’ont plus mon numéro. » Derrière la formule, la vexation est réelle. Après sept années passées à incarner le rendez-vous du samedi après-midi, il estime qu’un simple appel aurait été la moindre des choses.
Ce qui l’a surtout surpris, c’est l’absence totale de signe avant-coureur. Quelques jours auparavant, la directrice de production l’avait contacté afin de fixer les premières dates de tournage de la huitième saison. Jean-Luc Lemoine pensait donc naturellement repartir pour un tour. « Avec le temps, je commence à avoir un peu d’expérience dans les médias mais franchement, je n’avais jamais vu ça », lâche-t-il. Une phrase qui résume assez bien le sentiment d’avoir été débarqué alors que tout semblait encore rouler normalement.
Une émission qui ne s’arrête pas, bien au contraire
Le paradoxe est d’autant plus grand que « Samedi d’en rire » n’est pas supprimé faute de public. Lancé en septembre 2019 sur France 3, le programme avait démarré modestement avec 634.000 téléspectateurs et 6,4 % de part d’audience, avant de progresser au fil des mois. À plusieurs reprises, il a ensuite franchi le million de fidèles et même dépassé les 12 % de part d’audience. France Télévisions avait d’ailleurs souligné quelques années plus tard que l’émission réunissait en moyenne plus de 1,3 million de personnes sur son créneau. Le programme avait fini par devenir suffisamment solide pour être décliné, allongé puis multiplié dans la grille.
Cette saison encore, France 3 ne se contente plus d’un seul numéro. Quatre émissions peuvent désormais s’enchaîner le samedi après-midi, de 13h30 jusqu’en fin d’après-midi. C’est justement l’argument avancé par Jean-Luc Lemoine pour souligner l’étrangeté de son éviction : le programme ne disparaît pas et son exposition n’a cessé d’augmenter. « L’émission ne s’arrête pas, puisque les audiences sont très bonnes », rappelle-t-il, tout en constatant qu’elle se poursuivra simplement sans celui qui l’incarnait depuis sept ans.
L’animateur refuse toutefois d’entrer dans une guerre ouverte avec France Télévisions. Il dit préférer retenir « sept saisons de bonheur absolu » avec l’équipe et le public. Pendant toutes ces années, il était entouré de Nadège Beausson-Diagne, Marc Toesca et Yoann Riou dans un programme construit autour des archives de l’humour, de la chanson française et d’une bonne dose de nostalgie. Une formule sans agressivité, loin des plateaux où Jean-Luc Lemoine s’était fait connaître quelques années plus tôt comme l’un des snipers de « Touche pas à mon poste ».
Marc Toesca et Yoann Riou claquent la porte
Marc Toesca a immédiatement annoncé qu’il ne continuerait pas l’émission sans Jean-Luc Lemoine. L’ancien animateur du « Top 50 » a d’abord salué les sept années passées aux côtés de celui qu’il décrit comme un homme « drôle » et « bienveillant », avant de sortir les griffes contre le choix de son successeur. Bernard Montiel en prend pour son grade, qualifié de « courtisan inodore, incolore, sans saveur », puis de « quiche ». Rarement un changement de présentateur d’un divertissement du samedi après-midi aura provoqué une sortie aussi violente.
Yoann Riou a choisi une autre méthode, mais la conclusion est la même. Lui aussi quitte « Samedi d’en rire ». Le journaliste de L’Équipe explique simplement qu’après sept saisons d’une ambiance qu’il décrit comme exceptionnelle, il ne souhaitait pas continuer après le départ de Jean-Luc Lemoine. Deux départs dans la foulée de celui de l’animateur, qui donnent soudain au paisible rendez-vous de France 3 des allures de règlement de comptes de rentrée.
Les réactions n’ont d’ailleurs pas tardé à se multiplier dans le petit monde de la télévision. Michel Denisot a rappelé que ce genre de procédé était aussi vieux que le média lui-même, tandis que Laurence Boccolini, elle-même récemment sortie de plusieurs rendez-vous de France Télévisions, a exprimé sa compréhension. Marianne James s’est surtout étonnée qu’après sept saisons, personne n’ait jugé nécessaire de décrocher son téléphone.
Bernard Montiel répond aux « pleureuses »

Longtemps présenté comme le successeur probable de Jean-Luc Lemoine, Bernard Montiel a finalement confirmé lui-même son arrivée. Dans sa biographie Instagram, l’ancien animateur de TF1 annonce désormais « Samedi d’en rire » sur France 3 à partir du 3 octobre. Il sera également présent dans la nouvelle formule des « Enfants de la télé » autour de Faustine Bollaert sur France 2.
Et devant la violence des réactions, Montiel n’est pas resté silencieux très longtemps. Il a publié un message beaucoup moins diplomatique qu’une traditionnelle annonce de rentrée. Évoquant les commentaires qui circulent depuis l’éviction de Jean-Luc Lemoine, il parle de « fake news » venant de « pleureuses » ou de personnes qui « ne comprennent pas le monde de la télé ». Après 41 ans de carrière, écrit-il en substance, il pensait avoir déjà tout entendu. Ou presque.
Le ton est donné. Celui qui arrive devait reprendre une émission de nostalgie et de bonne humeur ; il hérite finalement d’un programme déjà plongé dans une sacrée polémique avant même son premier tournage. Entre l’amertume de Jean-Luc Lemoine, le départ de deux chroniqueurs historiques et les échanges de noms d’oiseaux, France 3 va devoir reconstruire une équipe autour de Bernard Montiel et convaincre un public habitué depuis sept ans au même visage.
Pour Jean-Luc Lemoine, l’avenir devrait en revanche s’écrire ailleurs. Son nom est annoncé autour de Cyril Hanouna pour la nouvelle saison de « Tout beau, tout n9uf » sur W9, qui revient le 31 août. Un retour aux sources pour celui qui avait longtemps fait les beaux jours de « TPMP » avec ses fameuses séquences des « 4/3 ». La composition définitive du plateau doit toutefois encore être confirmée dans son intégralité.
Il restera surtout de cette affaire une méthode qui laisse un goût amer. Jean-Luc Lemoine ne conteste pas à France Télévisions le droit de vouloir changer de présentateur après sept saisons. Il reproche la manière : découvrir son éviction sur Internet alors qu’une nouvelle session de tournage venait encore de lui être proposée. L’émission survivra donc à son animateur, mais pas à son équipe historique, et la rentrée de « Samedi d’en rire » s’annonce finalement beaucoup moins tranquille que son titre ne le laissait imaginer.




Commentaires
0Aucun commentaire pour le moment. Soyez le premier à réagir.