« Fuck la planète » : ARTE raconte comment on a choisi de laisser chauffer
Scientifiques ignorés, pétrole, charbon, nucléaire, intérêts économiques : Jean-Robert Viallet remonte deux siècles de décisions qui ont conduit à l’impasse actuelle. Trois épisodes aussi documentés qu’accablants.
Le titre a le mérite de ne pas tourner autour du pot. Fuck la planète, le choix du réchauffement, diffusé mardi 8 septembre à 21 heures sur ARTE et disponible dès le 2 septembre sur arte.tv, ne cherche pas à expliquer une énième fois que la Terre se réchauffe. La série documentaire de Jean-Robert Viallet et Jean-Baptiste Fressoz pose une question autrement plus dérangeante : depuis quand le savions-nous et pourquoi avons-nous continué ? Depuis beaucoup plus longtemps qu’on pourrait l’imaginer.
En trois épisodes de 45 minutes, le réalisateur de L’homme a mangé la Terre rembobine deux siècles d’industrialisation pour démonter une idée confortable : celle d’une humanité qui aurait découvert trop tard les conséquences de son addiction aux énergies fossiles. Dès le XIXe siècle, des scientifiques s’interrogent sur l’influence du CO2 sur la température terrestre. Les connaissances progressent ensuite à mesure que les cheminées d’usines crachent leur fumée.

Après la Seconde Guerre mondiale, l’affaire prend une autre dimension. Des scientifiques passés par le projet Manhattan alertent sur les conséquences de l’utilisation massive des combustibles fossiles, tandis que le nucléaire cherche à imposer sa place dans le nouveau paysage énergétique. En pleine guerre froide, le Pentagone s’intéresse même au climat sous un angle beaucoup moins bucolique : pourrait-on modifier les phénomènes météorologiques et les transformer en armes ?
La météorologie, l’océanographie et la géophysique progressent, les premiers ordinateurs permettent de modéliser le climat et les avertissements deviennent de plus en plus précis. En 1972, l’ONU organise à Stockholm sa première grande conférence internationale sur l’environnement. La même année, le fameux rapport du MIT sur les limites de la croissance met en garde contre la poursuite indéfinie du développement économique dans un monde aux ressources finies.
Deux siècles d’alertes pour presque rien
Et puis arrive le choc pétrolier. Face à la crise énergétique, les belles intentions passent derrière les impératifs économiques et les puissances occidentales relancent notamment le charbon. La suite ressemble à une gigantesque occasion manquée.

C’est là que le documentaire devient particulièrement efficace. Viallet ne construit pas son récit comme un tract mais comme une chronologie du renoncement. Archives, animations, documents historiques et témoignages montrent comment connaissances scientifiques, décisions politiques et intérêts industriels se sont constamment télescopés.
Le casting des intervenants donne du poids à la démonstration : le climatologue américain James Hansen, l’environnementaliste Rafe Pomerance, la paléoclimatologue française Valérie Masson-Delmotte, ancienne coprésidente d’un groupe de travail du Giec, mais aussi Dennis Meadows, coauteur du rapport du MIT de 1972. Ce dernier résume brutalement l’une des contradictions contemporaines : « Le développement durable est en réalité une diversion. Ceux qui défendent la croissance verte s’intéressent davantage à la croissance qu’au vert. »

Car Fuck la planète ne s’arrête évidemment pas aux années 1970. Canicules, sécheresses, cyclones, pluies diluviennes : le dernier acte se déroule sous nos yeux. Le documentaire s’attarde notamment sur Jakarta, mégapole indonésienne confrontée aux inondations et à l’affaissement des sols, alors que le pays construit une nouvelle capitale, Nusantara, sur l’île de Bornéo.
Le constat dressé par les auteurs est sévère : conférences internationales, création du Giec, mobilisations citoyennes et multiplication des alertes n’ont pas suffi à inverser durablement la trajectoire. Le documentaire replace cette inertie dans l’histoire des choix énergétiques, économiques et politiques plutôt que de la présenter comme le résultat d’une simple ignorance collective.
C’est ce qui rend cette série beaucoup plus inconfortable qu’un documentaire catastrophe traditionnel. Elle ne demande pas seulement ce que nous allons faire du réchauffement climatique. Elle rappelle surtout tout ce que nous aurions pu faire avant.
« Fuck la planète, le choix du réchauffement », série documentaire de Jean-Robert Viallet et Jean-Baptiste Fressoz, mardi 8 septembre 2026 à 21 heures sur ARTE. Les trois épisodes sont également disponibles dès le 2 septembre sur arte.tv.




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