« Mon stage chez les vieux » : ils ne voulaient surtout pas aller en Ehpad
Maël, Kaïna, Maryam et Fatou avaient une idée assez précise de la vieillesse. Et aucune envie d’aller la vérifier. France.tv les a suivis pendant leur stage dans un Ehpad d’Ivry-sur-Seine. Une rencontre drôle et parfois désarmante qui va sérieusement bousculer leurs certitudes.
Sur le papier, ce n’était franchement pas leur stage rêvé. Maël, Kaïna, Maryam et Fatou, lycéens en bac professionnel animation, doivent passer plusieurs semaines dans un Ehpad d’Ivry-sur-Seine. À leur âge, les maisons de retraite évoquent davantage la dépendance, l’ennui et la fin de vie qu’un endroit où l’on se précipite avec enthousiasme. Le titre choisi par Delphine Corrard ne cherche d’ailleurs pas à enjoliver les choses : « Mon stage chez les vieux ». Tout est dans ce « chez les vieux », avec ce qu’il charrie de distance, de maladresse et de préjugés.
C’est précisément là que le documentaire devient intéressant. Pendant 45 minutes, la réalisatrice ne cherche ni à faire la leçon aux adolescents ni à transformer les résidents en adorables grands-parents de substitution. Elle regarde simplement ce qui se passe lorsque deux générations qui se côtoient finalement très peu se retrouvent obligées de passer du temps ensemble. Au début, chacun cherche ses marques. Les jeunes doivent inventer des activités, trouver comment lancer une conversation et surtout dépasser cette peur diffuse de ne pas savoir quoi dire à quelqu’un qui pourrait avoir l’âge de leur grand-père ou de leur arrière-grand-mère.
Une idée toute simple va notamment permettre d’amorcer les échanges : faire parler les résidents à partir de photographies et de leurs souvenirs. Peu à peu, les visages cessent d’être ceux d’un groupe anonyme de « vieux ». Derrière les portes des chambres apparaissent des histoires, des caractères, de l’humour, parfois des colères et surtout des envies qui n’ont pas disparu avec l’âge.
Quand « les vieux » retrouvent leurs prénoms
C’est le principal mérite du film de Delphine Corrard : ne pas fabriquer artificiellement une grande réconciliation entre les générations. Les liens arrivent à leur rythme. Une conversation fonctionne, une autre tombe à plat. Certains résidents parlent beaucoup, d’autres moins. Les adolescents découvrent surtout que l’Ehpad n’est pas ce territoire étrange qu’ils avaient imaginé avant d’en franchir la porte.
L’établissement devient alors autre chose qu’un décor associé à la dépendance. On y vieillit, évidemment, avec tout ce que cela implique de fragilité et parfois de solitude. Mais on continue aussi à avoir des goûts, des souvenirs, des opinions, à rire et à s’agacer. Le documentaire est particulièrement juste lorsqu’il laisse ces personnalités reprendre le dessus sur l’étiquette de « résident ».
Les stagiaires changent eux aussi sous l’œil de la caméra. Pas à coups de grandes déclarations, mais dans leur manière de s’adresser aux personnes âgées, de les écouter ou simplement de rester auprès d’elles. Ce qui ressemblait au départ à une affectation subie devient une expérience beaucoup plus personnelle. La frontière entre ceux qui viennent « animer » et ceux qu’il faudrait « occuper » devient nettement moins évidente.
Cette démarche avait d’ailleurs conduit « Mon stage chez les vieux » à être sélectionné à l’Impact Lab du Fipadoc 2026, dispositif consacré aux documentaires susceptibles de prolonger leur sujet au-delà de l’écran. Le CNC avait également accompagné le projet, produit par Black Bear pour France Télévisions.
Pas de violons, et c’est tant mieux
Le piège était pourtant énorme. Avec quatre adolescents dans un Ehpad, il aurait été facile d’empiler les séquences attendrissantes, d’ajouter quelques confidences sur le temps qui passe et de conclure que les jeunes ont beaucoup à apprendre des anciens. « Mon stage chez les vieux » évite largement cette mécanique. Ce sont les petits moments, les silences et les maladresses qui racontent le mieux ce qui est en train de se produire.
Le titre lui-même finit par prendre un autre sens. Au départ, « les vieux » forment une catégorie abstraite, presque une population étrangère. Quarante-cinq minutes plus tard, ils sont devenus des individus. Cela paraît élémentaire. Le film montre justement que ça ne l’est pas forcément lorsque plusieurs générations ont pris l’habitude de vivre chacune de leur côté.
France.tv Slash trouve là un sujet parfaitement raccord avec son public sans chercher à parler « comme les jeunes » toutes les trente secondes. La caméra de Delphine Corrard leur laisse le droit d’être maladroits, de ne pas avoir les bonnes réponses et de changer d’avis sans transformer leur stage en parcours initiatique surligné au Stabilo.
« Mon stage chez les vieux » raconte finalement quelque chose d’assez simple : il suffit parfois de pousser une porte que l’on n’avait aucune envie d’ouvrir pour découvrir ceux qui vivent derrière. Maël, Kaïna, Maryam et Fatou étaient entrés dans un Ehpad parce que leur formation les y envoyait. Ils en ressortent avec quelques certitudes en moins. Et c’est déjà beaucoup.
« Mon stage chez les vieux », 45 minutes, réalisé par Delphine Corrard. Disponible depuis le 12 août sur france.tv.




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