Affaire Bruel : Mediapart accuse CNews d’avoir piégé sa journaliste
Une interview captée sous une autre bannière, une chaîne accusée de tromperie, un producteur qui contre-attaque : règlement de comptes explosif entre rédactions ennemies.
Le dossier Patrick Bruel n’en finit plus de faire des dégâts collatéraux. Cette fois, ce ne sont plus les accusations visant le chanteur qui agitent le paysage médiatique, mais les méthodes employées pour en parler. En ligne de mire : Mediapart, qui accuse CNews d’avoir obtenu une interview sous de faux prétextes.
Le feu a été allumé par Carine Fouteau. Dans un billet publié vendredi, la patronne du média d’investigation dit avoir découvert avec « stupéfaction » qu’une journaliste maison, Marine Turchi, apparaissait dans un documentaire diffusé sur CNews consacré à l’affaire Bruel. Un reportage au titre choc : “De séducteur à prédateur ?" Selon Mediapart, cette interview n’aurait jamais été accordée à CNews.
Le cœur du scandale tient à une identité. D’après Mediapart, l’équipe venue interviewer Marine Turchi le 26 mai dans les locaux du journal se serait présentée comme travaillant pour RTL Belgium, autrement dit pour le groupe audiovisuel belge RTL TVI.
Une version qui change tout.
Car entre Mediapart et CNews, les relations sont toxiques depuis longtemps. Le média fondé par Edwy Plenel n’a jamais caché son hostilité envers la chaîne d’info du groupe Groupe Canal+. Voir l’une de ses journalistes intégrée à un sujet estampillé CNews a donc fait l’effet d’une déflagration.
Dans son texte, Carine Fouteau dénonce une méthode « indigne » et parle d’un « rapt de réputation ». Plus grave encore : Mediapart affirme avoir contacté d’autres intervenants du documentaire, qui auraient eux aussi cru parler à un média belge.
En coulisses, le nom de Guillaume Genton apparaît rapidement. Sa société de production est derrière le programme.
Genton contre-attaque
Face à la polémique, Guillaume Genton rejette toute manipulation. Dans un communiqué, le producteur assure que le documentaire a bien été conçu à l’origine pour RTL TVI et diffusé une première fois en Belgique le 9 juin. Selon lui, la programmation sur CNews n’aurait été décidée qu’ensuite, via une revente classique des droits.
Il précise que toutes les personnes interrogées auraient signé une autorisation de tournage à l’en-tête de Genton Productions, avec une clause autorisant une exploitation sur d’autres chaînes ou plateformes. Une ligne juridique solide sur le papier, mais qui ne calme pas la tempête déontologique.
Car au-delà des signatures et des contrats, c’est la question de la transparence éditoriale qui explose au grand jour. Peut-on solliciter un témoin pour une chaîne étrangère et voir son témoignage atterrir sur une antenne française ultra-politisée sans l’avoir explicitement annoncé ? Pour Mediapart, la réponse est non. Et le média n’exclut désormais pas des poursuites judiciaires.
Dans cette affaire, le dossier Bruel n’est plus le seul à être disséqué. Les méthodes de fabrication de l’information, elles aussi, se retrouvent désormais sous les projecteurs.




Commentaires
0Aucun commentaire pour le moment. Soyez le premier à réagir.