Netflix rate son tacle sur le Brésil de Pelé
Le nouveau documentaire sport de la plateforme promettait de faire revivre la magie de la Coupe du monde 1970. Le résultat final s'avère lourd, politique et terriblement frustrant pour les amateurs de beau jeu.
Netflix pensait nous faire vibrer avec « Brasil 70, le troisième sacre ». C'est raté. Ce documentaire qui devait célébrer la plus belle équipe de football de tous les temps ressemble plutôt à un soufflé qui retombe. On attendait de la magie, des dribbles légendaires en haute définition et une immersion folle dans le Mexique de 1970. À l'arrivée, le visionnage laisse un arrière-goût de rendez-vous manqué. Une vraie douche froide pour les nostalgiques du ballon rond.
Pourtant, la promesse de départ avait de quoi faire saliver les abonnés. Quatre-vingt-douze minutes pour décortiquer le chef-d'œuvre de Pelé, Jairzinho et Tostão. La plateforme a sorti l'artillerie lourde avec des images d'archives restaurées, souvent inédites, provenant directement des coffres de la télévision brésilienne. Mais restaurer ne fait pas tout. Le montage abuse d'effets visuels fatigants qui gâchent la poésie des ralentis de l'époque. On se retrouve devant un produit calibré pour la génération TikTok, alors que la matière première exigeait du temps et de la contemplation.
Le vrai problème de ce film réside dans son obsession à vouloir politiser chaque seconde de cette épopée sportive. On le sait, le Brésil de 1970 jouait sous l'ombre de la dictature militaire du général Médici. Mais à force de vouloir transformer un exploit artistique en tract politique lourd d'explications, le réalisateur oublie le terrain. Les interviews de sociologues s'enchaînent au détriment des confidences des joueurs. Pelé lui-même, filmé quelques mois avant sa disparition dans son fauteuil roulant, semble presque s'excuser d'avoir simplement voulu rendre son peuple heureux. C'est presque gênant.
Cette formule montre les limites du modèle de production actuel des documentaires sportifs sur les plateformes de streaming. À force de vouloir plaire à tout le monde, on finit par ne plus intéresser les passionnés. Les amateurs de tactique resteront sur leur faim, tandis que les néophytes n'y comprendront pas grand-chose. Les réseaux sociaux commencent déjà à s'agiter, de nombreux spectateurs pointant du doigt les coupes franches dans les résumés des matchs clés, notamment cette demi-finale mythique contre l'Uruguay. Tout va trop vite.
Le football de papa méritait un bien plus bel écrin. On retournera donc voir les vieux résumés poussiéreux sur YouTube pour retrouver la vraie flamme. Parfois, le vintage dans son jus a tout de même plus de gueule que le modernisme forcé. Reste à savoir si les producteurs retiendront la leçon pour la suite. Pas sûr.


